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Troubles de l’oralité : informer généralistes et pédiatres

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Troubles de l’oralité : informer généralistes et pédiatres

Les troubles alimentaires sont si mal connus des professionnels de la petite enfance et des professionnels de santé que les familles et les enfants ont bien du mal à recevoir rapidement une aide adaptée à la situation.

La phrase la plus fréquemment reprise par ceux qui ne connaissent pas les troubles de l’oralité est :  » un enfant ne se laisse pas mourir de faim »

Puis les médecins examinent la courbe de croissance, qui évolue souvent normalement… et concluent à l’absence de problème nécessitant une vigilance particulière. Si on doit attendre que la courbe soit touchée, ce sera plus difficile d’intervenir.

Quelques uns ont des connaissances sur les aspects sensoriels touchés, questionnent sur les possibilités de manipulations de textures avec les mains, de tolérance au niveau des pieds. Quand cela est « sans signe particulier », certains rassurent quelquefois à tort les parents et on conclut que « ça va passer »… Voire on ajoute de « ne pas céder » ou  » ne pas forcer » (selon)…

Sauf que… ce n’est pas si simple.

Certains enfants SDS ne présentent aucune aversion sensorielle sur l’étage mains ou pieds, mais ont bien une dysoralité sensorielle lors du bilan.

La multiplicité des causes des SDS, et surtout le peu de connaissances que nous avons aujourd’hui de ces difficultés nous conduit à la plus grande prudence face à ces enfants là. La frontière entre le caprice et le trouble est parfois bien difficile à identifier en dehors d’un regard avisé.

Alors certes, si la plupart des caprices cèdent seuls lorsqu’on se montre patient, ce ne sera pas le cas des enfants SDS, donc restons vigilants.

Idem pour certains SDS qui s’améliorent avec le temps… le risque qu’ils dégénèrent au contraire (et les tableaux très dommageables que l’on voit quelquefois) oblige à prendre le temps d’écouter les parents et à demander un avis auprès d’un orthophoniste formé.

L’objectif de cet article sera d’aider les professionnels à repérer ces troubles « spécifiques ». Ils s’appuient sur ma clinique principalement, clinique guidée par une littérature riche d’informations diverses : https://www.facebook.com/oralite

Comment savoir si l’enfant qui ne mange pas bien est un enfant présentant le risque potentiel d’un trouble sensoriel de type SDS ?
Signes forts

1- Cet enfant est-il un enfant dit « à risques » dans son développement ?

Je pense là aux enfants prématurés, aux enfants ayant un développement hétérogène entre le verbal et le moteur, ou globalement retardé, un handicap avéré ou suspecté, des enfants longuement hospitalisés lors de l’intervalle 0/24 mois ?)

2- Age d’apparition des difficultés ?

Les enfants SDS ne le deviennent pas sur le tard, ils l’ont toujours été. Néanmoins, sans questionner précisément sur l’histoire et le déroulement de l’alimentation, on peut passer à côté de l’ancienneté du trouble. Je pense à ces mamans qui me disent que « non il n’y a pas de problème », puis précisent que leur enfant est difficile / mange lentement / n’accepte que les assiettes industrielles / ou que la cuisine de maman / les légumes cuisinés de telle manière … Pensez donc à poser des questions précises qui vous aideront à identifier une sélectivité plus marquée sur les textures des fruits et légumes (ce sont les aliments qui posent problème au départ de la vie de ces enfants là).

3- Du vomissement, à la grimace

Il existe tout un panel de réactions qui vont venir signer le SDS. Le problème est que le nauséeux des 18 /24 mois va rapidement se transformer en autre chose de moins flagrant chez un enfant « tout venant ». Si en examinant un enfant petit, on identifie vite l’hypersensibilité, ce n’est plus le cas quand l’enfant grandit. Il va avoir appris à s’organiser autour de ça… Il va recracher / repousser / éviter / grimacer / refuser … Plus l’enfant est petit, plus les signes sont flagrants. Vous pouvez donc questionner les parents sur le comportement de l’enfant au début du passage aux morceaux… et là, souvent, les parents décrivent les mêmes caractéristiques : hauts le cœur, voire vomissements, refus de la plupart des fruits en morceaux (sauf exception quand les parents les ont proposés ainsi dès le plus jeune âge), ou des légumes. Description d’enfants qui mangent des purées lisses bébé, mais plus de légumes après. Souvent les familles ne font pas le lien du changement de texture.

4- Sélectivité voire néophobie.

