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Ici, vous aurez accès à des articles qui, je l’espère, vous aideront à comprendre comment ces troubles là « fonctionnent », ou plutôt, là où j’en suis en tant qu’orthophoniste dans ma compréhension de ces pathologies. N’hésitez pas à commenter pour obtenir des précisions, ou pour apporter les vôtres.

« Il a toujours été compliqué à nourrir, que proposer ? »

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Il y a des enfants qui apparaissent « difficiles à nourrir ». Les mois passent, les stratégies développées par les parents demeurent inefficaces et chacun s’épuise : l’enfant montre un comportement de plus en plus opposant, et les parents ne savent plus quoi faire.

« Il a toujours été compliqué à nourrir, que proposer ? »

1. Montrez la route des repas en invitant votre enfant à table avec vous : vous voir vous régaler est capital.
2. Pensez : « plaisir » et acceptez que son plaisir ne soit pas d’emblée en adéquation avec le vôtre
3. Lâchez prise quelques temps sur l’équilibre alimentaire tel qu’il est transmis dans notre société (5 fruits et légumes par jour, pas trop gras, pas trop sucré, …)
4. Proposez encore et encore, en petites quantités dans une coupelle à côté de l’assiette au besoin.
5. Patience et bienveillance : plus facile à dire qu’à faire… mais le secret est là aussi. Les émotions générées à table comptent tout autant que les sensations que votre enfant perçoit à travers son repas avec son nez, ses yeux, sa bouche, …
6. Aidez votre enfant à « comprendre » ce qu’il a dans son assiette.

« Pourquoi et comment aider un enfant à mieux comprendre son assiette ? »

Comprendre son assiette, c’est avoir appris à la connaître. Et quand on connaît les choses, on les craint moins. Connaître mieux, c’est se préparer à aimer. C’est donc bien ici une étape pour aider votre enfant.

  1. Il va être important de proposer à votre enfant, en fonction de son âge, d’une part des aliments « simples à comprendre » pour qu’il puisse apprendre à reconnaître leur goût (en s’accompagnant de ses autres sens), et d’autre part, les « plats familiaux » que vous appréciez partager dans le quotidien de la maison. Quoi qu’il en soit, il sera important de ne pas oublier la place du plaisir « partagé » (les plus grands auront possiblement besoin de temps pour se mettre à goûter, les plus petits pourront y être incités plus aisément sur demande parentale).
  2.  Ainsi, pour aider votre enfant à découvrir des aliments, il sera plus pertinent de choisir ceux que vous appréciez vous-mêmes. Si vous présentez vous-même une sélectivité alimentaire, faites-vous aider par l’enthousiasme d’un tiers au moment des repas : l’autre parent, les grands-parents chez qui l’enfant va souvent, mais aussi la nourrice, la crèche voire l’école quand ces dernières structures comprennent la problématique de ces enfants. Il est juste important que le tiers aidant partage régulièrement des repas avec l’enfant. Nous ne pouvons néanmoins nier que les plus à même de jouer ce rôle de « présentateur alimentaire enthousiaste » sont les parents, pour de simples raisons affectives : nous n’oublierons jamais la puissance des émotions dans les aventures repas.
  3. La stratégie qui consiste à inviter votre enfant lors de la préparation du repas est idéale. Ouvrir un boîte de conserve de Haricots Verts, ou glisser deux poignées de coquillettes « comptent aussi » 😉
  4.  Vous pouvez également vous fabriquer des cartes photos des aliments (en découpant dans les publicités ou en imprimant grâce à Google image) et présenter la photo à chaque fois que vous proposez l’aliment (voire qu’il constitue votre plat). A l’inverse, bannissez absolument la feinte : en voulant le tromper sur ce qu’il mange. Avec cette stratégie, vous reculeriez sur le chemin que vous souhaitez pourtant emprunter.
Exemple de set de table avec bande velcro et photos du repas

« Pourquoi amener un enfant à manger c’est parfois si compliqué ? »

  1. Le cerveau de l’enfant contrôle ses « envies », son « appétit », « son plaisir » aussi d’ailleurs. Les processus qui régissent la prise alimentaire sont plus complexes que le « simple refus d’opposition » souvent interprété par l’entourage. Ce refus alimentaire n’est pas non plus un aveu de désamour : juste le croisement d’informations sensorielles ou digestives qui sont comprises sur le mode « désagréable », ou aux impossibilités, notamment motrices, qui elles-mêmes génèrent d’ailleurs souvent du déplaisir, voire à la diminution du plaisir qui apparaît à mesure qu’un aliment de même type est ingéré.
    Retenons que les enfants reprennent les activités d’eux-mêmes quand celles-ci sont plaisantes, et abandonnent spontanément celles qui ne le sont pas.
    Mais le cerveau communique pleinement avec le système digestif. Par exemple, il traite la vue des aliments différemment selon la faim par ailleurs ressentie.
  2. C’est donc aussi le système digestif qui dicte les lois. Quelles lois ? me direz-vous… Celles de la physiologie digestive (saviez-vous qu’il existe des neurones digestifs ?). En connaître quelques-unes vous permettra de mieux comprendre cet enfant difficile à nourrir :
  • Lorsqu’un enfant a faim, il va avant tout être attiré par les aliments que son organisme a appris à reconnaître comme étant « à forte densité calorique » (= qui apportent plus vite les calories attendues) : plutôt les pâtes que les haricots verts.
  • Les tout-petits ont par ailleurs de naturelles attirances pour les aliments gras et sucrés dont leur cerveau a besoin dans cette période de développement.
  • Et puis, saviez-vous que les enfants expriment un vrai désir physiologique quand ils disent ne plus avoir faim mais demandent un dessert ? Pourtant c’est vrai. Si on s’écoute nous-mêmes, adultes, on entendra les mêmes possibles envies.
  • Pour qu’il ait faim, il est nécessaire que son estomac ait pu partiellement vider son contenu précédent. Un intervalle de 2h entre les repas serait à observer. Par contre, rappelez-vous que les 4 repas par jours que nous proposons en France ne sont que pure histoire culturelle. Vous pourriez en proposer moins, ou plus…
  • Tous les organismes ne fonctionnent pas selon le même métabolisme. Certains ont besoin de peu manger pour vivre, d’autres plus… Les médias offrent des messages de bonne conduite à la société sans prendre compte de ceux qui ne fonctionnent pas comme la « moyenne de la population ».


