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Dans cette rubrique, je vous propose des articles sur le développement du langage oral : information sur le développement et activités de langage oral, à l’intention des parents d’enfants de moins de 3 ans, et de parents d’enfants qui ne produisent pas de langage ou si peu.

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans published on 12 commentaires sur Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans sans langage.

Je propose de vous parler de ma pratique personnelle auprès des enfants de moins de 3 ans que je suis au quotidien dans mon exercice professionnel. Il convient de préciser que je travaille dans une structure qui ne reçoit que des tout-petits.

Je distingue 4 situations.
1. L’enfant qui ne parle pas mais qui ne présente aucune difficulté majeure associée : cet enfant a de bons prérequis au langage oral, ne présente pas de retard sur le reste de son développement. C’est celle que je vais développer dans cet article.
2. L’enfant qui ne parle pas ET présente des prérequis fragiles voire déficitaires sans pathologie associée identifiée ou suspectée
3. L’enfant qui ne parle pas ET présente des prérequis fragiles voire déficitaires associés à une pathologie identifiée ou suspectée
4.L’enfant qui ne parle pas et présente un syndrome identifié annonçant d’emblée que le langage oral risque d’être déficitaire

Pourquoi distinguer ?
– Le travail orthophonique n’est pas le même entre les prérequis et la suite.
– Les pathologies offrent des pronostics différents à prendre en compte
– La guidance diffère auprès des familles selon le pronostic, le niveau de l’enfant, la pathologie associée.
– Les techniques de rééducation connues pour certaines pathologies sont à envisager / préparer.

Situation 1 : l’enfant a de bons prérequis au langage oral, mais il ne produit aucun mot.
Tout d’abord il convient d’identifier la contrainte ou les contraintes qui freinent l’entrée de cet enfant dans le langage.

Plusieurs possibilités :
– Aspect moteur du langage : praxies bucco faciales / oralité alimentaire
– Aspect auditif : otites / bouchons de cérumen / surdité légère
– Aspect visuel : vue déficitaire / aspects neurovisuels (bilan orthoptique à demander)
– Aspect attentionnel : agitation motrice
– Aspect environnemental : langage adressé à l’enfant / stimulations / fréquence-cohérence des schémas linguistiques proposés.

En fonction de la contrainte ou des contraintes repérées, on appuiera plus précisément sur certains aspects de la rééducation.

L’aspect praxique peut être consolidé par :
– les massages de Senez (voir ici)
– des approches sensorielles tactiles de la face via des massages (mains sèches / mouillées / crémées, froides, chaudes, gantées, …)
– des approches sensorielles vibratoires de la face et de la bouche (Z-Vibe / Brosse à dents à pile ou électrique)
– la cryothérapie : approche de la bouche (lèvres, langue, joues, palais) par du chaud, du froid, du glacé et proposition de praxies en imitation après une stimulation préalable du point d’appui avec un bâton glacé.
Les chewy-tubes/ les carambar / les sucettes / les bonbons Kréma : tout ce qui se mâche, se suce… et toujours dans le plaisir.
– Les grimaces cohérentes : mimer une praxie en s’appuyant sur le sens qu’elle a (sss / faire le mouvement du serpent avec le bras par exemple). Un exemple a déjà été développé dans un article destiné aux parents ici
Reeducation orthophonique et Chewy Tubes

Quoi qu’il en soit, toujours FAIRE et REFAIRE devant l’enfant avant qu’il soit en mesure de reproduire à son tour.
S’il a une contrainte visuelle, on va renforcer l’aspect sensoriel : on propose des massages à l’enfant, mais on appose aussi ses mains sur notre propre visage quand celui-ci se tord pour faire des grimaces.

L’aspect auditif va être contourné par le renforcement des entrées visuelles et corporelles / sensorielles tactiles
– Toucher l’enfant au rythme des mots grâce à des appuis sur les épaules ou les bras, mais encore en le faisant sauter sur les genoux
– Faire des grands mouvements qui rythment les mots
– Proposer les gestes de Borel implicitement en faisant des ralentis phonologiques
– Proposer des signes / gestes pour coder des mots / expressions.
– Placer l’enfant de manière très ajustée pour qu’il soit face à notre bouche quand on parle et le solliciter +++ pour qu’il la regarde au moment opportun.
Diagnostic différentiel "troubles de l'oralité" / "néophobie alimentaire"
L’aspect visuel demande l’intervention d’un spécialiste (orthoptiste) qui peut vous donner des indications sur les besoins de l’enfant. D’une manière plus générale on sera vigilant sur :
– L’installation
– Les contrastes
– L’éclairage
– La taille des images éventuellement proposées
– On favorisera les entrées tactiles, la manipulation de jouets plutôt que les livres d’images
– On proposera des entrées sensorielles tactiles comme décrit juste avant pour les enfants ayant une altération de leur audition.
Quel matériel pour créer vos supports visuels ?
L’aspect attentionnel : on pensera à l’installation de l’enfant pendant le jeu. Si l’enfant sans contrainte sur ce plan pourra être amené à se déplacer dans le bureau pendant la séance, celui qui est freiné par une attention déficitaire avec agitation motrice sera au contraire bien installé sur une chaise à sa taille – pieds reposant à terre ou sur une tablette / table à encoche au mieux -.

