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10 idées pour accompagner un enfant qui refuse les morceaux.

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10 idées pour accompagner un enfant qui refuse les morceaux.

Si pour certains petits passer à la cuiller est un jeu d’enfant, pour d’autres, ce n’est que le début d’un long parcours de découvertes. Le cap du passage aux morceaux est particulièrement sinueux et les parents comprennent alors que les petites difficultés déjà probablement rencontrées prennent peu à peu de l’ampleur, et que quelque chose ne va pas comme cela devrait.
Consultant leur médecin, ils s’entendent souvent rappeler la sacro-sainte phrase : « les enfants ne se laissent pas mourir de faim », appelant par là même sérénité et confiance en l’avenir. Mais les semaines passent et… rien ne va plus.

Que proposer alors pour aider un enfant à passer le cap ?

1.Préparer un listing d’aliments essayés et appréciés par l’enfant, mais aussi de ceux appréciés par la famille : ce sont ceux qui vraisemblablement aiderons l’enfant à faire « les premiers pas ».

Pourquoi ?
Parce que le plaisir est le moteur de votre enfant… et que son plaisir passe par ses sens, certes, mais aussi par les émotions de ceux qui lui sont chers : ses parents, sa famille.

2. Bannir les préparations pour enfants qui proposent des morceaux dans les purées.

Pourquoi ?
L’enfant croit voir de la purée « comme avant », et se retrouve malheureusement surpris par ce que découvre sa bouche : le manque de cohérence entre les deux, nuit à la compréhension que l’enfant construit autour de ses expériences alimentaires. Il perd ses repères et se met à appréhender chaque repas.

3. Préférer des morceaux de bonnes tailles que l’enfant pourra saisir avec sa main et présentez en parallèle son assiette de purée.

Pourquoi ?
Saisir des morceaux à la main permettra à l’enfant de commencer à appréhender avec tous ses sens ce que sa bouche s’apprête à absorber : plus ou moins mou, plus ou moins chaud, plus ou moins collant, plus ou moins lourd, plus ou moins coloré, plus ou moins odorant, …

4. Aider l’enfant à comprendre de mieux en mieux son environnement avec des mots certes, mais aussi et avant tout avec des sensations, et elles sont nombreuses : la vue, l’audition, la température, l’équilibre, « le poids » / « la résistance » des objets, l’odeur, la vibration, et bien sûr le goût. Expliquer la douleur aussi si elle survient. L’accompagner dans de nouvelles expériences en verbalisant ce qu’il ressent, et ce que ressent l’adulte.

Pourquoi ?
Plus l’enfant vit des expériences avec tous ses sens, mieux il comprend son environnement, et moins il lui devient difficile de manger. L’adulte qui l’accompagne et le soutient demeure un éventuel « modèle de plaisir » qu’il tentera d’imiter peu à peu.

5. Penser à apprivoiser l’appétit de l’enfant qui réunit plusieurs informations pour s’activer au mieux : l’alternance d’un estomac qui se remplit puis se vide, les informations sensorielles de son environnement : ce qu’il voit, ce qu’il sent, entend, … Mais aussi l’attirance innée pour ces aliments qui combleront plus vite ses besoins (donc plus gras, plus sucré), ainsi que le désir plus marqué pour retrouver une nourriture déjà connue.

Pourquoi ?
L’appétit est précieux pour entretenir l’élan naturel de l’enfant vers l’alimentation. Grignoter sans cesse pourrait par exemple apporter les calories attendues, mais nuire à l’appétit.

6. Rendre les repas à la fois toujours un peu semblables et toujours un peu différents.

Pourquoi ?
Parce que la variété d’essais proposés à l’enfant est tout aussi importante que le nombre de fois où ces aliments doivent être présentés pour être acceptés. Mais aussi, parce qu’en retrouvant un schéma toujours stable, l’enfant se sentira plus en sécurité pour explorer plus sereinement les nouveautés proposées.

 

7.Proposer à l’enfant des repas « partagés » dès que cela est possible

Pourquoi ?
Parce qu’il est important pour un enfant de voir ses parents manger les choses qui lui sont proposées pour se sentir en confiance. Mais aussi parce que le plaisir des parents est celui qui porte le mieux les futures envies de l’enfant.

8.Faire les premiers pas à la place de l’enfant, toujours, et avec plaisir. J’entends par là, montrer le chemin des expériences sensorielles plaisantes, des dégustations agréables.

Pourquoi ?
Pour générer sans effort dans le cerveau de l’enfant l’amorce de son plaisir à venir : en regardant l’autre avoir du plaisir, il y viendra plus aisément qu’en étant incité à jouer / manger seul.

9. Etre patient, et proposer des réponses stables face aux comportements éventuellement opposants de l’enfant

Pourquoi ?
Pour ne pas surajouter aux surprises sensorielles que représente déjà le repas. En faisant régulièrement varier les réponses proposées, l’enfant peut être amené à reproduire des comportements dits « problèmes ». Enfin, l’enfant perd ainsi peu à peu le sens du repas.

10. Penser à oublier de pointer les moments déplaisants, et valoriser au contraire chaque moment agréable, chaque mini progression de l’enfant.

Pourquoi ?
Pour amener l’enfant à reproduire les comportements plaisants et abandonner ceux qui laissent son entourage indifférent.

Quand les difficultés persistent ou que les parents s’inquiètent, il convient de consulter un orthophoniste formé aux troubles de l’oralité. En recevant l’enfant et ses parents lors d’un bilan, il pourra comprendre les difficultés rencontrées et ainsi proposer des aides spécifiquement ajustées à l’enfant, tout en accompagnant les parents.
ATTENTION : je n’autorise pas les sites commerciaux à utiliser tout ou partie de mes articles, ou documents associés, pour contribuer à leur communication commerciale.

