Skip to content

TSA et exploration visuelle : quelle remédiation ?

TSA et exploration visuelle : quelle remédiation ? published on Un commentaire sur TSA et exploration visuelle : quelle remédiation ?

TSA et exploration visuelle : quelle remédiation ?

Je vous propose de nous questionner autour du sens de la vue. Ce sens fondamental en oralité alimentaire et verbale est particulièrement atypique chez les enfants porteurs deTSA. Intéressée par les travaux récents de ma collègue, je lui ai demandé si elle voulait bien partager son expérience au gré d’un article pour ce blog.

Une fois n’est donc pas coutume, je partage aujourd’hui l’article d’une orthoptiste, Charlotte Gibert, qui exerce à Rouen au CAMSP du CHU, et en libéral.

Merci à elle pour sa contribution !

*****

On parle de plus des enfants porteurs d’autisme et de leur exploration visuelle atypique. Je vais donc vous exposez brièvement mon travail et vous donner quelques clefs pouvant vous permettre de faciliter vos prises en charge orthophoniques avec ces enfants.

En effet, quelques pré-requis visuels sont nécessaires avant de pouvoir entrer en communication, quel que soit l’enfant.
Il faut :
• une fixation correcte et prolongée
• une attention conjointe
• une émergence de l’imitation (qui impacte notamment les praxies-bucco faciales).
Ces trois pré-requis sont déficitaires chez l’enfant porteur d’autisme.

C’est à partir du visuel que beaucoup de prises en charge commencent… alors comment faire ?

Suite à plusieurs demandes de bilan, je me suis intéressée à ces petits patients et aux nouvelles stratégies de prises en charge de ces troubles visuels bien connus. Malgré les répercussions développementales importantes  (communication, relations sociales, comportements), cela ne fait l’objet d’aucune rééducation orthoptique précise.

Je me suis rendue compte qu’une guidance parentale basée sur la stimulation de la fixation orientée, via l’utilisation de l’outil informatique, permettait une évolution rapide du comportement des enfants en favorisant notamment l’imitation.

En effet, si l’enfant neuro-typique utilise sa vision périphérique pour voir et repérer un objet puis recentrer sa vision pour regarder, analyser avec attention, l’enfant TSA, lui, utilise sa vision périphérique et… s’en contente.

Il faut donc amener cet enfant à utiliser sa vision centrale, bien plus précise, amenant à l’analyse et à l’intérêt.

  • La lampe de poche et le maquillage…

La vision périphérique est, de manière innée, une vision de danger, de surprise. Il fallait donc susciter l’intérêt et le changement.
Je propose une guidance parentale avec l’utilisation d’une lampe de poche tenue par le parents éclairant leur propre visage lors des discussions et interactions parent-enfant quelles qu’elles soient.

J’y associe la mise en place d’un maquillage sur les zones à travailler alternativement (joues, bouche, contour des yeux…), que vous pouvez aussi utiliser en rééducation (rouge à lèvre, lunettes de déguisement..).

  • L’application Snapchat®…

Par ailleurs, l’utilisation de l’application Snapchat® permet à l’enfant, de manière autonome, non pas d’envoyer des photos à ses camarades mais de s’observer directement sur l’écran avec des éléments qui apparaissent sur son propre reflet l’amenant à ouvrir la bouche ou tirer la langue pour y voir apparaitre d’autres objets.
C’est le principe utilisé lorsque l’enfant fait des bulles devant un miroir mais cette double tâche ne permet pas, à mon sens, une intégration optimale de son corps, de l’exploration et des praxies bucco faciales. Cette application permet une simplification de l’observation de son propre visage ET l’interaction avec les éléments extérieurs grâce à une récompense directe, renforçant le comportement.

  • Contrôle avec l’Eye Tracker…

Enfin, pour illustrer l’intérêt de cette prise en charge, rien de tel que l’utilisation de l’Eye tracker afin de vous monter l’importance du visuel et de la stimulation pour avancer dans vos prises en charge.
Voici deux photos avec et sans maquillage, présentées à la suite en commençant par la photo témoin. Il y a un recentrage et une fixation prolongée vers les zones d’intérêts mise en avant et choisies sur la photo maquillée, signe que l’exploration visuelle peut être orientée.
Les 3 points situés sur la photo maquillée, au-dessus de la tête, sont les derniers points observés par l’enfant, par lassitude probablement.

