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Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste

Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste published on 22 commentaires sur Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste

Langage oral : le tout-petit, ses parents et l’orthophoniste
Quand on parle de prise en charge précoce en langage oral en orthophonie, de quoi parle-t-on ?
Que fait l’orthophoniste qui reçoit un enfant qui ne parle pas ?

Pour commencer l’orthophoniste fait un bilan. Cet article abordera cet aspect.

Le bilan va reprendre plusieurs choses :

1. Les circonstances de la naissance de l’enfant :
la grossesse, l’accouchement, les premières semaines de vie

Pourquoi ?
On croit souvent que le développement commence après la naissance de l’enfant, or cela est bien plus complexe. Les sens se développent in utéro et on observe très tôt des réponses corticales face aux stimulations sensorielles du bébé dans le ventre de sa mère. Les premières réponses sensorielles observées in utero concernent le système somesthésique (toucher) entre 16 et 20 SA, mais aussi le système nociceptif (16/20SA) puis les systèmes vestibulaire, auditif et visuel (23/25SA) – d’après Calendrier du développement sensoriel embryonnaire et fœtal -Kuhn et al. Arch Ped 2011)

calendrier sensoriel
Ainsi quand on interroge sur la grossesse, on va tenter de comprendre le vécu du bébé in utero ; une maman avec une menace d’accouchement prématuré, alitée les 3 derniers mois de grossesse, donne des informations sur le vécu sensoriel du bébé. L’haptonomie proposée lors de certaines préparations à la naissance informe tout autant. Ce ne seront pas des points suffisants pour « comprendre » ou « expliquer » les difficultés observées, mais cela peut y contribuer. Notons que les études scientifiques manquent sur ce point, mais des professionnels questionnent à ce propos ; Mathilde Boudou, orthophoniste, soulevait cette intuition lors des Entretiens Orthophoniques de Bichat en octobre dernier quand elle évoquait un cas clinique d’oralité alimentaire.

Interrogeant sur l’accouchement, on va obtenir des informations sur la rapidité de l’arrivée du bébé, sur les éventuelles difficultés rencontrées, aides instrumentales apportées, césarienne ou péridurale. Tous ces éléments vont nous informer sur les éventuelles difficultés rencontrées en périnatal que ce soit pour le bébé ou pour la maman.

Comment le bébé a-t-il bu au sein à la naissance ? Etait-il encore sous les effets de la péridurale qui d’après Mme Senez n’est pas sans influencer les premiers pas du bébé dans son activité nutritive.

Puis, lors des premières semaines, voire des premiers mois, retrouvons nous des éléments qui auraient pu venir entraver le développement du bébé ? Hospitalisations, événements familiaux ayant pu modifier la qualité des interactions entre le bébé et son environnement ?

=> Ces aspects périnataux nous permettent d’enquêter sur les premières expériences sensorielles et émotionnelles du bébé, et de repérer les premières traces de difficultés.

2. Le développement de l’enfant sous des aspects généraux, que cela concerne le développement moteur, ou verbal, social, sensoriel.

Pour cela les orthophonistes bénéficient de plusieurs outils qui leur servent de point de repère.
– Echelle de Denver (approche pédiatrique),
– IDE (Inventaire du Développement de l’Enfant- CogniSciences),
– grilles d’outils spécifiquement pensés pour les orthophonistes (Evalo BB, Dialogoris)
– etc …

Par le biais de ces grilles d’observations, les orthophonistes vont démêler les aspects développementaux de l’enfant, afin de comprendre comment l’enfant fonctionne, là où des dysfonctions apparaissent, là où au contraire le développement se montre tout à fait dans les « normes attendues » pour la tranche d’âge concernée.

Pourquoi ? Nous savons que le développement de l’enfant se dessine sous des aspects homogènes : un enfant se développe généralement au même rythme entre le moteur et le verbal, même si on entend souvent « on ne peut pas tout faire en même temps » quand on voit un enfant qui marche voire court et grimpe, alors qu’il ne parle pas.

L’orthophoniste évalue ainsi le développement afin d’identifier un retard « global », ou plus centrer sur le langage à priori pointé au départ.

Puis, grâce à ses connaissances sur le développement du langage, l’orthophoniste va aller explorer plus finement toutes les compétences dont il sait qu’elles viennent asseoir le langage. Les professionnels parlent de « prérequis au langage ».