3. De nombreux aspects sensoriels entrent en jeu

  • Il existe dans le développement des enfants une période où il est « classiquement » aisé pour lui de goûter à tout (5/12 mois), puis, cette fenêtre développementale peu à peu se referme. A 24 mois, l’enfant aura déjà son ancré ses préférences alimentaires, et si rien n’est figé au cours de la vie, il est intéressant de retenir cet âge repère comme celui qui annonce les préférences de l’individu adulte. Comprenez que l’enfant construit au gré de ses repas des schémas sensoriels en fonction de ses expériences. Plus il aura expérimenté l’alimentation avec tous ses sens au sein d’un climat positif, plus il sera à même d’anticiper son assiette en la comprenant finement. Les goûts et aliments non présentés manqueront à la grille de lecture initiale. Ils pourront être ajoutés dans la bibliothèque « sensorielle alimentaire » de l’enfant, mais cela sera plus ardu quand les traitements cognitifs (= représentations / pensées personnelles construites) de l’enfant s’ajouteront aux freins sensoriels déjà vécus par l’enfant.
  • Enfin, la préférence innée pour le goût sucré observé à la naissance n’est pas à vie inscrite. Le goût est un sens, qui, comme tous les autres, s’éduque. Le bébé entend, voit, … dès la naissance, mais ce n’est que via ses expériences répétées encore et encore qu’il va se servir de plus en plus finement de ses sens.

    Par exemple, le bébé reconnaît la voix de sa mère dès la naissance, puis le bruit de la porte de sa chambre, du grelot de son doudou, du chien qui aboie pourtant au loin… et bien plus tard les notes de musique s’il est instruit en ce sens. Le goût et l’odorat fonctionnent de même. Il va donc être indispensable de présenter des goûts et odeurs encore et encore pour que l’enfant accèdent aux autres goûts que le fameux « sucré » inné. Le risque face aux difficultés sensorielles de certains petits, seraient de les isoler de ces entrées sensorielles que l’on devine déplaisantes : l’enfant ne pourrait alors pas intégrer de nouvelles expériences via ce sens, et chaque future stimulation paraîtrait de plus en plus compliquée, telle de véritables agressions sensorielles. La difficulté tient donc du besoin d’ajustement, le dosage dans les propositions que l’on fait à l’enfant.
    Classiquement, ce développement est celui qui explique que si l’odeur de pain au chocolat qui vous parvient dans la rue vous « donne faim », c’est que l’information olfactive aura réveillé vos autres sens, transmettant l’information à votre système digestif, qui lui-même se conduira comme si vous alliez manger ce pain au chocolat dont la seule odeur pourtant vous parvenait, induisant une réelle illusion perceptive !

Quels chemins mènent aux conflits enfant // assiette ?


Les enfants touchés par ces difficultés alimentaires sont nombreux. Il arrive d’ailleurs qu’on pense certains en phase de « néophobie » (phase normale du développement) alors que leurs difficultés sont vraisemblablement autrement enracinées dans leur développement.
Les autoroutes conduisant aux problématiques alimentaires sont de plusieurs ordres :
A1 : l’Autoroute Neurologique : les enfants IMC pour ne citer que les mieux identifiés.  Mais en réalité, tous les enfants présentant des troubles du développement, des syndromes génétiques et malformatifs présentent une organisation neurologique spécifique. Ainsi, prématurés, TSA, TDAH, TSLO, dyspraxiques, enfants présentant un haut potentiel, etc… pourraient se voir attribuer une étiologie « neurologique ».
A2 : l’Autoroute Digestive : les pathologies digestives allant du RGO aux syndromes les plus complexes.
A3 : l’Autoroute Epigénétique : les terrains familiaux où nous retrouvons fréquemment des parents ayant eux-mêmes présenté des vulnérabilités de développement voire des troubles avérés.
Les « Itinéraires Bis » : Autoroutes Respiratoires et Cardiaques qui souvent mènent vers les départementales sensorielles et motrices.
Suivent quelques routes départementales reliées autour des autoroutes précédentes :
D4 : la départementale sensorielle
D5 : la départementale motrice
Enfin, le périphérique desservant chacun de ces chemins pourrait être nommé « le périphérique émotionnel ». Souvent, on pourrait penser que certains enfants circulent sur un circuit fermé constitué par la fréquentation de plusieurs de ces routes.
Pour conclure, on peut dire que manger est une activité recrutant des compétences motrices mesurées comme étant plus coûteuses chez certains enfants fragiles.
Mais c’est aussi une activité entraînant les danses simultanées de nombreuses informations sensorielles.
Entendre l’assiette se préparer… et comprendre ces / ses bruits ?
La voir arriver … et comprendre ce qu’il y a dedans ?
La humer… et reconnaître les odeurs perçues ? ou éveiller une nouveauté sensorielle ?
En toucher le contenu du bout de la fourchette… et anticiper dans le même temps la sensation prochaine en bouche : mou ou dur, coulant ?…
En deviner la chaleur habituellement expérimentée… et préparer sa bouche à la recevoir.
Et enfin, goûter, sentir en bouche… et vérifier les premières informations comprises au préalable, ou découvrir les sensations associées aux informations initialement pressenties/ devinées ? A moins que, du bout des doigts, la certitude ait été préalablement validée pour se lancer plus sereinement avant de mettre en bouche un aliment peut être tiède, peut-être dur, peut-être collant ou pétillant ?