Genèse, lecture et prise en charge des troubles de l’oralité

Genèse, lecture et prise en charge des troubles de l’oralité published on 2 commentaires sur Genèse, lecture et prise en charge des troubles de l’oralité

Genèse, lecture et prise en charge des troubles de l’oralité : réflexions à la lumière des journées oralité Necker 2017

Au retour des journées oralité Necker, je propose dans cet article de m’appuyer sur les interventions de Cascales & Olives et de Thouvenin & Peigné du Fraysseix pour réfléchir aux modalités de prises en charge pluridisciplinaires et transdisciplinaires des troubles de l’oralité, tout en m’appuyant parallèlement tant sur la lecture des TOA à travers le pentapôle de forces proposé par Abadie à la fin des deux journées oralité 2017 et sur l’article que j’ai écrit en 2016 sur la genèse des TOA à relire ici

Tout d’abord revenons sur le duo Cascales – Olives (respectivement psychologue et pédiatre) qui a évoqué sa consultation à travers des vignettes cliniques, puis sur l’équipe Thouvenin –Peigné Du Fraysseix (respectivement psychologue et psychomotricienne à l’hôpital Necker), qui a présenté Oralquest, un questionnaire oralité lancé à Necker. Ces deux interventions successives, ont mis en évidence des écarts de voir, de penser et de faire qui furent d’ailleurs pointées par le le modérateur, le Dr Goulet puis interrogées sur leur éventuelle complémentarité.

Boucle sensorielle secondaire : la réponse de Cascales et Olives

Cascales et Olives parlent donc de leur consultation oralité et expliquent accueillir des enfants qui présentent un comportement peu adapté « face à l’alimentation », mais ils concentrent leur exposé autour d’une pratique qui aborde finalement avant tout la dymanique parents-enfant, voire environnement-famille-enfant. Ils se défont, en début de présentation des aspects somatiques et développementaux qu’ils ont d’ailleurs résumé à « pas de retentissement staturo pondéral, ni troubles digestifs, allergiques ou respiratoires ». Ils enseignent dans le même temps l’importance de rassurer les familles autour de ces aspects organiques comme préalable nécessaire à l’échange qu’ils souhaitent favoriser dans cette consultation.

J’associe les idées soulevées par Cascales et Olives à que je nomme « la boucle sensorielle secondaire » dans mon article « genèse des TOA ». Ils invitent à explorer les rouages des processus familiaux et environnementaux susceptibles da catalyser la difficulté de l’enfant. J’entends qu’ils excluent dans leur exposé le caractère primaire des marécages digestifs, allergiques et respiratoires souvent rencontrés par ces enfants. Ils tiennent néanmoins vraisemblablement plutôt à simplifier la présentation de leur schéma de prise en charge, plus qu’à en restreindre les limites d’accueil aux familles.
Cascales présente le cercle vicieux des comportements parents / enfant qui s’auto-entretiennent ; il rappelle que lui et son binôme, le Dr Olives, considèrent que le plus souvent la difficulté naît du comportement de l’enfant qui rend le parent incompétent, et non l’inverse. Il sous-entend donc la nature compliquée de l’enfant à table comme élément premier du processus sans bien en préciser l’origine.
On peut se demander, à travers leur discours, si en rendant les parents compétents face à la difficulté de l’enfant, celui-ci peut voir dans le même temps son comportement modifié ? Ils répondent à la question : « oui quelquefois cela suffit ».

Mais… qu’advient-il de la vulnérabilité, voire des difficultés existantes sur le boucle sensorielle primaire ?

Je m’interroge sur le profil de ces enfants évoqués :
Présentent-ils un trouble de l’oralité tel que j’en avance une genèse qui prendrait racine autour d’une boucle sensorielle primaire vulnérable ? Auquel cas cela impliquerait que la difficulté initiale n’est qu’une vulnérabilité contournée par une réponse environnementale adaptée ?
ce qui conduit à la réflexion qui suit :
Sans atteinte de la boucle sensorielle primaire, devons-nous parler de troubles de l’oralité ?
Que va devenir la vulnérabilité ou la difficulté initiale face à ces prises en charge concentrées sur la boucle sensorielle secondaire à dominante « psychologique » ? Une compensation se mettrait-elle en place via les aspects cognitifs et émotionnels soulevés au décours de ces prises en charge ? Ou, encore une fois, devons-nous entendre les troubles de l’oralité comme troubles susceptibles d’exister sans atteinte primaire ? En clair, les paramédicaux habituellement sollicités pour accompagner parents et enfants le long des TOA sont-ils toujours à inviter sur le parcours de soins ?

Classification diagnostique et nosographie du Pr Abadie

Avec la proposition d’Abadie en ces mêmes journées Necker, on pourrait avancer que oui puisqu’elle propose une observation des TOA selon 5 pôles de forces indépendants, je cite :
« Le premier pôle est celui de « l’enfant » au sens de sa nature si on peut la définir en dehors des autres pôles, à savoir son tempérament psychique et physique, son degré de sensibilité sensorielle, sa structure morphologique. Le second pôle est celui de « la maladie », don degré de gravité, son caractère congénital ou acquis, son activité actuelle, les organes qu’elle touche. Le troisième est celui de « la mère » c’est à dire ce qu’elle est indépendamment de son enfant : son tempérament, son histoire en particulier alimentaire et psychologique, la construction de sa parentalité… Le quatrième pôle est celui représenté par « le lien » de cet enfant-là avec sa mère, à savoir ses caractéristiques (sécurité, ajustement réciproque, hérmonie, anxiété, fragilisé…). Le cinquième pôle est celui de l’environnement incluant le père, la qualité de sa présence et de son soutien, le niveau socio-éducatif, les conditions de vie…

Avec ces axes de lecture, où mettons-nous la vulnérabilité de ces nombreux enfants présentant des troubles développementaux ? Serait-ce la nature de l’enfant ? La maladie ?
Quand Abadie parle de « sensibilité sensorielle », comment entend-elle cette sensorialité et son neuro-développement ? N’est-ce pas dangereux de l’entendre en terme de « nature de l’enfant  » ? Je me questionne fortement. Je perçois dans sa proposition la possible disparition de la boucle sensorielle primaire telle que je la percevais. Le trouble pourrait donc être la résultante d’un seul pôle ? Celui de la mère par exemple ? Devons-nous mettre sous tous ces profils très différents le même couvercle « TOA » ? Je trouve cette lecture dangereuse, comme une sorte de retour en arrière dans la lecture des troubles des enfants avant tout compris comme le fruit d’un dysfonctionnement parental. Ne devrions-nous pas proposer des diagnostics différentiels qui proposeraient de distinguer les TOA qui s’enracinent sur une boucle sensorielle primaire des autres troubles alimentaires qui n’auraient pas la même origine primaire ?