Voici donc comment, vous pouvez, dans vos prises en charge et dans vos conseils donnés aux parents d’enfants porteurs de TSA. On retiendra l’intérêt de solliciter le visuel afin de travailler l’observation, l’imitation, les praxies bucco-faciales et d’améliorer, aussi, la posture, qui devient plus stable grâce à la stabilisation du regard.

Quelques pistes pour compléter :
Look me in the eyes: constraining gaze in the eye-region provokes abnormally high subcortical activation in autism
Sensory Processing in Autism: A Review of Neurophysiologic Findings

Si vous avez aimé cet article, partagez-le !

Autisme et troubles alimentaires

Autisme et troubles alimentaires published on 5 commentaires sur Autisme et troubles alimentaires

Alimentation et autisme

Les troubles alimentaires sont fréquents chez les enfants porteurs d’autisme.

En effet, les troubles sensoriels et les difficultés de communication communément presentés chez les personnes porteuses de TSA participent à ces observations.

Voici une présentation que j’ai proposée à des familles à Nevers sur la demande d’Autisme 58.
Charlotte Gamard, orthophoniste très active dans le domaine de l’autisme,
auteur du site www.autisme-orthophonie.fr intervenait parallèlement sur les aspects de communication.

Pour découvrir la présentation, cliquez ici :
Oralité et TSA Nevers 2016
Goûter enfant

Oral Ortho Petits : « prérequis et réflexions »

Oral Ortho Petits : « prérequis et réflexions » published on 8 commentaires sur Oral Ortho Petits : « prérequis et réflexions »

Oral Ortho Petits : « prérequis et réflexions ».

Cet article vise à accompagner les orthophonistes qui ont acquis l’outil de remédiation Oral Ortho Petits .

Voici les 7 points développés dans cet article :
1. Oral Ortho Petits : les parents
2. Oral Ortho Petits : installation de l’enfant
3. Oral Ortho Petits : les jouets
4. Oral Ortho Petits : les photos
5. Oral Ortho Petits : prise en charge multimodale
6. Oral Ortho Petits : les aspects praxiques
7. Oral Ortho Petits : enfants porteurs de TSA

1. Oral Ortho Petits : les parents
Il est indispensable de recevoir les parents dans le bureau pendant toutes les premières séances. Pourquoi ?
– En vous regardant jouer avec leur enfant, les parents reçoivent une guidance implicite. Même les parents qui paraissent « peu concernés » s’emparent d’informations.
– Ils vont être encouragés à reprendre cette attitude adoptée avec des « plus petits », en faisant « question-réponse ».
– Ils vont s’emparer du temps de jeu attendu, qui n’est pas si large qu’ils l’imaginent souvent au départ.
L’accueil des parents est indispensable à soigner pour que le protocole prenne sa place dans le quotidien familial.
Il est important que vous puissiez échanger avec eux autour de leurs fréquents sentiments d’échec à la maison avec les fiches.
Lors des premières séances, souvent les enfants ne donnent pas les images comme attendu à la fin des fiches maison. Ils ne montrent pas toujours non plus un très grand intérêt face aux photos. C’est donc grâce à vos encouragements, à vos observations que vous allez pouvoir les aider à poursuivre. Il est parfois important d’expliquer que le plaisir que les parents « montrent » va peu à peu diffuser sur l’enfant s’ils « tiennent bon » dans leur « jeu d’enthousiasme ».
Dans mon bureau, après les 2 premières fiches, 80% des parents reviennent  en me disant que l’enfant ne fait rien, qu’il n’est pas coopérant, qu’ils n’ont rien pu remplir dans le tableau : c’est NORMAL.
Il est à ce moment-là capital que vous rappeliez que le protocole vise au départ la compréhension, et non la production (souvent, ils s’impatientent que l’enfant ne disent pas les mots).
Important aussi que vous valorisiez ce que vous percevez des progrès de l’enfant / des retentissements de ce que les parents ont fait à la maison.
Les parents représentent la clé de la réussite de la mise en place de ce protocole. Il est donc très important d’écouter les parents, de leur expliquer ce que vous faites et pourquoi afin de pouvoir établir un lien de confiance indispensable.
Sans leur participation, je vous invite soit à intensifier la fréquence de vos séances (3/4 fois par semaine), soit à changer d’intervenant privilégié (il m’est arrivé de travailler avec une nourrice, une mamie, …).