Finalement, quand on explique aux enfants qu’il est nécessaire de « goûter », nous réalisons que nous n’avons que trop peu en tête l’importance de l’immensité de l’aventure sensorielle incitée. Comprenons que nous si nous pensons que « goûter » n’est qu’une affaire de papilles (sucré / salé / amer / acide / umami), nous nous trompons grandement.
Goûter, c’est découvrir les aliments avec chacun de nos sens, un par un, émettre des hypothèses de compréhension de notre assiette, accepter de se laisser tirer pas à pas vers la vérification des informations auxquelles nous nous attendons.
Accepter d’avancer dans la lecture de son assiette… tel est le challenge de ces enfants «difficiles». Et le plus souvent, ils peinent à se lancer dans l’aventure puisque les premières vécues demeurent peu positives dans leur mémoire.
Goûter, manger, c’est aussi mettre en bouche, croquer, malaxer, mastiquer, regrouper, avaler : ca implique toute cette gymnastique motrice préalable et indispensable à l’action de manger.
Les émotions qui règnent autour du repas, et plus largement au gré des expériences vécues par les enfants autour de ces notions alimentaires, sont fondamentales. Elles sont le ciment qui associent chaque brique sensorielle perçue, et participe à la compréhension que l’enfant a bâtie autour des situations vécues. Nous comprenons alors aisément l’importance de l’environnement qui propose et accueille les stimulations auxquelles l’enfant est soumis.
Finalement les rouages psychologiques de ces troubles alimentaires se situent au croisement des vécus de l’enfant : vécu sensoriel,  moteur, perceptif, et émotionnel. En d’autres mots, comment l’enfant traite physiologiquement les informations sensorielles, quel sens il leur donne et quel plaisir ou déplaisir est au final généré.

Pour aller plus loin…
http://inra.dam.front.pad.brainsonic.com/ressources/afile/223306-99228-resource-expertise-comportements-alimentaires-chapitre-2.html
http://alimentation-sante.org/wp-content/uploads/2015/10/Let-Scien-IFN-n°-138.pdf
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00354365/document

Les troubles de l’oralité

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Les troubles de l’oralité.

Présentation proposée aux 8èmes Journées Médicales du CESAP en Octobre 2016 à Rouen.

« Accompagner les difficultés d’alimentation nécessite la maitrise de plusieurs axes d’observations et de connaissances. Graduellement, nous pouvons examiner la situation en partant du cercle culturel et social pour nous rapprocher ensuite de la famille puis de l’individu plus précisément. Mais, nous n’obtenons là qu’un premier siège de compréhension, bercé au gré de la géographie, des époques et des habitudes que chaque famille tisse plus personnellement autour de ce rituel vital : le repas. Thomas Fondelli évoque dans son ouvrage « Autisme et alimentation » tous ces aspects subjectifs dont nous devons rester conscients autour de l’enfant qui présente des « difficultés » alimentaires : « manger mal : Aux yeux de qui ? Quand ? Comment » ? On sent bien là la complexité de la lecture sociale et culturelle de l’alimentation.

Comprendre l’alimentation sur un plan ethnologique ne nous donne donc pas les clés pour prendre en charge les troubles alimentaires, notamment des enfants, en plein développement, qu’ils soient polyhandicapés ou pas.

C’est en s’appropriant le lien entre les aspects sensoriels et moteurs qui s’auto-entretiennent, en visualisant la bouche comme « zone première », primordiale, porteuse de l’intégration neurosensorielle qu’on commence à comprendre de quelle manière les rouages du développement alimentaire sont, avant tout, étroitement liés aux multiples informations sensorielles auxquelles l’individu est soumis quand il mange.

La bouche embryonnaire très précocement en place dans le développement, va également être le siège de la première séquence motrice complexe que le fœtus montre dès la fin du premier trimestre : la succion-déglutition.
Les systèmes sensoriels enregistrent leurs premiers « comportements réponses » dans le courant du 2ème trimestre (Kuhn & col. Archives de Pédiatrie 2011). Ils se développent au gré des interactions entre le fœtus et son milieu intra utérin. En fin de grossesse il déglutit 1L de liquide amniotique par jour. Le bébé naît donc déjà empreint d’une histoire sensori-motrice qui va porter la suite de son développement à la naissance.

