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Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire, textures et aliments

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Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire, textures et aliments

Cet article fait suite à ceux-ci :
1/ Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire, oralité primaire
2/Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire, comportement de l’enfant

Encore une fois, comme je l’ai déjà dit dans chacun de ces articles : cet article n’est pas destiné aux parents. En le lisant vous ne pourrez en tirer le sens que je souhaite y mettre en le rédigeant pour mes collègues qui ont des connaissances spécifiques en ORL, neurologie, psychologie, développement de l’enfant (entre autre).

Dans cet article, je vais poursuivre le développement sur ma pratique en abordant la question des textures et des aliments acceptés / refusés par l’enfant. Encore une fois, les professionnels avisés en oralité n’apprendront vraisemblablement rien. D’autre part, je relate ici de ma pratique et rappelle qu’il existe d’autres façon de procéder. De nombreux mémoires d’orthophonie libres d’accès décrivent des bilans d’oralité dans leur globalité.
Je viendrai sans doute, au fil de temps, à développer tous les aspects explorés lors du bilan d’oralité que je réalise, mais pour le moment, concentrons-nous sur l’aspect « questionnaire » qui est loin d’être le plus anodin dans le bilan d’oralité selon moi.

3/ Les textures acceptées
Quelles sont les présentations / les textures que votre enfant accepte de manger ?
Mange-t-il seulement des pots et assiettes toutes faites pour enfant ?
Mange-t-il des repas faits maison (boîte de conserve / surgelés / produits frais/ …)

Puis entrez dans les détails

1- Des liquides (eau, lait, … ) : quel contenant ? Biberon, verre, paille, tasse à bec, …
2- Des potages
3- Des purées lisses
4- Des purées écrasées grossièrement
5- Des légumes en morceaux
6- Des poêlées de légumes
7- Des quiches / tartes
8- Des plats en sauce
9- Des glaces
10- Des compotes
11- Des fruits en morceaux
12- Des biscuits salés ou sucrés

Qu’apprend-on ?
Certains items non validés vont attirer plus particulièrement notre attention.
Le 5, 9 et 11 sont particulièrement évocateurs de troubles sensoriels, et se retrouvent même chez des grands.
Chez des plus petits, le questionnaire est vite déroulé puisque vous arrivez souvent aux items 1, 3, 10, 12 isolés dans le questionnaire. Et encore, il n’est pas rare que les enfants petits ne mangent pas non plus de biscuits.
Chez des grands, les plats en sauce et poêlées de légumes peuvent être validés, et révélateurs des stratégies familiales développées pour faire accepter les légumes. Ainsi, en questionnant, j’ai des enfants qui acceptent les poêlées qui ont un goût et une texture assez uniforme.
Certains parents, dès ces questions me signifient que leur enfant accepte des haricots verts de telle marque mais pas telle autre, que « tout doit être très cuit » : ainsi, gratins de légumes passent mieux chez les plus grands, que les légumes croquants au beurre.
Je vais aussi avoir des réponses, moins fréquentes mais tout aussi révélatrices autour du « lisse non supporté » par l’enfant. Souvent, ce sont des enfants qui n’ont pas bénéficié d’alimentation industrielle, mais seulement de repas « faits maison ».

Globalement ce premier «tour de table » va aussi préparer les parents à répondre à la suite. Par ailleurs, la suite va permettre de soutenir les fondations du début de l’accompagnement parental.
Il n’est effectivement pas rare que les parents valident par exemple les fruits et légumes en morceaux, mais que face à chaque aliment cités, ils prennent conscience que leur enfant ne mange que des haricots verts et des carottes (par exemple).

Il convient vraiment de garder à l’esprit que chez certains les troubles sensoriels sévères au départ amènent à des profils d’enfants très sélectifs qui mangent une poignée d’aliments différents (une dizaine), et chez d’autres, moins sévèrement touchés, ou plus grands, on garde la persévérance d’une sélectivité des textures « fruits et légumes ».

Après il n’y a pas de règle. J’ai aussi l’impression que tout dépend des textures proposées au prime abord aux enfants. Certains ne vont s’être défaits « des plats bébé industriels » tandis que d’autres vont au contraire ne pas pouvoir manger une purée très lisse parce que nourris au départ par des plats maison aux textures irrégulières. L’enfant va, très souvent, dans ma clinique en tout cas, préférer la texture à laquelle il a été exposé lors des débuts de la diversification alimentaire.

=> Dans ce premier questionnaire « textures » qu’on examine déjà bien finement si l’enfant accède à plusieurs textures différentes, ou si au contraire il réduit ses entrées à un panel étroit. Va-t-il plus vers le mou ou le croquant ?

Enfin, pour conclure ici, il me semble tout de même que les troubles sensoriels apparaissent plus nettement chez ces enfants nourris par les assiettes bébé dont les textures sont extrêmement stables et n’apportent donc que très peu de variabilité sensorielle. ATTENTION, je n’ai pas dit qu’ils n’existent pas chez les autres. Je trouve seulement leur expression moins sévère dans ma clinique (statistiquement).
Véronique Abadie, aux dernières journées Necker en février 2015 osait avancer que nous « construirions des troubles » chez les enfants à force de sélectionner une alimentation molle et peu variée sur le plan sensoriel. Si cela m’apparaît comme un propos un peu « fort », je pense tout de même que cela est à creuser. J’ai abordé cette problématique dans un article précédent ici.