Les prises en charge psychologiques permettent d’aider l’environnement à lire autrement les particularités de l’enfant, de l’accompagner différemment. L’évolution observée est lue possiblement comme un « soin suffisant » par les parents et/ou les soignants. Mais est-ce véritablement suffisant ? Le trouble de l’enfant « vu » / « entendu » / « parlé » / »compris » de manière « apaisée » par la famille peut-il être pour autant compris comme un « trouble-soigné » ? En caricaturant la situation, l’enfant qui ne mange que des yaourts enfin « compris- bien accompagné » par ses parents devient-il dans le même temps un enfant qui ne présente plus de TOA ?

A travers le pentapôle de forces proposé par Abadie et l’exposé de la consultation Cascales-Olives, j’avoue peiner pour avancer dans ma réflexion sur la prévention et la prise en charge précoce. Certes, on voit se dessiner différents axes d’observations, différents intervenants, mais comment les choisir et les prioriser ?

Examiner les boucles sensorielles primaires et secondaires avec Oralquest.

C’est en écoutant la présentation d’Oralquest, un questionnaire oralité monté à l’hôpital Necker que je retrouve mon schéma pyramidal juxtaposant les deux boucles sensorielles, primaires et secondaires. Les premiers résultats présentés par Thouvenin et Peigné Du Fraysseix nous offrent quelques pistes intéressantes de réflexion.
Ce questionnaire explore plus précisément 4 domaines qui sont :

– le comportement alimentaire
– l’oromotricité
– la sensorialité
– l’environnement

Il est passionnant d’entendre leurs présentations statistiques et comparaisons avec les groupes témoins. Si chaque domaine exploré donne des scores significativement différents du groupe témoins, il ressort tout de même qu’en fonction des âges, certains domaines paraissent plus significativement différents. Ainsi, elles pointent l’oromotricité comme premier signe fort du profil des plus petits, suivis par l’aspect sensoriel quelques mois plus tard.
J’ignore si on peut conclure que la difficulté des enfants est d’abord motrice puis sensorielle, il faudrait avant cela s’assurer que certaines rubriques du questionnaire ne sont pas plus sensibles sur certaines périodes de développement. Ces résultats sont encore à réfléchir, mais prometteur. Il serait fondamental de valider la genèse des troubles à travers les âges afin de pouvoir affiner les outils de dépistage ainsi que les interventions à proposer. Si nous partons de l’hypothèse que les premières difficultés de l’enfant face aux troubles de l’oralité, émergent via un terrain oromoteur ou sensoriel déficitaire, nous pourrions alors intervenir précisément sur ces domaines, et prévenir les retentissements comportementaux et environnementaux.

Quelle prévention ? Quel dépistage pour les TOA ?

Or, qu’est-il aujourd’hui proposé aux pédiatres et généralistes pour explorer le développement oromoteur des enfants ? Que connaissent-ils exactement du développement neurosensoriel des enfants et de l’impact de celui-ci sur la cognition et le comportement ?
Comment orienter des enfants fragiles vers les bonnes portes quand peu d’outils spécifiques sont offerts sur le terrain pédiatrique « tout venant » ?
Comment précéder les difficultés ancrées qui amènent les familles à consulter sur le tard, lorsque la route développementale de l’enfant est déjà creusée sur un sol chaotique ?

J’aime penser de manière utopiste à la route idéale que nous devrions suivre afin de ne
Ni sur-diagnostiquer
Ni sous-diagnostiquer
Mais prévenir l’ancrage de difficultés entendues souvent trop tardivement par le corps médical.
=> La difficulté réside surtout au cœur de la distinction entre développement normal et développement vulnérable à risque de développer des difficultés.

Par ailleurs, quand la médecine intervient auprès de l’enfant pour des reflux pathologiques, des allergies, des troubles respiratoires, des syndromes avérés ou suspectés, des troubles du développement, il serait indispensable de proposer d’emblée un accompagnement « oralité » parent-enfant tant on connaît les risques de développement de troubles alimentaires chez ces enfants-là.

La prévention pourrait avoir deux axes :
1. Systématisation de prévention oralité pour certaines pathologies repérées
2. Dépistages systématiques proposés lors des périodes « sensibles » de développement et écoute active des plaintes parentales au regard des connaissances actuelles sur les troubles de l’oralité.

Vers qui orienter les enfants ?

1. en premier lieu : les pédiatres et les généralistes de première ligne
2. en deuxieme lieu, laissez-moi vous présenter les KOPEO : les KOPEO sont les professionnels paramédicaux intervenant auprès des enfants ayant des troubles du développement.
Les Kinésithérapeutes : K
Les Orthophonistes : O
Les Psychomotriciens : P
Les Ergothérapeutes : E
Les orthoptistes : O

Ce sont des professionnels « hebdomadaires » qui accompagnent enfants et familles régulièrement et travaillent sur la demande des médecins. Ainsi, les médecins et les KOPEO apprennent à devenir des partenaires autour de la prise en charge de ces enfants. Face à la boucle sensorielle primaire vulnérable ou altérée, les KOPEO peuvent être sollicités pour avis / stimulation / compensation en fonction des aspects développementaux en jeu. Ils sont en mesure de demander des bilans complémentaires auprès de spécialistes pédiatriques : ORL, gastropédiatres, neuropédiatre, pneumopédiatre, ophtalmologistes. En équipe avec le médecin prescripteur, les paramédicaux KOPEO vont orienter vers des éxamens qui permettent de mieux comprendre et accompagner la pathologie de l’enfant. Puis ils vont proposer si besoin la prise en charge nécessaire.
Les KOPEO ne sont pas interchangeables mais ils travaillent dans la même direction, et offrent un regard plus affiné sur le domaine qui les intéresse. A ce jour les orthophonistes se voient offrir un enseignement complet dans leur formation initiale, mais bien d’autres paramédicaux parmi les KOPEO savent aujourd’hui accompagner les TOA.
Les médicaux vont explorer plus finement leur étage somatique, physiologique et fonctionnel et compléter la réponse des KOPEO.
Les psychologues et psychiatres vont accompagner plus précisément la dynamique complexe inhérente à la boucle sensorielle secondaire, mais ils interviennent également dès la boucle sensorielle primaire à titre préventif.
Voici comment nous pourrions résumer cette vision :

Cet article se termine… Il nous reste à présent à partager nos avis, nos points de vue, nos accords et divergences. Tout cela dans un seul but : avancer dans la prise en charge des troubles de l’oralité. A vous de jouer : les commentaires vous attendent !