Manger est souvent hâtivement exclusivement associé au goût et à l’odorat. Or les sens mis en jeu sont bien plus nombreux. La vue, la somesthésie, la proprioception, la thermoception, l’audition, et même le sens vestibulaire ou la nociception vont venir participer à la construction du schéma sensoriel des repas, et influencer directement physiologiquement les principaux systèmes régisseurs de la prise alimentaire : le système nerveux central et le système digestif.
Au moment de manger, en effet je sens et je goûte avec mes yeux, mon nez, mes oreilles, mes muscles et mes articulations qui m’engagent à croquer, malaxer ou lécher l’aliment qui s’annonce. Je savoure différemment en fonction de la température, de la texture. Je goûte en dernier lieu la saveur que ma salive libère dans les différents temps de mon ingestion.

Nous savons, grâce à l’avancée des neurosciences, que la plasticité cérébrale est plus importante dans les premières années de vie d’un enfant, et que ce sont les événements fréquents (et non les « meilleurs ») qui vont orienter la spécification de réseaux de neurones. L’intégration neurosensorielle se fait donc selon les schémas quotidiens de l’enfant, ses routines, … Or n’y a- -il pas de routine plus précoce que celle des repas ?

Selon les mêmes principes, les neurones les moins utilisés vont disparaître. Ce phénomène d’élagage synaptique n’est pas sans conséquences chez ces enfants dont les stimulations sensorielles ont été réduites, quelles qu’en soient les raisons. Ainsi, quand un enfant supporte difficilement le flux sensoriel auquel il est soumis, qu’il se met en retrait ou qu’on l’en protège en l’en isolant, cela nuit à son développement. Au lieu de supporter de mieux en mieux les stimulations de son environnement, il va au contraire lui être de plus en plus difficile de traiter celles-ci avec cohérence. Par ailleurs, faute de stimulation sensorielle, les seuils perceptifs ont tendance à devenir plus sensibles et générer des hyper-réactivités.

C’est sur ce schéma développemental que reposent les troubles de l’oralité, quelles qu’en soit l’étiologie première. Or, repérés tôt grâce à des dépistages précoces, ou abordés de manière préventive, ces troubles vont tendre au minimum à se stabiliser, au mieux à disparaître. S’inquiéter de la sensorialité est donc le premier acte de prévention que l’on peut mettre en place pour prendre en charge l’oralité des enfants, quels qu’ils soient, mais plus encore lorsqu’ils présentent des troubles avérés du développement.

Certains enfants vont montrer des hyper ou des hypo lecture des flux sensoriels auxquels ils sont soumis, avec pour conséquences des comportements mal ajustés à leur environnement. Concrètement, concernant l’alimentation, le plus souvent, il s’agira d’enfant présentant des hypersensibilités intrabuccales des chimio ou des mécano récepteurs, avec déclenchement de réflexes nauséeux, voire de vomissements face à certaines textures d’aliments ou certains goûts et odeurs. Mais il se peut également que des troubles de l’intégration neurosensorielle aient bien d’autres conséquences, et impactent l’oralité sous d’autres axes (auditif, visuel, proprioceptif, thermique). Les enfants autistes ne sont pas sans nous rappeler la complexité de notre système sensoriel : ils peuvent, par exemple, fixer leur attention sur des sensations visuelles plus que gustatives et refuser une assiette pour sa couleur exclusivement.

Face aux enfants dits « à risques », mais aussi face aux tout venant, nous devons rester vigilants et accompagner les familles dont les enfants présentent des terrains de vulnérabilité ou des troubles du développement :
– guider et soutenir l’éveil sensoriel du tout petit, pallier aux fragilités du plus grand en proposant des évolutions micro graduées, des aménagements de l’environnement, pour contourner les hyper ou les hyposensorialités qui nuisent à la prise alimentaire.
– Rappeler l’importance du schéma alimentaire à proposer quotidiennement pour porter le développement de l’oralité de l’enfant : guider, informer, conseiller.
Plaisir et entrées sensorielles multimodales doivent s’entremêler dans le quotidien pour coordonner positivement les cortex sensoriel et moteur sans oublier le système limbique qui gardera en mémoire les traces émotionnelles associées.
Manger ensemble, prendre garde au visuel de l’assiette, aux textures présentées, à la simplicité première du message pour en faciliter sa compréhension par l’enfant, réfléchir à la proprioception, penser l’installation du corps pour ces moments dégustés en famille ou en société. En deux mots : « donner du sens aux sens » pour en faciliter l’intégration.

La bouche méritera donc, au cœur d’un corps soumis à une sensorialité intense, de centraliser l’attention du corps médical et paramédical au-delà des dentistes et des ORL… voire des orthophonistes quand les difficultés apparaissent.
Plus que l’affaire d’une poignée de professionnels autour des enfants, l’oralité doit être l’affaire de tous dès lors que l’on accueille un enfant. En surveillant « l’histoire de sa bouche », en questionnant son alimentation, son plaisir exploratoire, en conseillant ses parents, vous vous situerez dans une pratique préventive extrêmement importante, visant à soutenir non seulement l’oralité alimentaire, mais aussi verbale. »

Elisa LEVAVASSEUR, Orthophoniste

Autisme et troubles alimentaires

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Alimentation et autisme

Les troubles alimentaires sont fréquents chez les enfants porteurs d’autisme.

En effet, les troubles sensoriels et les difficultés de communication communément presentés chez les personnes porteuses de TSA participent à ces observations.

