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« Il a toujours été compliqué à nourrir, que proposer ? »

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Il y a des enfants qui apparaissent « difficiles à nourrir ». Les mois passent, les stratégies développées par les parents demeurent inefficaces et chacun s’épuise : l’enfant montre un comportement de plus en plus opposant, et les parents ne savent plus quoi faire.

« Il a toujours été compliqué à nourrir, que proposer ? »

1. Montrez la route des repas en invitant votre enfant à table avec vous : vous voir vous régaler est capital.
2. Pensez : « plaisir » et acceptez que son plaisir ne soit pas d’emblée en adéquation avec le vôtre
3. Lâchez prise quelques temps sur l’équilibre alimentaire tel qu’il est transmis dans notre société (5 fruits et légumes par jour, pas trop gras, pas trop sucré, …)
4. Proposez encore et encore, en petites quantités dans une coupelle à côté de l’assiette au besoin.
5. Patience et bienveillance : plus facile à dire qu’à faire… mais le secret est là aussi. Les émotions générées à table comptent tout autant que les sensations que votre enfant perçoit à travers son repas avec son nez, ses yeux, sa bouche, …
6. Aidez votre enfant à « comprendre » ce qu’il a dans son assiette.

« Pourquoi et comment aider un enfant à mieux comprendre son assiette ? »

Comprendre son assiette, c’est avoir appris à la connaître. Et quand on connaît les choses, on les craint moins. Connaître mieux, c’est se préparer à aimer. C’est donc bien ici une étape pour aider votre enfant.

  1. Il va être important de proposer à votre enfant, en fonction de son âge, d’une part des aliments « simples à comprendre » pour qu’il puisse apprendre à reconnaître leur goût (en s’accompagnant de ses autres sens), et d’autre part, les « plats familiaux » que vous appréciez partager dans le quotidien de la maison. Quoi qu’il en soit, il sera important de ne pas oublier la place du plaisir « partagé » (les plus grands auront possiblement besoin de temps pour se mettre à goûter, les plus petits pourront y être incités plus aisément sur demande parentale).
  2.  Ainsi, pour aider votre enfant à découvrir des aliments, il sera plus pertinent de choisir ceux que vous appréciez vous-mêmes. Si vous présentez vous-même une sélectivité alimentaire, faites-vous aider par l’enthousiasme d’un tiers au moment des repas : l’autre parent, les grands-parents chez qui l’enfant va souvent, mais aussi la nourrice, la crèche voire l’école quand ces dernières structures comprennent la problématique de ces enfants. Il est juste important que le tiers aidant partage régulièrement des repas avec l’enfant. Nous ne pouvons néanmoins nier que les plus à même de jouer ce rôle de « présentateur alimentaire enthousiaste » sont les parents, pour de simples raisons affectives : nous n’oublierons jamais la puissance des émotions dans les aventures repas.
  3. La stratégie qui consiste à inviter votre enfant lors de la préparation du repas est idéale. Ouvrir un boîte de conserve de Haricots Verts, ou glisser deux poignées de coquillettes « comptent aussi » 😉
  4.  Vous pouvez également vous fabriquer des cartes photos des aliments (en découpant dans les publicités ou en imprimant grâce à Google image) et présenter la photo à chaque fois que vous proposez l’aliment (voire qu’il constitue votre plat). A l’inverse, bannissez absolument la feinte : en voulant le tromper sur ce qu’il mange. Avec cette stratégie, vous reculeriez sur le chemin que vous souhaitez pourtant emprunter.
Exemple de set de table avec bande velcro et photos du repas

« Pourquoi amener un enfant à manger c’est parfois si compliqué ? »