Une fois cet article publié… aïe, immense erreur face aux diététiciens oubliés dans les étages supérieurs. Sombre erreur. Modification à venir !

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans published on 12 commentaires sur Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans

Prise en charge orthophonique d’un enfant de moins de 3 ans sans langage.

Je propose de vous parler de ma pratique personnelle auprès des enfants de moins de 3 ans que je suis au quotidien dans mon exercice professionnel. Il convient de préciser que je travaille dans une structure qui ne reçoit que des tout-petits.

Je distingue 4 situations.
1. L’enfant qui ne parle pas mais qui ne présente aucune difficulté majeure associée : cet enfant a de bons prérequis au langage oral, ne présente pas de retard sur le reste de son développement. C’est celle que je vais développer dans cet article.
2. L’enfant qui ne parle pas ET présente des prérequis fragiles voire déficitaires sans pathologie associée identifiée ou suspectée
3. L’enfant qui ne parle pas ET présente des prérequis fragiles voire déficitaires associés à une pathologie identifiée ou suspectée
4.L’enfant qui ne parle pas et présente un syndrome identifié annonçant d’emblée que le langage oral risque d’être déficitaire

Pourquoi distinguer ?
– Le travail orthophonique n’est pas le même entre les prérequis et la suite.
– Les pathologies offrent des pronostics différents à prendre en compte
– La guidance diffère auprès des familles selon le pronostic, le niveau de l’enfant, la pathologie associée.
– Les techniques de rééducation connues pour certaines pathologies sont à envisager / préparer.

Situation 1 : l’enfant a de bons prérequis au langage oral, mais il ne produit aucun mot.
Tout d’abord il convient d’identifier la contrainte ou les contraintes qui freinent l’entrée de cet enfant dans le langage.

Plusieurs possibilités :
– Aspect moteur du langage : praxies bucco faciales / oralité alimentaire
– Aspect auditif : otites / bouchons de cérumen / surdité légère
– Aspect visuel : vue déficitaire / aspects neurovisuels (bilan orthoptique à demander)
– Aspect attentionnel : agitation motrice
– Aspect environnemental : langage adressé à l’enfant / stimulations / fréquence-cohérence des schémas linguistiques proposés.

En fonction de la contrainte ou des contraintes repérées, on appuiera plus précisément sur certains aspects de la rééducation.

L’aspect praxique peut être consolidé par :
– les massages de Senez (voir ici)
– des approches sensorielles tactiles de la face via des massages (mains sèches / mouillées / crémées, froides, chaudes, gantées, …)
– des approches sensorielles vibratoires de la face et de la bouche (Z-Vibe / Brosse à dents à pile ou électrique)
– la cryothérapie : approche de la bouche (lèvres, langue, joues, palais) par du chaud, du froid, du glacé et proposition de praxies en imitation après une stimulation préalable du point d’appui avec un bâton glacé.
Les chewy-tubes/ les carambar / les sucettes / les bonbons Kréma : tout ce qui se mâche, se suce… et toujours dans le plaisir.
– Les grimaces cohérentes : mimer une praxie en s’appuyant sur le sens qu’elle a (sss / faire le mouvement du serpent avec le bras par exemple). Un exemple a déjà été développé dans un article destiné aux parents ici
Reeducation orthophonique et Chewy Tubes

Quoi qu’il en soit, toujours FAIRE et REFAIRE devant l’enfant avant qu’il soit en mesure de reproduire à son tour.
S’il a une contrainte visuelle, on va renforcer l’aspect sensoriel : on propose des massages à l’enfant, mais on appose aussi ses mains sur notre propre visage quand celui-ci se tord pour faire des grimaces.

L’aspect auditif va être contourné par le renforcement des entrées visuelles et corporelles / sensorielles tactiles
– Toucher l’enfant au rythme des mots grâce à des appuis sur les épaules ou les bras, mais encore en le faisant sauter sur les genoux
– Faire des grands mouvements qui rythment les mots
– Proposer les gestes de Borel implicitement en faisant des ralentis phonologiques
– Proposer des signes / gestes pour coder des mots / expressions.
– Placer l’enfant de manière très ajustée pour qu’il soit face à notre bouche quand on parle et le solliciter +++ pour qu’il la regarde au moment opportun.
Diagnostic différentiel "troubles de l'oralité" / "néophobie alimentaire"
L’aspect visuel demande l’intervention d’un spécialiste (orthoptiste) qui peut vous donner des indications sur les besoins de l’enfant. D’une manière plus générale on sera vigilant sur :
– L’installation
– Les contrastes
– L’éclairage
– La taille des images éventuellement proposées
– On favorisera les entrées tactiles, la manipulation de jouets plutôt que les livres d’images
– On proposera des entrées sensorielles tactiles comme décrit juste avant pour les enfants ayant une altération de leur audition.
Quel matériel pour créer vos supports visuels ?
L’aspect attentionnel : on pensera à l’installation de l’enfant pendant le jeu. Si l’enfant sans contrainte sur ce plan pourra être amené à se déplacer dans le bureau pendant la séance, celui qui est freiné par une attention déficitaire avec agitation motrice sera au contraire bien installé sur une chaise à sa taille – pieds reposant à terre ou sur une tablette / table à encoche au mieux -.