En fonction des familles, des stratégies utilisées, du conflit généré, la situation de l’enfant SDS peut dégénérer sur le plan comportemental. Deux profils se dessinent alors.

L’enfant à la sélectivité tolérée / encadrée va peut-être encore accepté de goûter, s’améliorer un peu dans le temps.

Celui dont les difficultés ont été identifiées comme étant des caprices purs et durs / ou dont les difficultés ont engendré des conflits avec la famille vont être plutôt des enfants qui restreignent dans le temps les aliments acceptés / qui refusent globalement de goûter les choses nouvelles. Ces enfants deviennent encore plus sensibles et intolérants aux goûts et odeurs.

Signes faibles
5- Les dents :

Le brossage de dents est souvent identifié difficile quand il est exécuté par un tiers. En grandissant, plus difficile de savoir…

6- La famille :

En dehors des profils « à risque de fragilités » (tels que les enfants prématurés ou présentant une déficience motrice / cognitive), on a souvent un des parents qui présente le même profil  sélectif que son enfant (ou a présenté plus jeune le même profil) . Quand un des parents a un profil similaire, c’est souvent bien mieux toléré par la famille, et donc moins bien identifié parce que la plainte est souvent moindre. C’est aussi, selon ma clinique, un indice qui permet de poser l’hypothèse d’une amélioration spontanée. Sans incidence sur le reste du développement (langage en particulier), je pense que l’indication de soins  doit néanmoins se faire en fonction de la plainte familiale : les parents qui supportent moins bien risquent d’avoir plus de mal à accompagner leur enfant dans ce passage… et de favoriser malgré eux l’apparition de troubles comportementaux associés tels que la néophobie.

7- Le langage :

Signe faible puisque certains enfants SDS n’ont pas de difficulté de langage, mais il me semble que dès lors qu’un enfant présente des difficultés alimentaires ET des difficultés de langage, cela doit devenir un signe fort avec orientation automatique vers une orthophoniste sensibilisée aux questions de l’oralité.

8- RGO :

Les RGO sont des grands amis des SDS (qui est l’œuf, qui est la poule ?). Alors si vous traitez un enfant pour RGO, et que les parents vous décrivent des difficultés alimentaires, une orientation en orthophonie est tout indiquée.

Signe particulier :

La sélectivité durable des aliments autour des couleurs doit éveiller l’attention plus particulièrement. Elle se retrouve plus particulièrement chez les enfants porteurs de TSA. Il est alors extrêmement important, si l’autisme n’est pas diagnostiqué, de ne pas lier cela à une étiquette peut-être déjà posée « d’enfant au comportement difficile ». Un M-Chat peut être rapidement proposé en consultation pour y voir plus clair et orienter la famille au mieux.

Pour conclure :

=> tout petit, la sélectivité des textures est le premier le signe d’appel.

=> en grandissant ou à mesure de difficultés rencontrées sur ce plan, d’autres sphères sensorielles (olfactives / gustatives ) peuvent être peu à peu touchées à force d’être sous représentées dans les rencontres sensorielles / alimentaires des enfants

=> une multiplicité de profils peuvent être déclinés dans ces tableaux types.

=> tous n’ont pas les mêmes signes cliniques

Les signes cliniques évoluent dans le temps : s’améliorent d’eux-mêmes ou s’aggravent. Les enfants qui s’améliorent deviennent rarement de grands gourmets. Ils deviennent tels que ces adultes que nous côtoyons tous tant il en existe : des adultes n’aimant pas les petits trucs non identifiés dans leur assiette, qui trient… Rien de grave donc 😉

A ce jour, personnellement, je cherche quels sont les enfants dont les particularités alimentaires vont interférer sur le développement du langage, quels sont ceux qui vont s’aggraver ? s’améliorer d’eux-mêmes ?

En attendant que nous ayons de vraies réponses à ces questions là, je crois prudent d’envoyer les enfants dont on reconnaît le profil vers un orthophoniste formé afin de faire le point, et de recevoir une aide adaptée si l’orthophoniste le juge utile.

Il me semble, d’après ma clinique, que les enfants ayant une aide précoce pour ces particularités alimentaires vers 18 mois, améliorent bien plus vite et plus efficacement leur situation. Cela reste à vérifier plus scientifiquement néanmoins.

Afin que l’information circule, que peu à peu les troubles de l’oralité soient connus de tous, et des professionnels de santé en premier lieu, si vous avez trouvé cet article pertinent, partagez-le !

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