  1. Le cerveau de l’enfant contrôle ses « envies », son « appétit », « son plaisir » aussi d’ailleurs. Les processus qui régissent la prise alimentaire sont plus complexes que le « simple refus d’opposition » souvent interprété par l’entourage. Ce refus alimentaire n’est pas non plus un aveu de désamour : juste le croisement d’informations sensorielles ou digestives qui sont comprises sur le mode « désagréable », ou aux impossibilités, notamment motrices, qui elles-mêmes génèrent d’ailleurs souvent du déplaisir, voire à la diminution du plaisir qui apparaît à mesure qu’un aliment de même type est ingéré.
    Retenons que les enfants reprennent les activités d’eux-mêmes quand celles-ci sont plaisantes, et abandonnent spontanément celles qui ne le sont pas.
    Mais le cerveau communique pleinement avec le système digestif. Par exemple, il traite la vue des aliments différemment selon la faim par ailleurs ressentie.
  2. C’est donc aussi le système digestif qui dicte les lois. Quelles lois ? me direz-vous… Celles de la physiologie digestive (saviez-vous qu’il existe des neurones digestifs ?). En connaître quelques-unes vous permettra de mieux comprendre cet enfant difficile à nourrir :
  • Lorsqu’un enfant a faim, il va avant tout être attiré par les aliments que son organisme a appris à reconnaître comme étant « à forte densité calorique » (= qui apportent plus vite les calories attendues) : plutôt les pâtes que les haricots verts.
  • Les tout-petits ont par ailleurs de naturelles attirances pour les aliments gras et sucrés dont leur cerveau a besoin dans cette période de développement.
  • Et puis, saviez-vous que les enfants expriment un vrai désir physiologique quand ils disent ne plus avoir faim mais demandent un dessert ? Pourtant c’est vrai. Si on s’écoute nous-mêmes, adultes, on entendra les mêmes possibles envies.
  • Pour qu’il ait faim, il est nécessaire que son estomac ait pu partiellement vider son contenu précédent. Un intervalle de 2h entre les repas serait à observer. Par contre, rappelez-vous que les 4 repas par jours que nous proposons en France ne sont que pure histoire culturelle. Vous pourriez en proposer moins, ou plus…
  • Tous les organismes ne fonctionnent pas selon le même métabolisme. Certains ont besoin de peu manger pour vivre, d’autres plus… Les médias offrent des messages de bonne conduite à la société sans prendre compte de ceux qui ne fonctionnent pas comme la « moyenne de la population ».


3. De nombreux aspects sensoriels entrent en jeu

  • Il existe dans le développement des enfants une période où il est « classiquement » aisé pour lui de goûter à tout (5/12 mois), puis, cette fenêtre développementale peu à peu se referme. A 24 mois, l’enfant aura déjà son ancré ses préférences alimentaires, et si rien n’est figé au cours de la vie, il est intéressant de retenir cet âge repère comme celui qui annonce les préférences de l’individu adulte. Comprenez que l’enfant construit au gré de ses repas des schémas sensoriels en fonction de ses expériences. Plus il aura expérimenté l’alimentation avec tous ses sens au sein d’un climat positif, plus il sera à même d’anticiper son assiette en la comprenant finement. Les goûts et aliments non présentés manqueront à la grille de lecture initiale. Ils pourront être ajoutés dans la bibliothèque « sensorielle alimentaire » de l’enfant, mais cela sera plus ardu quand les traitements cognitifs (= représentations / pensées personnelles construites) de l’enfant s’ajouteront aux freins sensoriels déjà vécus par l’enfant.
  • Enfin, la préférence innée pour le goût sucré observé à la naissance n’est pas à vie inscrite. Le goût est un sens, qui, comme tous les autres, s’éduque. Le bébé entend, voit, … dès la naissance, mais ce n’est que via ses expériences répétées encore et encore qu’il va se servir de plus en plus finement de ses sens.

    Par exemple, le bébé reconnaît la voix de sa mère dès la naissance, puis le bruit de la porte de sa chambre, du grelot de son doudou, du chien qui aboie pourtant au loin… et bien plus tard les notes de musique s’il est instruit en ce sens. Le goût et l’odorat fonctionnent de même. Il va donc être indispensable de présenter des goûts et odeurs encore et encore pour que l’enfant accèdent aux autres goûts que le fameux « sucré » inné. Le risque face aux difficultés sensorielles de certains petits, seraient de les isoler de ces entrées sensorielles que l’on devine déplaisantes : l’enfant ne pourrait alors pas intégrer de nouvelles expériences via ce sens, et chaque future stimulation paraîtrait de plus en plus compliquée, telle de véritables agressions sensorielles. La difficulté tient donc du besoin d’ajustement, le dosage dans les propositions que l’on fait à l’enfant.
    Classiquement, ce développement est celui qui explique que si l’odeur de pain au chocolat qui vous parvient dans la rue vous « donne faim », c’est que l’information olfactive aura réveillé vos autres sens, transmettant l’information à votre système digestif, qui lui-même se conduira comme si vous alliez manger ce pain au chocolat dont la seule odeur pourtant vous parvenait, induisant une réelle illusion perceptive !

Quels chemins mènent aux conflits enfant // assiette ?