L’aspect environnemental sera contourné ou aidé grâce à :
– Une guidance parentale implicite : assister aux séances d’orthophonie sans y participer directement
– Guidance parentale explicite : expliquer comment faire verbalement en donnant des objectifs précis, voire demander aux parents de faire devant nous afin de renforcer les bonnes conduites, freiner les comportements peu adaptés et encourager les prochaines.
– Proposer ou imposer des activités hebdomadaires à reprendre à la maison en offrant une grille d’observation à pointer jour après jour (cela donne l’occasion de poursuivre et d’adapter la guidance lors du rendez-vous suivant).
– L’identification du tiers relais de la prise en charge : une nourrice, un grand-parent, etc… quand les parents ne sont pas en mesure d’offrir un partenariat suffisant

Voilà donc comment préciser le travail en fonction des contraintes identifiées lors du bilan, mais cela ne suffit pas.

Encore une fois il s’agit de ma pratique personnelle. D’autres professionnels proposent des schémas différents et sans doute aussi pertinents. Il me semble que le tout est de savoir sur quelles bases théoriques repose notre prise en charge. En échangeant avec une collègue qui a une vision du développement via une formation sur les Premiers Raisonnements Logiques, j’ai pris conscience que nous proposons des activités similaires même si nous exprimons nos objectifs différemment. Elle parle de manipulation là où je parle de fréquence-cohérence des schémas => mais nos deux prises en charges sont bien similaires puisque je ne peux proposer des aspects « fréquence-cohérence » sans manipulation, et qu’elle ne peut inviter à la manipulation sans produire des schémas linguistiques redondants. Si mon propos manque de clarté, n’hésitez pas à commenter.

En parallèle, donc, je programme des jeux pour l’enfant qui vont permettre de progressivement proposer du vocabulaire (noms / verbes principalement au départ), et faire en sorte que celui-ci soit redondant dans le discours adressé à l’enfant tout en restant cohérent avec le jeu effectué. Les aspects de plaisir et d’émotions seront toujours respectés et soignés. Pour permettre à l’enfant d’intégrer ce vocabulaire, on va en séance utiliser des entrées multimodales (entendre le mot / voir un geste associé / bruiter les jouets avec une praxie précise et reproductible / voir le jouet / toucher le jouet / jouer avec émotion / échanger avec l’adulte autour du jouet / repérer les photos qui correspondent aux jouets utilisés).

Au départ, c’est l’adulte qui joue, raconte, bruite, mime / signe, grimace, … toujours avec la complicité de l’enfant, mais sans attente annoncée à ce dernier. L’adulte joue avec l’enfant à manipuler les jouets, mais c’est lui qui raconte, toujours la même chose : mot / phrase très courte / redondance du discours / questions –réponses /

Semaine après semaine, les jeux proposés différent, tout en reprenant au besoin certains des jouets proposés, et entre chaque séance, je propose pour ma part la photo des jouets utilisés en séance et offre aux parents une fiche expliquant le jeu à proposer avec ces images, et la fiche d’observation à pointer afin de les encourager à observer les comportements de leur enfant (guidance implicite).
photo picto
J’ai choisi pour ma part de monter un protocole de remédiation comprenant
– 8 séances avec des jouets (choisis avec des objectifs précis sur le plan linguistique et praxique)
– 2 séances qui reprennent tous les jouets utilisés qui permettent en même temps d’introduire des pictogrammes
– puis 5 séances avec des fiches de pictogrammes (proposant des noms, des verbes, des adjectifs) et des situations écologiques amenant des ralentis phonologiques.
pictogrammes
Tous les enfants qui ont de bons prérequis et très peu de productions verbales bénéficient donc du même support de rééducation, se voient proposer par ailleurs, en fonction de leurs besoins propres, des choses plus ciblées à propos des aspects praxiques / auditifs / visuels / attentionnels. Notons que seules les praxies BLF sont au besoin travaillées plus spécifiquement « à part ». Tous les autres aspects sont intégrés aux jeux prévus par le protocole.

Les jeux de mon protocole comprennent :
Du « qu’est-ce que c’est »
De la manipulation
Des bruitages / praxies
Des photos associées aux jouets
Des « qu’est-ce qu’il fait »
Des « qui on entend »
Des massages de Senez (à partir du moment où les praxies sont déficitaires, je les introduis dès que possible auprès des familles, même quand il n’y a pas de troubles de l’oralité.
Des jeux d’attention visuelle
Du ralenti phonologique
Etc…
Tout cela au cœur d’un schéma cohérent et écologique proche des activités de jeux partagés habituels chez les enfants petits.
Toutes ces activités sont proposées pour offrir une progression cohérente lors de la prise en charge de l’enfant.