Voici une présentation que j’ai proposée à des familles à Nevers sur la demande d’Autisme 58.
Charlotte Gamard, orthophoniste très active dans le domaine de l’autisme,
auteur du site www.autisme-orthophonie.fr intervenait parallèlement sur les aspects de communication.

Pour découvrir la présentation, cliquez ici :
Oralité et TSA Nevers 2016
Goûter enfant

Plaquette Infos Oralité

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Vous trouverez ci-joint une première plaquette d’informations (format triptyque) sur les troubles de l’oralité.

Plaquette Info Oralité 2

Téléchargez ici : Oralité Infos Mai 2016

Elle ne demande qu’à être améliorée, complétée, orientée plus précisément aux différents publics concernés (pros de santé, familles, pros de la petit enfance, …). Je compte sur vous pour m’y aider : vos commentaires, idées, photos, témoignages, anecdotes me seront d’un grand secours. Merci d’avance.

Il ne vous reste plus qu’à :
1. télécharger
2. imprimer recto-verso
3. plier
4. distribuer en grand nombre 🙂

ou

1. télécharger
2. partager via le web !

PS : je remercie Pierre, Franck, ainsi que la Présidente et le Trésorier de l’Association Flagada pour leur participation à cette première plaquette 😉

Comment stimuler l’oralité d’un enfant ?

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Votre enfant montre des fragilités voire des difficultés pour s’alimenter ?
Vous voulez l’aider, l’accompagner au quotidien ?
Que faire ?

Aider au moment des repas ET en dehors des repas. C’est déjà une première chose à comprendre. Un enfant qui peine à accéder à une alimentation sereine ( refus des aliments, recrache, sélectionne, …) va avoir besoin d’un soutien spécifique pendant les repas, mais pas seulement.

Pendant les repas, un article vous a déjà été proposé ici ou encore .
Globalement on peut retenir : la bienveillance, le plaisir, l’oubli de l’équilibre alimentaire et des règles culturelles.
– N’hésitez pas à proposer des petits récipients à côté de l’assiette proposant le repas prévu, d’autres aliments en très gros morceaux à prendre à pleine main, ou en petits morceaux à attraper du bout des doigts, des petites choses nouvelles qu’elles soient sucrées ou salées.
– Laissez l’enfant découvrir de nouvelles choses, notamment sans peur des mains sales, même s’il « patouille » plus qu’il ne goûte, ce sera déjà une petite réussite.
– Proposez un cadre calme, apaisé et apaisant.
– Favorisez les repas en famille où l’enfant voit ses parents manger, et laissez l’enfant aller picorer dans les assiettes qui le tentent.
Acceptez le dessert avant le plat, le fromage après le dessert, … Oubliez vos règles d’adulte, et mettez à disposition le repas de l’enfant sur la table ; le laisser choisir l’ordre des aliments absorbés n’est pas délétère. Evitez néanmoins les desserts très riches type « danette » qui pourraient couper l’appétit si mangés en début de repas. Quoi que… il y aura des enfants pour lesquels la Danette favorisera l’éveil au reste du repas.
– Ne vous figez pas dans un programme type, gardez une certaine souplesse, même si je vous conseille pour plusieurs raisons d’imposer le repas « à table », bien installé sur une chaise à bonne hauteur.

– Entendez néanmoins, et sachez le voir si c’est le cas de votre enfant, que certains enfants ont besoin de repères fixes, notamment visuels, au moment des repas. Si vous comprenez cela chez votre enfant, favorisez un cadre stable, fixe : même set de table, même assiette, mêmes couverts. Proposez des ramequins ou des assiettes compartimentées. Ne changez pas trop les habitudes tant que les repas sont difficiles. Et si vous voulez commencer à varier le cadre du repas, essayez de ne faire varier qu’un élément à la fois.

Evitez absolument la surprise ou la feinte. Ne pas annoncer la purée de céleri en pensant que votre enfant la mangera croyant que c’est de la purée de pommes de terre, est une très GROSSE erreur qui va entretenir la difficulté de votre enfant.
=> Votre enfant doit pouvoir se mettre à table sans appréhension de ce que ses sens vont y découvrir. Mettez des mots sur ce que vous avez préparé… et encore mieux, invitez le à préparer avec vous, ou au moins vous regarder faire.

Et en dehors des repas ?
Pensez à tous ces jeux qui vont venir stimuler les sens de votre enfant, sans oublier le sens vestibulaire (qui correspond à celui de l’équilibre). Ainsi, les idées suivantes :
– bercements sur les genoux type bateau sur l’eau
– monter sur les genoux pour jouer au cheval
– danses dans les bras des adultes
– faire l’avion
– être roulé sur le lit
– balançoire
– toboggan
– monter sur les épaules pour aller se promener
– être dans la poussette avec maman qui court en la poussant, puis ralentit

– faire de la pâte à modeler à 4 mains avec un adulte, ou à deux mains si c’est possible.
– toucher les vieux tissus doux (c’est le moment de recycler les vieux vêtements et d’en découper des paires de carrés de tissus à tripoter, à trier, à glisser entre les doigts ou sur les joues
– déchirer des pages de magazines, en faire des grosses boules avec les mains,
– mouiller des pages de magazines, et en faire des boules avec les mains, puis les peindre quand c’est sec, et / ou les rouler dans la semoule, …
– jouer au sable
– jouer à la dînette avec farine et cacao, mais aussi avec les poudres à entremets odorantes, ou avec des épices (curry, thym,…)
– faire des pâtes à cookies, ou des pâtes sablées puis des biscuits avec des emportes pièce.