L’aspect environnemental sera contourné ou aidé grâce à :
– Une guidance parentale implicite : assister aux séances d’orthophonie sans y participer directement
– Guidance parentale explicite : expliquer comment faire verbalement en donnant des objectifs précis, voire demander aux parents de faire devant nous afin de renforcer les bonnes conduites, freiner les comportements peu adaptés et encourager les prochaines.
– Proposer ou imposer des activités hebdomadaires à reprendre à la maison en offrant une grille d’observation à pointer jour après jour (cela donne l’occasion de poursuivre et d’adapter la guidance lors du rendez-vous suivant).
– L’identification du tiers relais de la prise en charge : une nourrice, un grand-parent, etc… quand les parents ne sont pas en mesure d’offrir un partenariat suffisant

Voilà donc comment préciser le travail en fonction des contraintes identifiées lors du bilan, mais cela ne suffit pas.

Encore une fois il s’agit de ma pratique personnelle. D’autres professionnels proposent des schémas différents et sans doute aussi pertinents. Il me semble que le tout est de savoir sur quelles bases théoriques repose notre prise en charge. En échangeant avec une collègue qui a une vision du développement via une formation sur les Premiers Raisonnements Logiques, j’ai pris conscience que nous proposons des activités similaires même si nous exprimons nos objectifs différemment. Elle parle de manipulation là où je parle de fréquence-cohérence des schémas => mais nos deux prises en charges sont bien similaires puisque je ne peux proposer des aspects « fréquence-cohérence » sans manipulation, et qu’elle ne peut inviter à la manipulation sans produire des schémas linguistiques redondants. Si mon propos manque de clarté, n’hésitez pas à commenter.

En parallèle, donc, je programme des jeux pour l’enfant qui vont permettre de progressivement proposer du vocabulaire (noms / verbes principalement au départ), et faire en sorte que celui-ci soit redondant dans le discours adressé à l’enfant tout en restant cohérent avec le jeu effectué. Les aspects de plaisir et d’émotions seront toujours respectés et soignés. Pour permettre à l’enfant d’intégrer ce vocabulaire, on va en séance utiliser des entrées multimodales (entendre le mot / voir un geste associé / bruiter les jouets avec une praxie précise et reproductible / voir le jouet / toucher le jouet / jouer avec émotion / échanger avec l’adulte autour du jouet / repérer les photos qui correspondent aux jouets utilisés).

Au départ, c’est l’adulte qui joue, raconte, bruite, mime / signe, grimace, … toujours avec la complicité de l’enfant, mais sans attente annoncée à ce dernier. L’adulte joue avec l’enfant à manipuler les jouets, mais c’est lui qui raconte, toujours la même chose : mot / phrase très courte / redondance du discours / questions –réponses /

Semaine après semaine, les jeux proposés différent, tout en reprenant au besoin certains des jouets proposés, et entre chaque séance, je propose pour ma part la photo des jouets utilisés en séance et offre aux parents une fiche expliquant le jeu à proposer avec ces images, et la fiche d’observation à pointer afin de les encourager à observer les comportements de leur enfant (guidance implicite).
photo picto
J’ai choisi pour ma part de monter un protocole de remédiation comprenant
– 8 séances avec des jouets (choisis avec des objectifs précis sur le plan linguistique et praxique)
– 2 séances qui reprennent tous les jouets utilisés qui permettent en même temps d’introduire des pictogrammes
– puis 5 séances avec des fiches de pictogrammes (proposant des noms, des verbes, des adjectifs) et des situations écologiques amenant des ralentis phonologiques.
pictogrammes
Tous les enfants qui ont de bons prérequis et très peu de productions verbales bénéficient donc du même support de rééducation, se voient proposer par ailleurs, en fonction de leurs besoins propres, des choses plus ciblées à propos des aspects praxiques / auditifs / visuels / attentionnels. Notons que seules les praxies BLF sont au besoin travaillées plus spécifiquement « à part ». Tous les autres aspects sont intégrés aux jeux prévus par le protocole.

Les jeux de mon protocole comprennent :
Du « qu’est-ce que c’est »
De la manipulation
Des bruitages / praxies
Des photos associées aux jouets
Des « qu’est-ce qu’il fait »
Des « qui on entend »
Des massages de Senez (à partir du moment où les praxies sont déficitaires, je les introduis dès que possible auprès des familles, même quand il n’y a pas de troubles de l’oralité.
Des jeux d’attention visuelle
Du ralenti phonologique
Etc…
Tout cela au cœur d’un schéma cohérent et écologique proche des activités de jeux partagés habituels chez les enfants petits.
Toutes ces activités sont proposées pour offrir une progression cohérente lors de la prise en charge de l’enfant.

Voici les réponses aux questions souvent posées à propos de ces prises en charge :
Protocole voudrait dire : jamais d’exceptions ?
Non, bien sûr. Il peut arriver que certains enfants aient besoin de quelques aménagements au cours de la prise en charge, en lien notamment avec leur(s) contrainte(s) initiale(s). Je propose alors temporairement des activités plus adaptées à l’enfant avant de reprendre le protocole. Cela peut arriver, même si c’est rare dans le cas des enfants cités dans cette situation donnée au départ de l’article : « L’enfant qui ne parle pas mais qui ne présente aucune difficulté majeure associée : cet enfant a de bons prérequis au langage oral, ne présente pas de retard sur le reste de son développement ».

Quel temps passé ?
Les activités ciblées par le protocole, avec l’enfant petit lui-même (18 mois / 36 mois), durent entre 10 et 15 min par séance. Le reste du temps offre une souplesse d’action avec l’enfant pour proposer autre chose s’il le souhaite (faire de bulles, jouer avec le Z-Vibe, utiliser les instruments de musique, …) ET échanger avec les parents qui assistent aux séances.
Les fiches « maison » sont pensées pour que les parents proposent à l’enfant une activité quotidienne de 5-10 min tout au plus chaque jour entre chaque séance.