Voici les réponses aux questions souvent posées à propos de ces prises en charge :
Protocole voudrait dire : jamais d’exceptions ?
Non, bien sûr. Il peut arriver que certains enfants aient besoin de quelques aménagements au cours de la prise en charge, en lien notamment avec leur(s) contrainte(s) initiale(s). Je propose alors temporairement des activités plus adaptées à l’enfant avant de reprendre le protocole. Cela peut arriver, même si c’est rare dans le cas des enfants cités dans cette situation donnée au départ de l’article : « L’enfant qui ne parle pas mais qui ne présente aucune difficulté majeure associée : cet enfant a de bons prérequis au langage oral, ne présente pas de retard sur le reste de son développement ».

Quel temps passé ?
Les activités ciblées par le protocole, avec l’enfant petit lui-même (18 mois / 36 mois), durent entre 10 et 15 min par séance. Le reste du temps offre une souplesse d’action avec l’enfant pour proposer autre chose s’il le souhaite (faire de bulles, jouer avec le Z-Vibe, utiliser les instruments de musique, …) ET échanger avec les parents qui assistent aux séances.
Les fiches « maison » sont pensées pour que les parents proposent à l’enfant une activité quotidienne de 5-10 min tout au plus chaque jour entre chaque séance.

Et le plaisir / désir de l’enfant ?
Le protocole prévu ne nuit pas au plaisir de l’enfant, et si tel était le cas, cela mériterait des adaptations de la part de l’adulte pour rendre les séances plus positives sur le plan émotionnel (en gardant le schéma prévu, ou pas). Penser qu’un protocole nuit au plaisir / désir de l’enfant revient à sous-estimer l’intelligence professionnelle de l’orthophoniste : j’estime pour ma part qu’il est aisé pour les orthophonistes au regard de leur recrutement initial dans les centres de formations puis de leur formation en elle-même, d’adapter leur relation, leur jeu, leur intonation, leurs blagues,leurs actions pour être ajustés au plaisir de l’enfant, et cela indépendamment des activités proposées. Par ailleurs, s’appuyer sur le désir d’un enfant de 18 mois présentant un retard de développement pourrait s’entendre mais ralentirait sans doute incontestablement les bienfaits de la prise en charge. Ma vision du développement me porte à penser que c’est à l’adulte de proposer des choses nouvelles à l’enfant de manière suffisamment fine pour qu’il puisse s’en emparer. Je pense là à Vigotsky qui parle de zone proximale de développement. Enfin, un enfant qui voit un adulte jouer avec plaisir (prises en charge très théâtrale c’est évident), ne met souvent pas longtemps avant de se joindre à l’adulte.

Pourquoi avoir pensé chaque séance et ne pas se laisser mener par plus de spontanéité ?
Le déroulement de la séance, pré-écrit, garde et favorise même la souplesse relationnelle qu’un travail avec un enfant petit réclame. Le comportement des tout-petits, imprévisible, mérite que notre projet soit clair pour chaque séance, sans quoi le risque est de ne rien pouvoir proposer de très constructif en fonction des aléas en lien avec la vie des petits (fatigue, besoin de câlins de maman ce jour-là, agitation, opposition, couche à changer …). Penser la séance de manière très cadrée avant, permet donc d’être plus spontané dans la relation sans que cela ne nuise au projet annoncé. Le risque, selon moi, si on ne pré-construit pas clairement nos séances, est de rapidement se sentir dépassé par la prise en charge et d’estimer très vite que « l’enfant n’est pas prêt ». C’est malheureusement ce que j’entends trop souvent. Pensez bien que les kinésithérapeutes n’attendent pas que les enfants soient « prêts » pour mener une prise en charge (à réfléchir pour les professionnels qui douteraient).

Et les enfants collés à maman ?
Une collègue demandait dernièrement dans les commentaires d’un article si un enfant immature, collé à sa maman pouvait bénéficier d’une prise en charge. Tout d’abord, quand on a 18 mois, 2 ans ou 3 ans… être collé à sa maman face à un inconnu me paraît presque normal, ou en tout cas absolument pas anormal.
Cette question reflète je pense toute l’aspect développemental porté par la psychanalyse en terme de « séparation » préalable au langage. Je ne parviens pour ma part pas / plus à penser ainsi au regard de l’avancée des neurosciences et de ma clinique accumulée. Par ailleurs, je vais même jusqu’à avancer qu’il est dangereux de rester ancré sur ces bases théoriques qui ne permettent pas de dépasser la situation de la plupart des enfants présentant des troubles du développement. Petit exemple pour illustrer mon propos : que penser de l’enfant dyspraxique de 10 ans dont la mère fait les lacets ? de l’adolescente de 13 ans dont la mère aide au changement de la serviette hygiénique ? Ce sont des mères adaptées aux difficultés de leur enfant avant tout. Je ne connais aucune mère qui fasse cela avec plaisir aussi longtemps et aucun enfant qui ne montre fermement sa volonté à faire seul quand il en est capable. Mais quand l’enfant peine à faire seul, oui, les mères étayent et tant mieux. Notre travail est justement de proposer des alternatives à ces mamans pour que leurs enfants puissent compenser leur difficulté en les amenant à plus d’autonomie. Nous devons donc je pense accompagner ces dyades mères enfants plutôt que de les juger ou de les condamner. Quant au langage, un enfant qui a du mal à parler, reste souvent plus collé à sa maman face à un inconnu qui ne le comprend pas aussi bien que sa mère. Au début au moins… Reste à l’adulte de garder la maman non loin, et à l’enfant de voir que cet adulte là le comprend quand même pas si mal. Mon propos ne touche évidemment pas le cas de parents psychiatriques, ni maltraitants. Ce serait un autre débat. Encore une fois je parle dans cet article des enfants avec un trouble du langage isolé.
Donc, concrètement, quand l’enfant est collé à sa maman, je le laisse faire, et joue devant lui au sol. Je n’ai jamais vu un enfant tenir toute la séance ainsi (hormis un enfant autiste une fois, mais ce n’est pas leur situation qui est abordée ici, et un enfant fiévreux