– sentir les flacons de parfum, les bouteilles de shampoing, les produits de beauté de maman, les paquets de biscuits, de chips aromatisées, les boissons, les paquets de cacao, ….le repas évidemment, surtout à défaut de goûter
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– jouer à se maquiller… puis se maquiller avec des denrées alimentaires, et se photographier ou se regarder dans la glace
– masser le visage de votre enfant avec les mains chaudes, froides, avec ou sans lait de toilette, de l’huile d’amande douce, mains sèches ou mouillées, et inverser les rôles.
– jouez à deviner « sur quoi on marche » et préparer un parcours découverte avec des sacs de congélation recouverts de tissus après les avoir emplis de riz, semoule, farine, caillou, sable, etc…

Faites de votre enfant votre premier partenaire de « cuisine ». Invitez le à voir ce qu’il se passe quand vous épluchez les légumes, etc…

Allez vous promener et sentez la pluie, les feuilles, …
Ecoutez les bruits, racontez les…

Cela mériterait un livre entier, non ? 😉

La petite règle à tout cela : fréquence, cohérence… PLAISIR de faire ensemble ! Et si vous sentez que votre enfant est peu enclin à certains types d’activités, il y a fort à parier que c’est justement celles de ce type là qu’il va justement falloir favoriser et non abandonner pour l’accompagner indirectement vers une oralité plus investie.
On en reparle ?

… et n’oubliez pas que vous pouvez vous faire aider : quels professionnels peuvent vous aider ?

Des livrets de Guidance Parentale ont été conçus afin de vous accompagner plus spécifiquement autour de ces difficultés ici

Néophobie alimentaire ou trouble de l’oralité type SDS ?

Néophobie alimentaire ou trouble de l’oralité type SDS ? published on 5 commentaires sur Néophobie alimentaire ou trouble de l’oralité type SDS ?

Comment faire la différence entre un enfant néophobe et un enfant présentant un trouble de l’oralité, ou un SDS (= Syndrome de Dysoralité Sensorielle) ?

La clinique nous permet de pressentir un lien fort entre les troubles de l’oralité et la néophobie alimentaire. Cette dernière s’installerait quand les premiers ne sont pas pris en charge. Il est donc capital de repérer le plus tôt possible ces troubles de l’oralité afin d’éviter la mise en route d’un cercle vicieux autour de la prise alimentaire.

A partir de quel âge peut-on présenter un trouble de l’oralité ?
Dès la naissance, cela peut être compliqué de boire. On ne parle pas encore de « troubles de l’oralité », mais cela peut annoncer une suite difficile et « un trouble » probable par la suite. A la naissance, on retrouve plutôt des problèmes de succion, des problèmes digestifs, des problèmes respiratoires. Les nouveaux nés peuvent avoir du mal à gérer leur premiers pas alimentaires.

Le plus souvent, les premières plaintes apparaissent au moment du passage à la cuiller, mais plus encore au moment du passage aux morceaux. C’est vraiment quand les morceaux apparaissent que les parents commencent à observer des particularités.

La néophobie alimentaire concerne 77% des enfants entre 2 et 10 ans selon un questionnaire proposé à des mères en 1994 (Liliane Hanse)

Les troubles de l’oralité concernent également de nombreux enfants (par exemple, 75% des prémas présentent aussi des particularités alimentaires). Parmi tous les enfants concernés (prémas et autres), certains vont bien évoluer sans intervention extérieure /médicale ou paramédicale, et d’autres vont au contraire s’aggraver. Un travail de prévention serait à faire dans les cabinets de pédiatrie, mais à ce jour, les professionnels relais, susceptibles d’aider ces familles repérées sont très peu nombreux et les médecins trop peu informés sur ces troubles là pour que cette prévention ait lieu.

Qui sont les enfants concernés ?Continue reading Néophobie alimentaire ou trouble de l’oralité type SDS ?

Quel professionnel peut vous aider face aux troubles de l’oralite ?

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Quel professionnel peut vous aider

face aux troubles de l’oralite ?