Et le plaisir / désir de l’enfant ?
Le protocole prévu ne nuit pas au plaisir de l’enfant, et si tel était le cas, cela mériterait des adaptations de la part de l’adulte pour rendre les séances plus positives sur le plan émotionnel (en gardant le schéma prévu, ou pas). Penser qu’un protocole nuit au plaisir / désir de l’enfant revient à sous-estimer l’intelligence professionnelle de l’orthophoniste : j’estime pour ma part qu’il est aisé pour les orthophonistes au regard de leur recrutement initial dans les centres de formations puis de leur formation en elle-même, d’adapter leur relation, leur jeu, leur intonation, leurs blagues,leurs actions pour être ajustés au plaisir de l’enfant, et cela indépendamment des activités proposées. Par ailleurs, s’appuyer sur le désir d’un enfant de 18 mois présentant un retard de développement pourrait s’entendre mais ralentirait sans doute incontestablement les bienfaits de la prise en charge. Ma vision du développement me porte à penser que c’est à l’adulte de proposer des choses nouvelles à l’enfant de manière suffisamment fine pour qu’il puisse s’en emparer. Je pense là à Vigotsky qui parle de zone proximale de développement. Enfin, un enfant qui voit un adulte jouer avec plaisir (prises en charge très théâtrale c’est évident), ne met souvent pas longtemps avant de se joindre à l’adulte.

Pourquoi avoir pensé chaque séance et ne pas se laisser mener par plus de spontanéité ?
Le déroulement de la séance, pré-écrit, garde et favorise même la souplesse relationnelle qu’un travail avec un enfant petit réclame. Le comportement des tout-petits, imprévisible, mérite que notre projet soit clair pour chaque séance, sans quoi le risque est de ne rien pouvoir proposer de très constructif en fonction des aléas en lien avec la vie des petits (fatigue, besoin de câlins de maman ce jour-là, agitation, opposition, couche à changer …). Penser la séance de manière très cadrée avant, permet donc d’être plus spontané dans la relation sans que cela ne nuise au projet annoncé. Le risque, selon moi, si on ne pré-construit pas clairement nos séances, est de rapidement se sentir dépassé par la prise en charge et d’estimer très vite que « l’enfant n’est pas prêt ». C’est malheureusement ce que j’entends trop souvent. Pensez bien que les kinésithérapeutes n’attendent pas que les enfants soient « prêts » pour mener une prise en charge (à réfléchir pour les professionnels qui douteraient).

Et les enfants collés à maman ?
Une collègue demandait dernièrement dans les commentaires d’un article si un enfant immature, collé à sa maman pouvait bénéficier d’une prise en charge. Tout d’abord, quand on a 18 mois, 2 ans ou 3 ans… être collé à sa maman face à un inconnu me paraît presque normal, ou en tout cas absolument pas anormal.
Cette question reflète je pense toute l’aspect développemental porté par la psychanalyse en terme de « séparation » préalable au langage. Je ne parviens pour ma part pas / plus à penser ainsi au regard de l’avancée des neurosciences et de ma clinique accumulée. Par ailleurs, je vais même jusqu’à avancer qu’il est dangereux de rester ancré sur ces bases théoriques qui ne permettent pas de dépasser la situation de la plupart des enfants présentant des troubles du développement. Petit exemple pour illustrer mon propos : que penser de l’enfant dyspraxique de 10 ans dont la mère fait les lacets ? de l’adolescente de 13 ans dont la mère aide au changement de la serviette hygiénique ? Ce sont des mères adaptées aux difficultés de leur enfant avant tout. Je ne connais aucune mère qui fasse cela avec plaisir aussi longtemps et aucun enfant qui ne montre fermement sa volonté à faire seul quand il en est capable. Mais quand l’enfant peine à faire seul, oui, les mères étayent et tant mieux. Notre travail est justement de proposer des alternatives à ces mamans pour que leurs enfants puissent compenser leur difficulté en les amenant à plus d’autonomie. Nous devons donc je pense accompagner ces dyades mères enfants plutôt que de les juger ou de les condamner. Quant au langage, un enfant qui a du mal à parler, reste souvent plus collé à sa maman face à un inconnu qui ne le comprend pas aussi bien que sa mère. Au début au moins… Reste à l’adulte de garder la maman non loin, et à l’enfant de voir que cet adulte là le comprend quand même pas si mal. Mon propos ne touche évidemment pas le cas de parents psychiatriques, ni maltraitants. Ce serait un autre débat. Encore une fois je parle dans cet article des enfants avec un trouble du langage isolé.
Donc, concrètement, quand l’enfant est collé à sa maman, je le laisse faire, et joue devant lui au sol. Je n’ai jamais vu un enfant tenir toute la séance ainsi (hormis un enfant autiste une fois, mais ce n’est pas leur situation qui est abordée ici, et un enfant fiévreux

La place des parents dans les prises en charge ?
Les parents prennent la place qu’ils veulent prendre pendant les séances auxquelles ils sont conviés. Je ne leur demande rien de particulier (si ce n’est de ranger leur téléphone). Je m’adresse néanmoins fréquemment à eux au cours de la séance, notamment pour valoriser ce que je vois de l’enfant, et entretenir une complicité avec eux autour de ce que je vois de leur enfant. Le seul cas où je cadre plus précisément leur présence c’est lorsqu’ils ne peuvent s’empêcher d’intervenir avec autorité auprès de leur enfant durant les jeux, et que j’estime que leur intervention est susceptible nuire au plaisir attendu chez l’enfant.

Je ne garde pas obligatoirement les parents pendant tout le protocole. J’exige leur présence au moins le premier mois, ou tant que j’estime qu’ils ont encore des informations importantes à tirer de leur présence en séance (guidance implicite). Je n’ai pas de règle par rapport à cela. Je pense néanmoins qu’il est indispensable de leur laisser une place à chaque séance si cela est leur souhait, et qu’il est quoi qu’il en soit nécessaire de les accueillir à la fin de chaque séance au minimum pour échanger à propos de l’enfant et offrir de nouvelles activités à réaliser à la maison (soit presque la moitié du temps de la séance au moins

Pourquoi ne pas travailler sans protocole et ne pas adapter à chaque enfant une progression propre ?
Parce que depuis que je fonctionne ainsi, mes prises en charges avancent plus vite. Et secondairement, cela est très intéressant sur le plan clinique et scientifique > les enfants évoluent presque tous au même rythme avec ce protocole. C’est à mes yeux une richesse que je n’arrive pas à obtenir avec des séances « cas par cas, semaine après semaine ». Cela permet aussi de se questionner de manière intéressante quand le protocole ne convient pas à un moment donné. Cela me permet donc d’identifier plus rapidement les contraintes des enfants à côté desquelles je serais passée lors du bilan, notamment l’autisme léger d’un enfant petit qui peut parfois être présenté par les parents comme étant une timidité.