La place des parents dans les prises en charge ?
Les parents prennent la place qu’ils veulent prendre pendant les séances auxquelles ils sont conviés. Je ne leur demande rien de particulier (si ce n’est de ranger leur téléphone). Je m’adresse néanmoins fréquemment à eux au cours de la séance, notamment pour valoriser ce que je vois de l’enfant, et entretenir une complicité avec eux autour de ce que je vois de leur enfant. Le seul cas où je cadre plus précisément leur présence c’est lorsqu’ils ne peuvent s’empêcher d’intervenir avec autorité auprès de leur enfant durant les jeux, et que j’estime que leur intervention est susceptible nuire au plaisir attendu chez l’enfant.

Je ne garde pas obligatoirement les parents pendant tout le protocole. J’exige leur présence au moins le premier mois, ou tant que j’estime qu’ils ont encore des informations importantes à tirer de leur présence en séance (guidance implicite). Je n’ai pas de règle par rapport à cela. Je pense néanmoins qu’il est indispensable de leur laisser une place à chaque séance si cela est leur souhait, et qu’il est quoi qu’il en soit nécessaire de les accueillir à la fin de chaque séance au minimum pour échanger à propos de l’enfant et offrir de nouvelles activités à réaliser à la maison (soit presque la moitié du temps de la séance au moins

Pourquoi ne pas travailler sans protocole et ne pas adapter à chaque enfant une progression propre ?
Parce que depuis que je fonctionne ainsi, mes prises en charges avancent plus vite. Et secondairement, cela est très intéressant sur le plan clinique et scientifique > les enfants évoluent presque tous au même rythme avec ce protocole. C’est à mes yeux une richesse que je n’arrive pas à obtenir avec des séances « cas par cas, semaine après semaine ». Cela permet aussi de se questionner de manière intéressante quand le protocole ne convient pas à un moment donné. Cela me permet donc d’identifier plus rapidement les contraintes des enfants à côté desquelles je serais passée lors du bilan, notamment l’autisme léger d’un enfant petit qui peut parfois être présenté par les parents comme étant une timidité.

Le protocole c’est 15 séances. Et après ?
A la fin de ce protocole, tous les enfants parlent : ils ne font pas forcément de phrases très élaborées, évidemment, mais associent des mots. Je peux poursuivre dans ce cas avec l’outil de remédiation « Dire et Faire » (Ed ECPA). Mais il arrive aussi que la prise en charge s’arrête et que je refasse le point avec l’enfant 6 mois plus tard. Je m’explique : le langage ne se normalise pas en 3 mois de prise en charge, néanmoins, dans les cas les plus simples, les parents ont retrouvé le fil conducteur pour stimuler leur enfant au plus juste et il se peut alors, en cas de trouble non spécifique, que l’enfant chemine avec sa famille dans le quotidien, sans prise en charge orthophonique. Je revois néanmoins forcément les enfants à 3 ou 6 mois post rééducation afin d’évaluer objectivement l’évolution spontanée (je fais donc toujours un petit bilan objectif en fin de protocole, avec l’IFDC complet notamment, ou Bilo Petits selon l’âge) et de conseiller au besoin les parents sur les jeux à proposer dans leur quotidien.

Si vous avez d’autres questions, les commentaires vous attendent. Je vous répondrai autant que possible.

Je vous propose de laisser par ailleurs tout commentaire permettant de compléter cet article, et propose aux orthophonistes qui travaillent très différemment de poster leur article sur leur travail sur ce blog si elle le souhaite, afin d’offrir au plus grand nombre d’autres possibilités de prises en charge des enfants petits. Ensemble nous pouvons aller plus loin. Je suis d’ailleurs curieuse de connaître vos pratiques. Je suis, pour cela, joignable plus personnellement à l’adresse mail : oralite.alimentaire.verbale@gmail.com

Partager cet article permettra de véhiculer l’idée selon laquelle la prise en charge du langage oral des enfants de moins de 3 ans est tout à fait possible et souhaitable comme annoncé dans cet article précédent sur les prises en charge précoces.

PS : je complèterai ce premier article pour aborder les autres situations évoquées en début d’articles. N’hésitez pas à me faire connaître vos besoins ou curiosités

Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste

Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste published on 22 commentaires sur Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste

Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste
Quand on parle de prise en charge précoce en langage oral en orthophonie, de quoi parle-t-on ?
Que fait l’orthophoniste qui reçoit un enfant qui ne parle pas ?