De nombreuses familles sont en demande de « listes » d’orthophonistes susceptibles de les recevoir pour les difficultés alimentaires que leur enfant rencontre. Je suis actuellement pieds et poings liés pour vous aider efficacement sur ce point.
MAIS, je vous propose plusieurs choses :
appeler les administrations de votre région (CPAM / ARS) pour signifier votre problème. Ecrivez, appelez, mailez ! Faites savoir vos difficultés. Nous, professionnels, sommes coincés par un code déontologique qui ne nous autorise aucune publicité, or une information de ce type (liste de noms) pourrait être assimilé à une publicité.
appelez l’orthophoniste proche de chez vous. Si elle / il ne peut vous recevoir, elle / il pourra sans doute vous orienter vers quelqu’un qui peut vous aider.
contactez également les kinésithérapeutes, qui, dans certaines régions, interviennent autour de ces troubles-là.
contacter le CAMSP le plus près de chez vous si votre enfant a moins de 6 ans. A défaut de vous recevoir, peut-être pourront-ils vous orienter vers un professionnel pouvant vous suivre ?
appelez le CMP / CMPP proche de chez vous (pas de limite d’âge).Comme dans les CAMSP, on peut vous réorienter vers d’autres professionnels si vous ne pouvez obtenir une réponse assez rapide (de longues listes d’attente souvent).
appelez le service ORL pédiatrique de l’hôpital le plus proche, demandez, on ne sait jamais (souvent les enfants suivis pour des fentes voient des orthophonistes qui suivent ces difficultés). Les collègues d’ORL pourraient peut-être vous aider ?
Le Groupe Miam Miam peut donner des contacts, notamment dans des régions où il y a des capitaines régionaux qui créent et développent des réseaux locaux de professionnels prenant en charge les difficultés alimentaires de l’enfant : ici.
contactez Mme Senez, elle détient une liste des professionnels qu’elle a formés. Sachez néanmoins que cette liste n’est pas exhaustive puisque d’autres professionnels savent faire, et ne sont pas sur cette liste
regardez sur la liste du site Ostéovox. Ces professionnels ont reçu une formation susceptibles de les mener vers ce type de suivi.
La liste des professionnels formés au DIU Troubles de l’Oralité à Lille. Dans cette liste, il n’y a pas que des orthophonistes, et raison de plus pour aller y jeter un coup d’œil ! Chaque année une nouvelle liste devrait naître.
Demandez sur le groupe de Facebook : « Alimentation de l’enfant, échanges autour des difficultés rencontrées ». Les parents présents sur le groupes transmettent aisément les coordonnées qu’ils connaissent.
– Appelez le Syndicat Régional des Orthophonistes près de chez vous : vous tomberez sur des professionnels souvent avisés sur les pratiques de leurs collègues et sauront vraisemblablement vous donner quelques noms de professionnels dont ils savent qu’ils reçoivent ces enfants présentant des troubles de l’oralité.

=> Parents, sachez que les professionnels ne travaillent pas tous selon les mêmes bases théoriques. Si certains s’inscrivent encore nettement dans la psychanalyse, d’autres sont plutôt axés sur le neurodéveloppement.
Je ne peux qu’avouer que tout ce blog s’inscrit clairement dans un courant neurodéveloppemental. Si la psychanalyse me semble pertinente pour d’autres domaines, elle me paraît insuffisante pour prendre en charge ces troubles là. Ce propos n’engage que moi, je tiens à le préciser. Mon idéal, « de ma fenêtre », est sans doute dans la prise en charge pluridisciplinaire dans bien des cas, mais je demeure lucide : il vous est déjà difficile de trouver UN professionnel, alors une équipe…

Si vous vous apercevez que cet article manque d’informations, et que cela participerait à un listing plus complet, je vous propose de laisser un commentaire qui me permettra de rapidement modifier ce listing, qui, à ce jour, ne peut être considéré comme exhaustif, mais tend à vous apporter quelques premières pistes pour trouver un professionnel / des professionnels susceptibles de vous aider.

Si cet article vous semble pertinent, qu’il vous apporte quelques réponses aux questions que vous vous posiez, partagez-le, likez !

Oralité, si les massages ne suffisent pas…

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Oralité, si les massages ne suffisent pas… Voilà une question qui revient quelquefois…

« Je sens que la réponse n’est pas là uniquement… »
Voilà une phrase issue d’un mail que je reçois hier et qui m’a beaucoup touché. Celui d’une collègue, dont l’enfant présente des troubles de l’alimentation : une fillette de 3 ans qui a bénéficié de massages pendant 8 mois, mais pour qui l’alimentation est encore mixée, avec persistance des hauts le cœur face aux irrégularités éventuelles de sa purée.
J’ai décidé de partager ma réflexion avec vous tant cette situation me semble revenir fréquemment.
Les massages : combien de temps ?
Les massages ça suffit ?
Pourquoi prendre en charge c’est si compliqué finalement ?
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L’oralité, fonctionnement général

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L’oralité, fonctionnement général

Vous avez demandé l’oralité ? A quel étage ?
J’échange beaucoup avec des familles via internet ces derniers jours et je réalise la confusion qui s’installe autour de l’intitulé « troubles de l’oralité ». Des mamans s’échangent des stratégies face à des enfants présentant certes chacun « un trouble de l’oralité », mais… quel trouble de l’oralité ? Vers quelle oralité d’adulte ?

Cela m’amène à réfléchir sur l’éventuelle façon d’expliquer qu’il existe DES troubles de l’oralité comme il existe DES troubles du langage oral… Des troubles de l’oralité sur des étages divers, avec des contraintes isolées ou multiples, identifiées ou obscures…

Voilà que je repense soudainement à mes études d’orthophonie pas si lointaines pourtant, à peine 15 ans, où on m’expliquait dans un cours que le langage s’inscrivait dans la relation affective. Dans le suivant on me parlait du cerveau siège du langage. Avant on m’avait longuement expliqué la vision linguistique des mots, de leur poids, de leur sens, de leur forme…
Au cœur de tout cela, de ces entrées multiples vers le mystère du langage, j’oubliais le projet initial : comprendre comment cela fonctionne… Je morcelais ma vision du langage dans des petites cases accolées les unes aux autres, comme s’il avait fallu que je choisisse plus tard entre l’une ou l’autre de ces cases-là pour travailler. Que chacun soit rassuré… avec le temps les cases se sont organisées entre elles, communiquant gentiment 😉

Je retrouve ces temps-ci ce climat à travers les discussions des professionnels et des familles. Je ressens profondément à quel point les connaissances sur les troubles de l’oralité nous bringuebalent des neurones du cerveau, aux neurones digestifs, aux modes éducatifs, à la raison socio-culturelle qui guide notre « devoir faire » en matière alimentaire. Je m’étourdis à force de devoir organiser dans ma tête ces connaissances multiples autour du sujet… Phase d’apprentissage, sans doute…

Je pense soudainement à mes collègues qui tentent d’y voir clair dans ces troubles-là, et qui se noient possiblement parmi la tonne d’articles susceptibles de les enrichir, de les aider à comprendre, de les aider à aider. BREF.