4/ Aliments essayés / acceptés / refusés
Voilà comment je poursuis ma poignée de questions à propos des textures. Je propose de lister avec eux un état des lieux actuel sur ce que leur enfant a déjà mangé, aime ou n’aime pas et j’ajoute si l’enfant n’a pas essayé : en mangez-vous dans votre famille ? J’explique qu’il est souvent logique de ne pas proposer de chou-fleur à son enfant quand nous-même, parents, n’aimons pas cela.
Il n’empêche qu’en questionnant ainsi, cela va aussi vous amener à discuter avec les parents de leur éventuelle sélectivité alimentaire à l’un ou l’autre. A cet instant, il est capital de préciser aux familles que l’on retrouve des aspects « familiaux » dans ces sélectivités / difficultés alimentaires afin de déculpabiliser tout le monde et de ne pas perdre les parents à cet instant du questionnaire.
Je ne vous listerai pas tous les aliments que j’ai dans mon questionnaire (vous fabriquerez le vôtre) mais globalement il reprend :
– Des légumes classiques
– Des légumes plus rares
– De toutes les couleurs
– De toutes les textures
– Les légumineuses / légumes secs
– Les pâtes (plusieurs sortes)
– Le riz
– Le blé
– La semoule
– Les fruits
et je me fais préciser la texture (même chose que pour les légumes : des plus ou moins fréquents dans la vie des familles)
– Les différentes présentations des pommes de terre (les parents expriment souvent leur étonnement face aux refus des frites ou pommes de terre sautées, ou précisent que les patates sautées doivent être triées pour être acceptées : les trop grillées étant refusées par exemple)
– Différentes sortes de crudités (légumes peu acceptés selon les présentations / la température)
– Les viandes à mâcher (blanche et rouge)
– Jambon (fréquemment proposé)
– Poisson (fort en goût)
– Steak haché
– Pains : les différents existants (la baguette est souvent peu tolérée alors que le pain de mie blanc l’est)
– Les biscuits secs
– Les madeleines / la brioche / la gâche (plus difficiles à avaler sans être bien insalivées)
– Yaourt nature, crèmes desserts, etc…

C’est à ce moment-là que je me fais préciser les éventuelles sélectivités via :
La couleur : qui peut orienter vers un trouble sensoriel sévère tel que vus chez les TSA ou EIP
La température : certains ne supportent pas froids les aliments qu’ils ont l’habitude de manger chaud et vice versa.

Qu’apprenez-vous ?

Etat des lieux des habitudes de l’enfant. Y’a-t-il des aliments non aimés avant qu’il commence à manger ? Propose-t-on encore ce qu’il a une fois refusé ?
Etat des lieux des habitudes familiales, la diversité des aliments acceptés dans chaque catégorie. Cela va être très précieux, notamment lorsque la courbe de croissance est inquiétante, afin de guider les parents dans un premier temps avec les aliments acceptés. Par ailleurs, nombre de familles également, gêné par le gâchis généré par leur petit « sélectif », ne proposent plus d’aliments nouveaux et ont renoncé. Ou alors, ayant remarqué que tel aliment est accepté, ils vont en C’est capital de parvenir à savoir où ils en sont, quelles sont leurs habitudes alimentaires, leur mode de vie. Cela va orienter les possibilités d’activités proposées dans la guidance.
Ce questionnaire des aliments est précieux. Il génère beaucoup de réponses inattendues.
Exemple de cette famille qui ne proposait ni lentille, ni flageolets, ni chou-fleur, ni brocolis, etc… par crainte d’une digestion difficile.
Exemple aussi de ces familles aux origines culturelles différentes de celles que nous connaissons, et qui par ce biais nous expliquent comment les repas sont proposés à l’enfant.

Vous avez à présent un bon aperçu du vécu des enfants et des familles :
1. les premières aventures alimentaires du bébé, très teinté des émotions parentales que ça a pu générer,
2. le comportement actuel de l’enfant et ses retentissements sur la vie quotidienne familiale et sociale (nous reviendrons aux vécus dans les crèches et les cantines, déjà abordé via le témoignage d’une maman ici)
3. les textures abordées / abordables pour l’enfants ou celles insupportables
4.les aliments essayés / aimés ou pas, mais aussi les habitudes familiales.

Dans le prochain article, nous aborderons 5. l’installation et 6. les astuces éducatives.

J’espère qu’au fil des articles, vous commencez à percevoir la trame du bilan que je réalise, et que même, sans doute, vous devinez la suite…
Quoi qu’il en soit, je suis dans l’attente de vos retours. Comment faites-vous de votre côté ? Votre clinique vous amène t-elle aux mêmes conclusions ?

Si cet article vous a semblé pertinent, partagez-le, likez… et commentez ! Cela aide chacun à s’inscrire dans l’élan qui nous portera à avoir les connaissances pour recevoir ces enfants dans nos bureaux d’orthophoniste.
Merci à vous pour cette fidélité ! 😉

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