Pour commencer l’orthophoniste fait un bilan. Cet article abordera cet aspect.

Le bilan va reprendre plusieurs choses :

1. Les circonstances de la naissance de l’enfant :
la grossesse, l’accouchement, les premières semaines de vie

Pourquoi ?
On croit souvent que le développement commence après la naissance de l’enfant, or cela est bien plus complexe. Les sens se développent in utéro et on observe très tôt des réponses corticales face aux stimulations sensorielles du bébé dans le ventre de sa mère. Les premières réponses sensorielles observées in utero concernent le système somesthésique (toucher) entre 16 et 20 SA, mais aussi le système nociceptif (16/20SA) puis les systèmes vestibulaire, auditif et visuel (23/25SA) – d’après Calendrier du développement sensoriel embryonnaire et fœtal -Kuhn et al. Arch Ped 2011)

calendrier sensoriel
Ainsi quand on interroge sur la grossesse, on va tenter de comprendre le vécu du bébé in utero ; une maman avec une menace d’accouchement prématuré, alitée les 3 derniers mois de grossesse, donne des informations sur le vécu sensoriel du bébé. L’haptonomie proposée lors de certaines préparations à la naissance informe tout autant. Ce ne seront pas des points suffisants pour « comprendre » ou « expliquer » les difficultés observées, mais cela peut y contribuer. Notons que les études scientifiques manquent sur ce point, mais des professionnels questionnent à ce propos ; Mathilde Boudou, orthophoniste, soulevait cette intuition lors des Entretiens Orthophoniques de Bichat en octobre dernier quand elle évoquait un cas clinique d’oralité alimentaire.

Interrogeant sur l’accouchement, on va obtenir des informations sur la rapidité de l’arrivée du bébé, sur les éventuelles difficultés rencontrées, aides instrumentales apportées, césarienne ou péridurale. Tous ces éléments vont nous informer sur les éventuelles difficultés rencontrées en périnatal que ce soit pour le bébé ou pour la maman.

Comment le bébé a-t-il bu au sein à la naissance ? Etait-il encore sous les effets de la péridurale qui d’après Mme Senez n’est pas sans influencer les premiers pas du bébé dans son activité nutritive.

Puis, lors des premières semaines, voire des premiers mois, retrouvons nous des éléments qui auraient pu venir entraver le développement du bébé ? Hospitalisations, événements familiaux ayant pu modifier la qualité des interactions entre le bébé et son environnement ?

=> Ces aspects périnataux nous permettent d’enquêter sur les premières expériences sensorielles et émotionnelles du bébé, et de repérer les premières traces de difficultés.

2. Le développement de l’enfant sous des aspects généraux, que cela concerne le développement moteur, ou verbal, social, sensoriel.

Pour cela les orthophonistes bénéficient de plusieurs outils qui leur servent de point de repère.
– Echelle de Denver (approche pédiatrique),
– IDE (Inventaire du Développement de l’Enfant- CogniSciences),
– grilles d’outils spécifiquement pensés pour les orthophonistes (Evalo BB, Dialogoris)
– etc …

Par le biais de ces grilles d’observations, les orthophonistes vont démêler les aspects développementaux de l’enfant, afin de comprendre comment l’enfant fonctionne, là où des dysfonctions apparaissent, là où au contraire le développement se montre tout à fait dans les « normes attendues » pour la tranche d’âge concernée.

Pourquoi ? Nous savons que le développement de l’enfant se dessine sous des aspects homogènes : un enfant se développe généralement au même rythme entre le moteur et le verbal, même si on entend souvent « on ne peut pas tout faire en même temps » quand on voit un enfant qui marche voire court et grimpe, alors qu’il ne parle pas.

L’orthophoniste évalue ainsi le développement afin d’identifier un retard « global », ou plus centrer sur le langage à priori pointé au départ.

Puis, grâce à ses connaissances sur le développement du langage, l’orthophoniste va aller explorer plus finement toutes les compétences dont il sait qu’elles viennent asseoir le langage. Les professionnels parlent de « prérequis au langage ».

3- Exploration des prérequis du langage
Comme dit dans cet article ici, le langage s’appuie plus spécifiquement sur :
des aspects sensoriels : l’enfant apprend peu à peu à faire sens sur ce qu’il perçoit de l’environnement via ses sens, il apprend à traiter les informations ensemble, ou au contraire à les prioriser, et adapter ses réactions grâce au soutien de son environnement qui étaye sur le plan émotionnel / affectif,
des aspects visuels : « je vois bien, je m’intéresse à ce que maman regarde, je me sers de mes yeux pour repérer les choses pertinentes,… »
des aspects auditifs : « j’entends bien, je prête attention aux bruits qui m’entourent et j’apprends à les distinguer finement les uns des autres,… »
des aspects moteurs-praxiques : « j’oriente mon corps pour favoriser les échanges avec mon environnement, je bouge ma bouche, ma langue pour produire des bruits précis-multiples…, je dirige mon bras, mon index pour montrer ce qui m’intéresse ou demander des choses,… »
des capacités d’imitation : « je regarde l’adulte / j’entends l’adulte, et je l’imite sans effort, … »
des compétences sociales : « j’ai envie d’échanger avec mon environnement, j’ai du plaisir à partager des sourires et des échanges de regards, je pleure ou râle pour obtenir quelque chose, je cherche l’interaction avec l’autre même s’il paraît indifférent : je réponds aux invitations et je peux les initier. Un M-CHAT peut-être proposé quand l’orthophoniste s’interroge sur un TSA (Troubles du Spectre Autistique).