2. Oral Ortho Petits : installation de l’enfant
Tout protocole n’efface pas la réflexion professionnelle qui nous anime pour chacune de nos prises en charge. Quand on utilise un protocole de remédiation, il est nécessaire de garder toute la flexibilité qui nous permet d’organiser nos connaissances avec intelligence.
L’installation de l’enfant est un des aspects qui doit être chaque fois revu, évalué, non seulement pour chaque enfant, mais également au cours de la prise en charge en fonction de l’évolution.
J’ai fait le choix d’installer les tout-petits qui présentent de grosses agitations motrices, ou des troubles moteurs sur une chaise à accoudoirs, dos au mur. J’approche la table devant eux. Ils ne peuvent ainsi reculer leur chaise. Lors des premières séances cela peut être indispensable pour les canaliser.
Au contraire, lorsque les enfants sont relativement attentifs, marchent, se baissent et se relèvent sans trop de difficulté, je propose au départ de la prise en charge des activités autour une table basse, avec ou sans chaise. Quoi qu’il en soit, les enfants peuvent tout à fait se lever, bouger dans le bureau.
Pourquoi ?
Je privilégie autant que possible l’intégration sensorielle multimodale. Plus un jeu sollicite de sens, plus cela va aider l’enfant. Néanmoins, l’aspect multimodal ne doit pas représenter une contrainte supplémentaire pour l’enfant. Il convient donc d’évaluer si les déplacements de l’enfant dans l’espace du bureau vont être porteurs ou pas.
Il arrive que je propose une installation « cadrée » en début de prise en charge, et que peu à peu, l’enfant soit en mesure de traiter toutes les informations (dont vestibulaire, proprioceptif, …).
Il se peut également que les enfants soient peu à peu en demande de cette installation « à table ».
Quoi qu’il en soit : pensez à réfléchir cet aspect de la prise en charge.
bureau

3. Oral Ortho Petits : les jouets
Le choix des jouets compris dans le pack complet s’appuie sur plusieurs points que je souhaite développer pour ceux qui regrouperont eux-mêmes les jouets. Quelques règles ont soutenu mes choix :
– des jeux facilement lavables : les petits mettent encore souvent les jouets à la bouche, ou les mains de leur bouche jusqu’aux jouets. Par ailleurs, il arrive avec certains enfants qui présentent des troubles de l’oralité alimentaire ET verbale, que nous jouions avec les jouets du protocole dans le sable kinétique (notamment en fin de protocole). Il est important que les jouets soient « adaptés ». Idem pour « l’eau ».
– des jouets solides… et d’autres plus fragiles. S’il est important que les jouets ne se brisent pas sous les « actions » quelquefois inadaptées des enfants (je pense à ceux qui les lancent par exemple), il est aussi intéressant d’avoir des jouets plus fragiles : une paire de lunettes qui se manipule avec prudence par exemple.
– des jouets « simples », tant sur le plan visuel que sur le plan de leur manipulation. Ils doivent donc être adaptés à la préhension des tout-petits, à leur maladresse gestuelle.
– des jouets ne déplaçant pas l’attention que nous attendons d’eux. Par exemple, quand j’utilise le biberon en séance, c’est dans le but que l’enfant me regarde bruiter le bébé qui boit. Si le biberon est un biberon magique, l’enfant va avant tout découvrir cet aspect visuel, et avoir plus de mal à s’orienter vers mon visage.
– des jouets offrant des expériences sensori-motrices : un train méritant que l’on accroche locomotive et wagon, une poupée à prendre « comme il faut » pour pouvoir lui donner le biberon.
– des jouets de différentes origines offrant des poids, des textures, des proportions différentes pour développer les aspects proprioceptifs. Or qui dit « variabilité proprioceptive » dit « aide à l’intégration sensorielle ». Nous pourrions imager cela ainsi : plus aisé de retrouver sa chaussette blanche parmi des chaussettes de couleurs ET de matières VOIRE de taille différente, non ? Et parmi les chaussettes mouillées ou sèches ? 😉
– des jouets accessibles dans le commerce pour favoriser des utilisations éventuelles à la maison pour les parents qui voudraient se procurer les mêmes jouets. Il est indéniable qu’il serait très pertinent de « prêter des jouets » plutôt que des photos à certains enfants.
poison rouge