Le protocole c’est 15 séances. Et après ?
A la fin de ce protocole, tous les enfants parlent : ils ne font pas forcément de phrases très élaborées, évidemment, mais associent des mots. Je peux poursuivre dans ce cas avec l’outil de remédiation « Dire et Faire » (Ed ECPA). Mais il arrive aussi que la prise en charge s’arrête et que je refasse le point avec l’enfant 6 mois plus tard. Je m’explique : le langage ne se normalise pas en 3 mois de prise en charge, néanmoins, dans les cas les plus simples, les parents ont retrouvé le fil conducteur pour stimuler leur enfant au plus juste et il se peut alors, en cas de trouble non spécifique, que l’enfant chemine avec sa famille dans le quotidien, sans prise en charge orthophonique. Je revois néanmoins forcément les enfants à 3 ou 6 mois post rééducation afin d’évaluer objectivement l’évolution spontanée (je fais donc toujours un petit bilan objectif en fin de protocole, avec l’IFDC complet notamment, ou Bilo Petits selon l’âge) et de conseiller au besoin les parents sur les jeux à proposer dans leur quotidien.

Si vous avez d’autres questions, les commentaires vous attendent. Je vous répondrai autant que possible.

Je vous propose de laisser par ailleurs tout commentaire permettant de compléter cet article, et propose aux orthophonistes qui travaillent très différemment de poster leur article sur leur travail sur ce blog si elle le souhaite, afin d’offrir au plus grand nombre d’autres possibilités de prises en charge des enfants petits. Ensemble nous pouvons aller plus loin. Je suis d’ailleurs curieuse de connaître vos pratiques. Je suis, pour cela, joignable plus personnellement à l’adresse mail : oralite.alimentaire.verbale@gmail.com

Partager cet article permettra de véhiculer l’idée selon laquelle la prise en charge du langage oral des enfants de moins de 3 ans est tout à fait possible et souhaitable comme annoncé dans cet article précédent sur les prises en charge précoces.

PS : je complèterai ce premier article pour aborder les autres situations évoquées en début d’articles. N’hésitez pas à me faire connaître vos besoins ou curiosités

Langage oral : prise en charge précoce. Pourquoi ?

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Voici 10 raisons de solliciter un orthophoniste chez un enfant de moins de 3 ans qui présente des difficultés de langage oral.

Pourquoi devons-nous favoriser la prise en charge précoce du langage oral ?

1- Parce que l’on sait à présent, grâce à l’avancée des neurosciences, que la plasticité cérébrale est optimale avant 3 ans. C’est une période pendant laquelle nos leviers d’actions sont puissants.

2- Parce que l’on sait qu’un retard de langage peut être la partie visible de l’iceberg, et qu’en objectivant tôt des observations, on peut également dépister plus tôt des troubles du développement.
Mais également parce qu’en explorant le langage oral, de plus en plus d’orthophonistes explorent aussi l’oralité alimentaire 😉

3- Parce que des troubles du langage oral, ou des développements hétérogènes génèrent quelquefois des comportements difficiles chez les enfants, avec des retentissements familiaux plus ou moins sévères.

4- Parce qu’un enfant qui parle mal, peut possiblement être un enfant inattentif, voire un enfant agité, qui se pose difficilement, avec tous les retentissements que cela peut avoir pour son développement.

5- Parce que l’orthophoniste consulté pour le bilan de langage est également un professionnel du développement, qui sait orienter la famille vers des bilans complémentaires permettant d’éclairer le profil observé en examinant de plus près les domaines possiblement déficitaires dans le développement : un bilan ORL, un bilan orthoptique (aspect neurovisuel), un bilan psychomoteur, un bilan neuropédiatrique, etc… Le bilan orthophonique permet au médecin qui suit l’enfant de préciser son bilan somatique par des éclairages développementaux et d’orienter vers d’éventuels examens complémentaires.

6- Parce que l’orthophoniste, en examinant le langage explore aussi les habiletés motrices (notamment sur le plan bucco-facial), les habiletés sociales, les habilités alimentaires, les explorations visuelles, l’attention… L’orthophoniste fait donc le point autour des socles qui vont par la suite porter les apprentissages (ou y participer), notamment sur le plan scolaire.

7- Parce que des familles inquiètes du développement du langage de leur petit, sont des familles à entendre, et le plus souvent des familles fines dans leur ressenti.
Le contraire est moins vrai : quelquefois les familles n’ont pas de plainte, et pourtant les professionnels repèrent des difficultés. Dans ce cas, la rencontre avec l’orthophoniste, donne l’occasion d’échanges menant les familles vers la compréhension des difficultés de l’enfant et des retentissements possibles.

8- Parce qu’en accompagnant tôt des familles dans le développement, on va leur permettre de dépasser les particularités comportementales de l’enfant ; prendre conscience des conduites à poursuivre auprès de l’enfant (alors qu’on pourrait être tenté de les abandonner face au manque d’intérêt de l’enfant), proposer des activités spécifiques qui vont soutenir le développement de l’enfant, des aménagements à proposer autour de l’enfant pour étayer son développement.

9- Parce qu’en prenant en charge un enfant en âge préscolaire, on pose des diagnostics plus tôt (ou des hypothèses de diagnostic), et qu’on peut ainsi solliciter plus tôt aussi tous les partenaires administratifs et médicaux dont on a parfois besoin quand les situations sont spécifiques. Or on sait que certains systèmes administratifs sont parfois longs dans leurs procédures. C’est donc aussi un atout pour préparer et / ou aménager l’entrée à l’école.

10- Parce que les orthophonistes sont des professionnels qui sont remboursés par la sécurité sociale et la mutuelle (60 % et 40% respectivement), et qu’il serait dommage de se priver de leurs compétences.