4- L’environnement
L’orthophoniste va également explorer, essayer de comprendre, comment fonctionne l’environnement qui entoure l’enfant. Comment l’enfant vit-il au quotidien ? comment est-il invité à communiquer ? comment est-il stimulé ? quels jeux sont proposés ? comment est-il compris ? comment est-il aidé ?
L’enfant vit-il avec ses parents ? est-il en collectivité ? a t-il une nounou ? des grands-parents ? Des frères et sœurs ? Que pense chacun ? Que propose chacun ?
– y’a t-il des antécédents familiaux de troubles du langage ? On sait que certains troubles du langage oral se retrouvent dans les familles. Il y a des aspects « génétiques-épigénétiques » indéniables. Cela va contribuer également à la compréhension de la difficulté de l’enfant et de l’aide à apporter

5- Le développement du langage
Enfin quand les enfants parlent un peu, on évalue leurs productions, notamment leur stock lexical (stock de mots) et leur accès à la phrase.
Des outils spécifiques aux orthophonistes existent là encore :
– IFDC : abrégé ou complet (jusque 30 mois en version complète)
– EVALO BB ou EVALO 2-6
– CléA (après 30 mois)
– Bilo Petits (après 3 ans)
– etc …
Vous l’aurez compris cet aspect est finalement très dépendant du niveau de l’enfant. Quelquefois les orthophonistes ne les utilisent pas, notamment quand les prérequis sont déficitaires ou fragiles. Evaluer l’aspect purement linguistique du langage de l’enfant serait en tout cas insuffisant chez un enfant sans langage en production.

Attention néanmoins :
– un enfant qui ne parle pas n’est pas un enfant qui ne comprend pas
– et un enfant qui semble comprendre n’est pas forcément un enfant qui comprend.
=> il convient dont quelquefois d’explorer plus finement la compréhension de ces enfants qui tardent à parler. Elle nous donne de précieux indices sur le développement.

6- l’oralité alimentaire
Comment l’enfant mange t-il ? Variété de goût et de textures, temps de repas et accès aux morceaux, … Si l’orthophoniste perçoit une difficulté sur le plan, il va préciser son exploration.

Pour finir,
l’orthophoniste va vous expliquer ce qu’il perçoit des difficultés de votre enfant. Une prise en charge peut à la suite de cela vous être proposée, selon différents schémas que j’aborderai prochainement si vous le souhaitez.

Je vous propose de commenter cet article si vous souhaitez qu’une suite soit proposée, notamment sur la prise en charge des enfants de moins de 3 ans en orthophonie.

Langage oral : prise en charge précoce. Pourquoi ?

Langage oral : prise en charge précoce. Pourquoi ? published on 13 commentaires sur Langage oral : prise en charge précoce. Pourquoi ?

Voici 10 raisons de solliciter un orthophoniste chez un enfant de moins de 3 ans qui présente des difficultés de langage oral.

Pourquoi devons-nous favoriser la prise en charge précoce du langage oral ?

1- Parce que l’on sait à présent, grâce à l’avancée des neurosciences, que la plasticité cérébrale est optimale avant 3 ans. C’est une période pendant laquelle nos leviers d’actions sont puissants.

2- Parce que l’on sait qu’un retard de langage peut être la partie visible de l’iceberg, et qu’en objectivant tôt des observations, on peut également dépister plus tôt des troubles du développement.
Mais également parce qu’en explorant le langage oral, de plus en plus d’orthophonistes explorent aussi l’oralité alimentaire 😉

3- Parce que des troubles du langage oral, ou des développements hétérogènes génèrent quelquefois des comportements difficiles chez les enfants, avec des retentissements familiaux plus ou moins sévères.

4- Parce qu’un enfant qui parle mal, peut possiblement être un enfant inattentif, voire un enfant agité, qui se pose difficilement, avec tous les retentissements que cela peut avoir pour son développement.

5- Parce que l’orthophoniste consulté pour le bilan de langage est également un professionnel du développement, qui sait orienter la famille vers des bilans complémentaires permettant d’éclairer le profil observé en examinant de plus près les domaines possiblement déficitaires dans le développement : un bilan ORL, un bilan orthoptique (aspect neurovisuel), un bilan psychomoteur, un bilan neuropédiatrique, etc… Le bilan orthophonique permet au médecin qui suit l’enfant de préciser son bilan somatique par des éclairages développementaux et d’orienter vers d’éventuels examens complémentaires.

6- Parce que l’orthophoniste, en examinant le langage explore aussi les habiletés motrices (notamment sur le plan bucco-facial), les habiletés sociales, les habilités alimentaires, les explorations visuelles, l’attention… L’orthophoniste fait donc le point autour des socles qui vont par la suite porter les apprentissages (ou y participer), notamment sur le plan scolaire.