3- Exploration des prérequis du langage
Comme dit dans cet article ici, le langage s’appuie plus spécifiquement sur :
des aspects sensoriels : l’enfant apprend peu à peu à faire sens sur ce qu’il perçoit de l’environnement via ses sens, il apprend à traiter les informations ensemble, ou au contraire à les prioriser, et adapter ses réactions grâce au soutien de son environnement qui étaye sur le plan émotionnel / affectif,
des aspects visuels : « je vois bien, je m’intéresse à ce que maman regarde, je me sers de mes yeux pour repérer les choses pertinentes,… »
des aspects auditifs : « j’entends bien, je prête attention aux bruits qui m’entourent et j’apprends à les distinguer finement les uns des autres,… »
des aspects moteurs-praxiques : « j’oriente mon corps pour favoriser les échanges avec mon environnement, je bouge ma bouche, ma langue pour produire des bruits précis-multiples…, je dirige mon bras, mon index pour montrer ce qui m’intéresse ou demander des choses,… »
des capacités d’imitation : « je regarde l’adulte / j’entends l’adulte, et je l’imite sans effort, … »
des compétences sociales : « j’ai envie d’échanger avec mon environnement, j’ai du plaisir à partager des sourires et des échanges de regards, je pleure ou râle pour obtenir quelque chose, je cherche l’interaction avec l’autre même s’il paraît indifférent : je réponds aux invitations et je peux les initier. Un M-CHAT peut-être proposé quand l’orthophoniste s’interroge sur un TSA (Troubles du Spectre Autistique).

4- L’environnement
L’orthophoniste va également explorer, essayer de comprendre, comment fonctionne l’environnement qui entoure l’enfant. Comment l’enfant vit-il au quotidien ? comment est-il invité à communiquer ? comment est-il stimulé ? quels jeux sont proposés ? comment est-il compris ? comment est-il aidé ?
L’enfant vit-il avec ses parents ? est-il en collectivité ? a t-il une nounou ? des grands-parents ? Des frères et sœurs ? Que pense chacun ? Que propose chacun ?
– y’a t-il des antécédents familiaux de troubles du langage ? On sait que certains troubles du langage oral se retrouvent dans les familles. Il y a des aspects « génétiques-épigénétiques » indéniables. Cela va contribuer également à la compréhension de la difficulté de l’enfant et de l’aide à apporter

5- Le développement du langage
Enfin quand les enfants parlent un peu, on évalue leurs productions, notamment leur stock lexical (stock de mots) et leur accès à la phrase.
Des outils spécifiques aux orthophonistes existent là encore :
– IFDC : abrégé ou complet (jusque 30 mois en version complète)
– EVALO BB ou EVALO 2-6
– CléA (après 30 mois)
– Bilo Petits (après 3 ans)
– etc …
Vous l’aurez compris cet aspect est finalement très dépendant du niveau de l’enfant. Quelquefois les orthophonistes ne les utilisent pas, notamment quand les prérequis sont déficitaires ou fragiles. Evaluer l’aspect purement linguistique du langage de l’enfant serait en tout cas insuffisant chez un enfant sans langage en production.

Attention néanmoins :
– un enfant qui ne parle pas n’est pas un enfant qui ne comprend pas
– et un enfant qui semble comprendre n’est pas forcément un enfant qui comprend.
=> il convient dont quelquefois d’explorer plus finement la compréhension de ces enfants qui tardent à parler. Elle nous donne de précieux indices sur le développement.

6- l’oralité alimentaire
Comment l’enfant mange t-il ? Variété de goût et de textures, temps de repas et accès aux morceaux, … Si l’orthophoniste perçoit une difficulté sur le plan, il va préciser son exploration.

Pour finir,
l’orthophoniste va vous expliquer ce qu’il perçoit des difficultés de votre enfant. Une prise en charge peut à la suite de cela vous être proposée, selon différents schémas que j’aborderai prochainement si vous le souhaitez.

Je vous propose de commenter cet article si vous souhaitez qu’une suite soit proposée, notamment sur la prise en charge des enfants de moins de 3 ans en orthophonie.

22 commentaires

Bonjour, oui ça m’intéresse une suite, notamment concernant la prise en charge des moins de 3 ans qui ne parlent pas.
Merci

Noté Violaine 😉

Super tres clair entierement d accord sur les pre requis sensoriels stimulations que je propose beaucoup a des enfants ted et presentant un trouble de l oralite .bien sur il faut une suite! Les formations sont inaccessibles sur les 2 ans à venir alors vos articles clarifient les choses les explorations indispensables !
Merci
Cinzia

Super article comme d’habitude… Clair, précis , concis!!
Je crois que tes cours seront top et que les étudiantes auront un bon bagage grâce à toi!!!
Merci de tout ce travail!!!
Laurence

Merci beaucoup pour cet article, je vais recevoir en bilan un petit garçon de 3 ans qui ne dit pas encore un seul mot en février prochain. Je n’ai aucune expérience pratique avec les petits sans langage (uniquement de la théorie) malgré une formation d’un an au Québec en langage oral (tous mes patients avaient un retard de langage mais tous savaient parler un minimum). Je cherche donc toutes les informations possible pour bien faire mon travail. J’ai voulu rediriger la maman vers une orthophoniste plus expérimentée mais impossible d’en trouver une dans les environs, elles disent toutes qu’il faut attendre jusque 4 ans et demi, que l’enfant est trop petit. Je vais donc me lancer. Je suis preneuse de tous les conseils possibles.