En partageant cet article, vous aiderez à lutter contre les idées reçues qui ont la peau dure :
on consulte un orthophoniste quand l’enfant parle
variante : « il est trop tôt » pour consulter
– on consulte un orthophoniste après l’entrée à l’école
– il faut attendre le déclic langage
– les défauts de langage de l’enfant sont en lien avec un manque d’efforts
– Il ne parle pas : c’est pour t’embêter
– on ne peut pas tout faire en même temps
– il est juste timide
– la nounou (variante « la crèche ») a vu des enfants « bien pires ».
– il ne parle pas parce que les parents viennent de se séparer
etc …

Non seulement toutes ces réponses sont erronées, mais elles témoignent d’un manque de connaissance du développement. Consulter ne nuira pas au développement du langage
Consulter peut aussi permettre d’être rassuré, conseillé
Consulter peut économiser à l’enfant la mise en place de stratégies compensatoires qui seront peut-être coûteuse dans la suite de son parcours, notamment scolaire.

Dans un prochain article, nous pourrons revoir les signes qui doivent alerter et amener à consulter. En attendant, il existe de nombreux sites pertinents à ce propos, notamment celui-là : www.info-langage.org

Je dédie cet article à toutes les familles dans le doute, et à tous les professionnels croisant de près ou de loin des enfants de moins de 3 ans.

Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ?

Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ? published on 2 commentaires sur Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ?

Troubles de l’oralité : pourquoi intervenir le plus tôt possible ?

En matière d’oralité, comme dans bien d’autres domaines d’ailleurs, nous remarquons que :
plus on intervient précocement, meilleurs seront « les résultats ».

Pourquoi ?
1- Tout d’abord, la plasticité cérébrale…

Je vous invite à regarder cette vidéo qui, en dehors de l’émotion qu’elle provoque, résume très bien comment le cerveau va se « spécialiser » à force de stimulations répétées dans la vie de tous les jours, et ce, très tôt dans la vie de l’enfant. Les 3 premières années sont capitales.

Cliquez pour regarder cette vidéo de C. Alvarez

Maintenant que vous avez vu ces images, que le sourire s’est accroché sur votre visage en regardant ces tout-petits découvrir les choses simples de la vie,
Maintenant que vous avez pu entendre que ce ne sont pas les meilleures choses qui restent, mais les plus fréquentes,
… vous comprenez sans mal que la répétition de la problématique des repas sera délétère, toxique pour la construction de l’enfant.
On peut dire que  la répétition d’expériences orales (= au niveau de la bouche) négatives (sonde, RGO, nauséeux, vomissements, forçage, …) le sera également.

Plus l’enfant vivra cette situation de repas comme « négative », plus il sera long voire compliqué de « reconstruire une autre histoire » du modèle « repas ».

2- Phénomène de « construction / destruction / reconstruction »

En intervenant très vite après l’apparition des premières difficultés,
voire avant qu’elles ne surviennent,
l’enfant ne va pas / ou moins « construire son schéma « repas » sur ce modèle négatif. Il va juste connaître quelques expériences « négatives ».

Donc :
La prise en charge précoce va permettre à l’enfant :
– de lever au maximum la contrainte pour l’enfant en intervenant auprès de l’enfant et de son environnement
– de prévenir la difficulté / l’hypersensibilité

Ici les professionnels « aident à construire ».

3- Que ce passe t-il quand on attend pour être aidé ?

Essayons de visualiser la situation de l’enfant en imaginant un champ de blé. Un champ de blé avant les moissons. Si vous traversez chaque jour le champ en empruntant le même chemin, en peu de temps, la nature vous aura façonné un petit sentier. Le sentier s’inscrira dans la terre avec quelques passages supplémentaires. Instinctivement, votre corps vous amènera à ce sentier là quand il s’agira de traverser le champ.
Imaginons maintenant que tous les jours, ou très souvent, lors de cette traversée de champ, vous croisez une situation désagréable qui vous effraie quelque peu (un petit monstre surgit, vous touche du bout de ses doigts gluants et crochus… ). Certainement, l’idée même de traverser le champ sera inquiétante, et vous redouterez ce petit monstre en le traversant, allant même peut-être jusqu’à « entendre », « voir », « sentir » des choses qui n’existent pas ce jour-là. 

Ici le schéma s’est difficilement construit.

4- Comment aider plus tardivement ?

Poursuivons à travers notre histoire de champs …
Si un jour l’agriculteur vous dit qu’il faut traverser son champ autrement pour éviter cette situation effrayante vous devrez :
1- penser absolument en abordant le champ qu’il faut le traverser autrement
2- aider la nature à façonner un nouveau sentier en passant de nombreuses fois, comme cela avait été le cas lors de vos premiers passages?
3- Tout cela ne vous empêchera certainement pas de penser à la situation effrayante.
Vous serez certainement encore plus vigilant qu’à l’ordinaire, à moins qu’en cet agriculteur, vous ayez une confiance certaine : après tout, c’est l’agriculteur, il connaît son champ ! 😉
Imaginez qu’une fois, une seule, lors de la traversée de ce nouveau sentier, vous croisiez quand même le petit monstre ? Il serait alors encore plus difficile de faire face à nouveau. Votre passage serait moins « naturel » par cette route là que par la précédente. Vous auriez tendance à reprendre l’ancienne route au départ. Et, sur ce nouveau sentier, vous redouteriez ce que vous imaginiez circuler dans ce champ…

Pour votre enfant, l’histoire est un peu la même. Nous pourrions remplacer la peur par l’intégration d’un stimulus / message désagréable surgissant à ce moment-là qui amène son appréhension de la situation.

pas facile de reconstruire un autre schéma !
Que d’appréhensions à dépasser !

On imagine, je pense, assez facilement que ces procédures sont plus longues et plus coûteuses pour l’enfant. Il ne s’agit alors plus de l’aider à développer son oralité, mais de la rééduquer.

Il faudra pour cela
– une grande confiance
– de la patience (le temps de « créer le nouveau sentier et le réflexe de s’y engager »… comme pour le champ de blé)
– la répétition d’une « traversée du repas » sans encombre.
Mais aussi : du plaisir, comme pour tous les apprentissages !

Et puis évidemment … avoir identifié le / les petit(s) monstre(s) de l’enfant pour l’aider à ne plus les croiser et/ou ne plus en avoir peur.