7- Parce que des familles inquiètes du développement du langage de leur petit, sont des familles à entendre, et le plus souvent des familles fines dans leur ressenti.
Le contraire est moins vrai : quelquefois les familles n’ont pas de plainte, et pourtant les professionnels repèrent des difficultés. Dans ce cas, la rencontre avec l’orthophoniste, donne l’occasion d’échanges menant les familles vers la compréhension des difficultés de l’enfant et des retentissements possibles.

8- Parce qu’en accompagnant tôt des familles dans le développement, on va leur permettre de dépasser les particularités comportementales de l’enfant ; prendre conscience des conduites à poursuivre auprès de l’enfant (alors qu’on pourrait être tenté de les abandonner face au manque d’intérêt de l’enfant), proposer des activités spécifiques qui vont soutenir le développement de l’enfant, des aménagements à proposer autour de l’enfant pour étayer son développement.

9- Parce qu’en prenant en charge un enfant en âge préscolaire, on pose des diagnostics plus tôt (ou des hypothèses de diagnostic), et qu’on peut ainsi solliciter plus tôt aussi tous les partenaires administratifs et médicaux dont on a parfois besoin quand les situations sont spécifiques. Or on sait que certains systèmes administratifs sont parfois longs dans leurs procédures. C’est donc aussi un atout pour préparer et / ou aménager l’entrée à l’école.

10- Parce que les orthophonistes sont des professionnels qui sont remboursés par la sécurité sociale et la mutuelle (60 % et 40% respectivement), et qu’il serait dommage de se priver de leurs compétences.

En partageant cet article, vous aiderez à lutter contre les idées reçues qui ont la peau dure :
on consulte un orthophoniste quand l’enfant parle
variante : « il est trop tôt » pour consulter
– on consulte un orthophoniste après l’entrée à l’école
– il faut attendre le déclic langage
– les défauts de langage de l’enfant sont en lien avec un manque d’efforts
– Il ne parle pas : c’est pour t’embêter
– on ne peut pas tout faire en même temps
– il est juste timide
– la nounou (variante « la crèche ») a vu des enfants « bien pires ».
– il ne parle pas parce que les parents viennent de se séparer
etc …

Non seulement toutes ces réponses sont erronées, mais elles témoignent d’un manque de connaissance du développement. Consulter ne nuira pas au développement du langage
Consulter peut aussi permettre d’être rassuré, conseillé
Consulter peut économiser à l’enfant la mise en place de stratégies compensatoires qui seront peut-être coûteuse dans la suite de son parcours, notamment scolaire.

Dans un prochain article, nous pourrons revoir les signes qui doivent alerter et amener à consulter. En attendant, il existe de nombreux sites pertinents à ce propos, notamment celui-là : www.info-langage.org

Je dédie cet article à toutes les familles dans le doute, et à tous les professionnels croisant de près ou de loin des enfants de moins de 3 ans.

Guidance parentale en langage oral

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Guidance parentale en langage oral

Oralité alimentaire et verbale sont solidement intriquées. Nous le savons même si des études restent à mener afin d’identifier exactement le point d’ancrage commun entre les deux fonctions. Nous présumons aujourd’hui que les mouvements de bouche exécutés lors de l’alimentation participent à la précision de la production de langage.
Pourquoi j’avais envie de vous parler de langage oral ? Parce qu’il va de pair avec l’oralité, de pair avec le développement, parce qu’il est de la plupart des échanges entre l’enfant et son entourage. Mais aussi parce qu’un enfant qui ne parle pas fait des colères, pleure. Il use ses parents qui, souvent, ne pouvant deviner ce qu’il faut faire, et trouvant leur enfant peu réceptif à leurs propositions, cessent d’amener les choses pourtant nécessaires à l’enfant pour monter son langage.

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Comment se développe le langage oral ?

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Comment se développe le langage oral ?

Le langage oral se construit sur plusieurs socles :
Des capacités auditives (comme chacun le sait déjà) : pour reproduire des sons, des mots, il est important de les entendre correctement.
Des compétences visuelles (un besoin de lunettes peut perturber la mise en place du langage. Nous pensons à vérifier l’audition des petits sans langage, mais oublions trop souvent leurs yeux)
Des compétences praxiques = les mouvements de bouche que l’on commande, que l’on organise de plus en plus précisément grâce à nos yeux (qui vérifient sur la bouche de maman) et nos oreilles (qui nous aident à comparer entre ce qu’on vient de produire et ce que maman a dit).
Un modèle linguistique = des gens qui parlent à l’enfant : les parents, les nounous, les grands-parents, les frères et sœurs sont de très bons modèles.
Pourquoi ? Parce qu’ils offrent des modèles fréquents–répétés-cohérents avec le vécu de l’enfant ET adressés à l’enfant directement. L’école et la crèche qui abordent les enfants « en groupe » plus qu’en individuel sont de moins bons modèles, même s’ils apportent d’autres choses pertinentes (évidemment) pour le développement.
– Une attention suffisante : restons prudents vis-à-vis de cet aspect car l’attention d’un enfant sans langage est souvent moins développée sans que cela n’explique automatiquement le déficit de langage. Il arrive que des enfants suivis améliorent très nettement leurs capacités attentionnelles grâce à ces activités cadrées répétées.