Ne ferais tu pas partie de ces professionnels qui doutent ?
😉
Je vais travailler sur cet article suivant à destination des familles tout en gardant en tête la demande des collegues.
merci de ta confiance

Re bonjour, je doute évidemment mais je considère la rééducation de ce nouveau petit patient comme un défi à relever et j’ai bien l’intention de bien faire les choses. J’ai fini de (re)lire le livre de Catherine Senez (je l’avais lu durant mes études) et je me demande s’il y en a d’autres qui pourraient m’être utiles. Pour l’évaluation j’ai l’EVALO 2-6 mais pas l’évalo BB, sera-ce suffisant ou vaut-il mieux investir dans la version BB sachant que mon patient a déjà 3 ans? Je ne sais pas ce qu’elle propose de plus adapté que la 2-6. J’ai modifié mon anamnèse habituelle pour y intégrer davantage de questions concernant les prérequis au langage et l’environnement. J’ai lu tous vos articles et d’autres, plusieurs livres (y compris sur le développement du cerveau de l’enfant). Je commence à me sentir prête à rencontrer ce petit bout et sa famille. Merci pour votre blog.

Très bon article ! Merci beaucoup. J’ai peu d’expérience avec les petits de 3 ans et je cherche des informations à ce sujet, je veux bien une suite 😀
J’ai dû réaliser un bilan d’un petit de 2 ans récemment, et en plus de l’EVALO BB j’avais la grille d’un test qui s’appelle le PLS-5, le connaissez-vous ?

Bonjour
Merci pour cette piste à creuser
Qui a fait ce test ? Je ne connais effectivement pas. Je vais chercher mais si tu as des pistes pour que je trouve plus rapidement je suis preneuse.

Quant à la suite…elle arrive donc 😉
Elisa

C’est le Preschool Language Scales des éditions PEARSON. Je dirais que c’est un test américain. A mon boulot, on a une version traduite (Québécoise). Je ne l’avais encore jamais utilisée jusqu’à la semaine dernière.

Il y a un questionnaire pour les parents sur la communication à la maison et un cahier de notation pour l’orthophoniste avec les 2 versants (expression/compréhension) qui suivent l’ordre chronologique depuis les premiers mois jusqu’à 7 ans 11 mois. Et il faut cocher 1 (présent) ou 0 (absent). Je ne sais pas si je suis très claire ^^
http://www.pearsonclinical.com/language/products/100000233/preschool-language-scales-fifth-edition-pls-5.html

Merci pour cet article clair et concis! je suis avide d’informations afin d’actualiser les connaissances et d’apprendre encore !! A bientôt pour la suite 🙂

Notre métier est si vaste que nous ne pouvons nous sentir repus de connaissances. Il y a toujours à découvrir.
J’aime également m’enrichir de la pratique des uns et des autres…

Le numero de l’ANAE de la rentrée 2015 proposait des articles intéressants sur le sujet si cel t’intéresse Aurélie.

Sinon la suite se prépare 🙂

Elisa

Bonjour,
Merci pour cet article!
J’aimerais bien une suite oui, d’autant plus qu’après un bilan d’un enfant de 2ans1/2 à 3 ans, je me demande souvent si je dois le prendre quand je noté des difficultés de séparation avec les parents, une immaturité, peu d’envie de parler… J’ai déjà eu des maîtres de stage qui ne prenaient pas tout de suite dans ces cas-là mais lorsque j’ai un enfant de 3 ans inintelligible et pas dans la communication moi je me dis que je me dois de le prendre.
Merci!

Bonjour Odile
Voici une question qui allume en moi une multitude de mots.
Merci cela va pouvoir donner une orientation supplémentaire à un prochain article pour les orthos.
C’est un questionnement que je sens récurrent dans les echanges entre professionnels sur les groupes FB que je lis.

comme première piste de réponse j’ai envie de te dire que la plasticité cérébrale est la meme qu’on soit ou non « immature » ou « collé à maman ».
Par contre le travail est adapté à chacun. Et les parents toujours associés.
Je t’en dirai plus prochainement c’est promis !
Merci d’avoir lancé le débat…
Elisa

Bonjour,
supet ce site, j’ai besoin d’aide mon petit a 3 an et demie il dit quelques mots ( papa, maman, tata, pepe, meme, bebe, bobo) et cest tout. on vois bien qu’il veux communiquer.
mais avec tout ca il a des soucis de comportement a lecole envers les autres enfants et aussi avec ses parents et nounou.
bref ma pediatre ma conseiller daller voir un pedopsyquiatre pour evaluer le comportement. malheureusrment le delais est de 6 a 8 mois cest tres long. j’ai besoin de conseil pour m’aider avant mon rdv. HELP

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