4. Oral Ortho Petits : les photos > comment ?
– Si vous faîtes seul vos photos, pensez à l’aspect « contraste ». Vous choisirez un fond uniforme, noir pour un objet clair, blanc pour un objet foncé, ou proposant une couleur complémentaire à l’objet. Vous veillerez aux reflets qui gêneraient la lecture visuelle de l’objet.
– Je vous propose d’imprimer 4 photos par page A4, puis de plastifier avant de couper les photos. Personnellement je les « prête » aux familles qui me les ramènent la semaine suivante avec la fiche maison remplie.
– N’oubliez pas de prévoir votre photo qui sera glissée parmi celle des jouets après la première séance.
– Lors de la première séance, je prends en photo l’enfant et l’accompagnant et imprime leur photo, les colle sur un support cartonné.
– Pour les fiches maison 9 et 10, je confectionne une fiche A4 qui présente les 9 images cibles (document Word dans lequel je copie-colle chaque photo, puis adapte les proportions pour que la fiche soit esthétiquement propre). Sous chaque image, je note le nom et l’action que les parents devront notés pour soutenir leur récit à la maison.
– Lorsque la fiche regroupant tous les jouets sont présentés, je les présente sur un support A3 selon la même procédure que précédemment. Je plastifie ensuite la fiche, et y ajoute une bande velcro pour que le support puisse être présenté tant de manière horizontale que verticale (j’ai une bande support sur le mur par ailleurs).
lion

5. Oral Ortho Petits : prise en charge multimodale
A aucun moment de l’utilisation du protocole, vous ne devrez perdre de vue l’aspect multimodal de la stimulation :
– l’auditif : l’enfant entend votre prosodie et vos mots
– le visuel : il voit votre bouche, les jouets
– le proprioceptif : il prend les jouets dans ses mains, les touche, les manipule
– le somesthésique : il touche les matière ET vous touchez l’enfant. N’oubliez pas cet aspect indispensable dont certains enfants ont absolument besoin, notamment quand un des canaux sensoriel est altéré ou quand il présente des troubles de l’intégration sensorielle.
Il est capital de proposer des modèles « plurisensoriels » chaque fois identiques et cohérents avec le jeu de l’enfant. Ainsi, non seulement vous prenez en charge le langage, mais aussi l’intégration sensorielle nécessaire au développement.

6. Oral Ortho Petits : les aspects praxiques
Dans le protocole, rien n’est précisé à propos de la prise en charge que je propose en parallèle sur le plan purement praxique (praxie BLF). Mais je tiens à préciser que cet aspect est pourtant fondamental à aborder avec la plupart des enfants.
Encore une fois tout dépend de l’enfant, de son profil, de la plainte initiale : quelquefois les aspects praxiques sont abordés d’emblée, d’autres fois j’attends un peu (notamment auprès des enfants avec suspicion de TSA).
Quant à mes stratégies rééducatives sur ce plan, je prévois de les aborder dans le prochain article qui portera sur le bavage. Je vous invite donc à vous abonner au blog pour être prévenu en temps de la sortie de cet article.

7. Oral Ortho Petits : enfants porteurs de TSA
De plus en plus il m’arrive de proposer Oral Ortho Petits aux enfants avec suspicion de TSA (ou diagnostic posé). Avant d’aborder Oral Ortho Petits, je mets en place des supports visuels pour coder les activités de la séance. Quand le rituel est acquis, que les enfants font le lien entre photo et jeu, je propose le protocole. La guidance parentale est alors indispensable pour que les parents « tiennent » face à ces enfants qui ne valident quelquefois que très peu leur plaisir ou leur compréhension au début de l’utilisation du protocole. Néanmoins, l’aspect « ritualisé », « répété » de Oral Ortho Petits soutient le plus souvent la compréhension de ces enfants qui présentent des compétences cognitives relativement préservées (pas de déficience sévère).

D’autres points mériteront d’être abordés dans un prochain article, notamment les moments « clés » du protocole qui me permettent de valider la pertinence de l’outil, ou d’en sortir temporairement.

Je vous invite à partager vos questions dans les commentaires. Nous pourrons ainsi partager les réponses 🙂mouton