Récapitulons : pour se mettre à parler il faut avoir :
1/un adulte qui nous parle, nous donne envie d’échanger avec lui et que
2/ on entend avec ses oreilles +
3/ on voit avec ses yeux et
4/ une bouche qui remue habilement pour produire des mots.

Avant de parler, un enfant a besoin de comprendre. Et pour comprendre un enfant a besoin de vivre des expériences répétées qui présentent les mêmes schémas (ex : j’ai faim, je pleure, maman arrive avec un truc à la main, elle dit à chaque fois le mot « biberon », je finis par penser que quand j’ai faim, y’a « biberon » pas loin, puis par intégrer que le « biberon » c’est cet objet-là). A force de rencontrer les situations répétées, il peut « tirer des conclusions / des liens » entre ce qu’il vit et ce qu’il entend. L’enfant apprend aussi à regarder la direction que maman lui indique (souvent au début elle l’aide en lui orientant son visage, en pointant avec son doigt aussi), puis il commence lui aussi à pointer avec son doigt tant il réalise le pouvoir que cela peut avoir pour échanger avec les autres. Enfin, les enfants en vivant toutes ces activités agréables avec leur entourage aimant, imitent spontanément ce qu’ils voient et entendent.

Je veux préciser ces questions d’imitation : un enfant qui n’imite pas n’est pas un enfant qui ne veut pas imiter, ou qui ne sait pas imiter, mais un enfant qui est gêné pour imiter. S’il ne vous imite pas, il faut trouver pourquoi pour pouvoir l’aider. Imiter ça demande de regarder, d’écouter, d’être attentionné et intéressé par ce qui arrive autour. Quand tout cela est réuni, il faut après que l’enfant « puisse » sur le plan instrumental, c’est-à-dire que son corps lui permette cela, que ses mouvements soient suffisamment contrôlés pour « faire pareil ». Mouvements du corps (pour dire au revoir avec la main) et mouvements de la bouche pour dire « au revoir » avec des mots.

Quand l’enfant en est là (il regarde dans la même direction que vous, pointe du doigt et vous imite), il reste à adapter notre modèle de langage s’il tarde à produire des mots.

OR, quand un des socles est altéré… le langage peut tarder à se mettre en place, et modifier sans que nous nous en rendions compte, le modèle de langage que l’on propose à l’enfant dans le quotidien.
Je m’explique : les parents font beaucoup de choses intuitivement. La nature est bien faite. Leur comportement, porté par les réponses de leur bébé proposent EXACTEMENT ce qu’il faut à l’enfant pour qu’il développe son langage.
MAIS, quand le langage tarde à apparaître, qu’un grain de sable vient gêner les rouages bien huilés de ce développement, alors, tout se dérègle chez les parents.
Exemple : (situation où maman conduit sur la route, enfant derrière dans son siège auto).
-« maman eu ion maman !! maman eu ion !!!
– « le camion mon chéri ?
– nonnnn, eu ioNNNN !
Puis voyant un hélicoptère sur une affiche :
ah l’A-Vion ! (mère heureuse d’avoir enfin compris qui reprend spontanément l’articulation qui a manqué à l’enfant pour se faire comprendre)

La même situation avec un enfant du même âge sans trouble du langage.
– maman l’avion, regarde !
– ah oui… enfin c’est un hélicoptère mon chéri, regarde il n’a pas d’aile mais une grande hélice sur le dessus.

Voilà comment tout se dérègle pour le petit qui parle mal. Tandis qu’on va faire beaucoup d’efforts pour l’aider à prononcer, on va préciser le vocabulaire de son copain qui parle bien. (je simplifie nettement, mais la problématique est bien là).
Un enfant qui est agité « dérègle le modèle de langage de ses parents » : pas question de se poser pour regarder les fleurs au parc… les parents se mobilisent plutôt pour qu’il ne les piétine pas, ou pour ne pas le perdre de vue.
etc…

Voilà donc le travail de l’orthophoniste
1. identifier ce qui gêne le développement du langage
2. identifier les incidences sur la modalité des échanges possibles avec cet enfant-là (que nous invite-t-il à faire avec lui ?)
3. proposer des solutions en intervenant sur les socles ou en proposant des solutions alternatives pour communiquer ET informer les parents des possibles aménagements dans le quotidien qui vont aider l’enfant.

Dans l’article suivant, je vais vous proposer des activités à faire à la maison afin d’aider votre enfant à développer son langage, même si un des socles de son langage (aspect auditif / visuel / praxique / attention) est altéré.

Petit exercice pour les parents qui observent chez leur enfant des difficultés de langage : à votre avis, quel-s socle-s dysfonctionne-nt chez votre petit ? Et pensez-vous que cela a « déréglé » quelque chose dans votre comportement de parent ? Cet exercice sera plus aisé pour les parents ayant des aînés.

Si cet article d’information générale sur le développement du langage oral vous a intéressé, que vous le trouvez pertinent, partagez-le. 🙂