Ce soir je prends le risque de tenter de présenter « les contraintes », c’est-à-dire ce qui est susceptible d’entraver l’oralité d’un enfant.

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Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ?

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Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ?

En matière d’oralité, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, nous remarquons que :
plus on intervient précocement, meilleurs seront « les résultats ».

Pourquoi ?
1- Tout d’abord, la plasticité cérébrale…

Je vous invite à regarder cette vidéo qui, en dehors de l’émotion qu’elle provoque, résume très bien comment le cerveau va se « spécialiser » à force de stimulations répétées dans la vie de tous les jours, et ce, très tôt dans la vie de l’enfant. Les 3 premières années sont capitales.

Cliquez pour regarder cette vidéo de C. Alvarez

Maintenant que vous avez vu ces images, que le sourire s’est accroché sur votre visage en regardant ces tout-petits découvrir les choses simples de la vie,
Maintenant que vous avez pu entendre que ce ne sont pas les meilleures choses qui restent, mais les plus fréquentes,
… vous comprenez sans mal que la répétition de la problématique des repas sera délétère, toxique pour la construction de l’enfant.
On peut dire que  la répétition d’expériences orales (= au niveau de la bouche) négatives (sonde, RGO, nauséeux, vomissements, forçage, …) le sera également.

Plus l’enfant vivra cette situation de repas comme « négative », plus il sera long voire compliqué de « reconstruire une autre histoire » du modèle « repas ».

2- Phénomène de « construction / destruction / reconstruction »

En intervenant très vite après l’apparition des premières difficultés,
voire avant qu’elles ne surviennent,
l’enfant ne va pas / ou moins « construire son schéma « repas » sur ce modèle négatif. Il va juste connaître quelques expériences « négatives ».

Donc :
La prise en charge précoce va permettre à l’enfant :
– de lever au maximum la contrainte pour l’enfant en intervenant auprès de l’enfant et de son environnement
– de prévenir la difficulté / l’hypersensibilité

Ici les professionnels « aident à construire ».

3- Que ce passe t-il quand on attend pour être aidé ?

Essayons de visualiser la situation de l’enfant en imaginant un champ de blé. Un champ de blé avant les moissons. Si vous traversez chaque jour le champ en empruntant le même chemin, en peu de temps, la nature vous aura façonné un petit sentier. Le sentier s’inscrira dans la terre avec quelques passages supplémentaires. Instinctivement, votre corps vous amènera à ce sentier là quand il s’agira de traverser le champ.
Imaginons maintenant que tous les jours, ou très souvent, lors de cette traversée de champ, vous croisez une situation désagréable qui vous effraie quelque peu (un petit monstre surgit, vous touche du bout de ses doigts gluants et crochus… ). Certainement, l’idée même de traverser le champ sera inquiétante, et vous redouterez ce petit monstre en le traversant, allant même peut-être jusqu’à « entendre », « voir », « sentir » des choses qui n’existent pas ce jour-là. 

Ici le schéma s’est difficilement construit.

4- Comment aider plus tardivement ?

Poursuivons à travers notre histoire de champs …
Si un jour l’agriculteur vous dit qu’il faut traverser son champ autrement pour éviter cette situation effrayante vous devrez :
1- penser absolument en abordant le champ qu’il faut le traverser autrement
2- aider la nature à façonner un nouveau sentier en passant de nombreuses fois, comme cela avait été le cas lors de vos premiers passages?
3- Tout cela ne vous empêchera certainement pas de penser à la situation effrayante.
Vous serez certainement encore plus vigilant qu’à l’ordinaire, à moins qu’en cet agriculteur, vous ayez une confiance certaine : après tout, c’est l’agriculteur, il connaît son champ ! 😉
Imaginez qu’une fois, une seule, lors de la traversée de ce nouveau sentier, vous croisiez quand même le petit monstre ? Il serait alors encore plus difficile de faire face à nouveau. Votre passage serait moins « naturel » par cette route là que par la précédente. Vous auriez tendance à reprendre l’ancienne route au départ. Et, sur ce nouveau sentier, vous redouteriez ce que vous imaginiez circuler dans ce champ…

Pour votre enfant, l’histoire est un peu la même. Nous pourrions remplacer la peur par l’intégration d’un stimulus / message désagréable surgissant à ce moment-là qui amène son appréhension de la situation.

pas facile de reconstruire un autre schéma !
Que d’appréhensions à dépasser !

On imagine, je pense, assez facilement que ces procédures sont plus longues et plus coûteuses pour l’enfant. Il ne s’agit alors plus de l’aider à développer son oralité, mais de la rééduquer.

Il faudra pour cela
– une grande confiance
– de la patience (le temps de « créer le nouveau sentier et le réflexe de s’y engager »… comme pour le champ de blé)
– la répétition d’une « traversée du repas » sans encombre.
Mais aussi : du plaisir, comme pour tous les apprentissages !

Et puis évidemment … avoir identifié le / les petit(s) monstre(s) de l’enfant pour l’aider à ne plus les croiser et/ou ne plus en avoir peur.