Les enfants touchés par ces difficultés alimentaires sont nombreux. Il arrive d’ailleurs qu’on pense certains en phase de « néophobie » (phase normale du développement) alors que leurs difficultés sont vraisemblablement autrement enracinées dans leur développement.
Les autoroutes conduisant aux problématiques alimentaires sont de plusieurs ordres :
A1 : l’Autoroute Neurologique : les enfants IMC pour ne citer que les mieux identifiés.  Mais en réalité, tous les enfants présentant des troubles du développement, des syndromes génétiques et malformatifs présentent une organisation neurologique spécifique. Ainsi, prématurés, TSA, TDAH, TSLO, dyspraxiques, enfants présentant un haut potentiel, etc… pourraient se voir attribuer une étiologie « neurologique ».
A2 : l’Autoroute Digestive : les pathologies digestives allant du RGO aux syndromes les plus complexes.
A3 : l’Autoroute Epigénétique : les terrains familiaux où nous retrouvons fréquemment des parents ayant eux-mêmes présenté des vulnérabilités de développement voire des troubles avérés.
Les « Itinéraires Bis » : Autoroutes Respiratoires et Cardiaques qui souvent mènent vers les départementales sensorielles et motrices.
Suivent quelques routes départementales reliées autour des autoroutes précédentes :
D4 : la départementale sensorielle
D5 : la départementale motrice
Enfin, le périphérique desservant chacun de ces chemins pourrait être nommé « le périphérique émotionnel ». Souvent, on pourrait penser que certains enfants circulent sur un circuit fermé constitué par la fréquentation de plusieurs de ces routes.
Pour conclure, on peut dire que manger est une activité recrutant des compétences motrices mesurées comme étant plus coûteuses chez certains enfants fragiles.
Mais c’est aussi une activité entraînant les danses simultanées de nombreuses informations sensorielles.
Entendre l’assiette se préparer… et comprendre ces / ses bruits ?
La voir arriver … et comprendre ce qu’il y a dedans ?
La humer… et reconnaître les odeurs perçues ? ou éveiller une nouveauté sensorielle ?
En toucher le contenu du bout de la fourchette… et anticiper dans le même temps la sensation prochaine en bouche : mou ou dur, coulant ?…
En deviner la chaleur habituellement expérimentée… et préparer sa bouche à la recevoir.
Et enfin, goûter, sentir en bouche… et vérifier les premières informations comprises au préalable, ou découvrir les sensations associées aux informations initialement pressenties/ devinées ? A moins que, du bout des doigts, la certitude ait été préalablement validée pour se lancer plus sereinement avant de mettre en bouche un aliment peut être tiède, peut-être dur, peut-être collant ou pétillant ?

Finalement, quand on explique aux enfants qu’il est nécessaire de « goûter », nous réalisons que nous n’avons que trop peu en tête l’importance de l’immensité de l’aventure sensorielle incitée. Comprenons que nous si nous pensons que « goûter » n’est qu’une affaire de papilles (sucré / salé / amer / acide / umami), nous nous trompons grandement.
Goûter, c’est découvrir les aliments avec chacun de nos sens, un par un, émettre des hypothèses de compréhension de notre assiette, accepter de se laisser tirer pas à pas vers la vérification des informations auxquelles nous nous attendons.
Accepter d’avancer dans la lecture de son assiette… tel est le challenge de ces enfants «difficiles». Et le plus souvent, ils peinent à se lancer dans l’aventure puisque les premières vécues demeurent peu positives dans leur mémoire.
Goûter, manger, c’est aussi mettre en bouche, croquer, malaxer, mastiquer, regrouper, avaler : ca implique toute cette gymnastique motrice préalable et indispensable à l’action de manger.
Les émotions qui règnent autour du repas, et plus largement au gré des expériences vécues par les enfants autour de ces notions alimentaires, sont fondamentales. Elles sont le ciment qui associent chaque brique sensorielle perçue, et participe à la compréhension que l’enfant a bâtie autour des situations vécues. Nous comprenons alors aisément l’importance de l’environnement qui propose et accueille les stimulations auxquelles l’enfant est soumis.
Finalement les rouages psychologiques de ces troubles alimentaires se situent au croisement des vécus de l’enfant : vécu sensoriel,  moteur, perceptif, et émotionnel. En d’autres mots, comment l’enfant traite physiologiquement les informations sensorielles, quel sens il leur donne et quel plaisir ou déplaisir est au final généré.

Pour aller plus loin…
http://inra.dam.front.pad.brainsonic.com/ressources/afile/223306-99228-resource-expertise-comportements-alimentaires-chapitre-2.html
http://alimentation-sante.org/wp-content/uploads/2015/10/Let-Scien-IFN-n°-138.pdf
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00354365/document

Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire : le comportement de l’enfant

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Bilan orthophonique, questionnaire alimentaire : le comportement de l’enfant

Cet article vient à la suite de celui-ci.

Comme déjà dit dans le précédent, cet article ne s’adresse pas aux familles. Il ne peut prendre sens que grâce aux nombreuses connaissances que les orthophonistes maîtrisent dans le cadre de leur formation, notamment sur le plan ORL, en neurologie, en psychologie et en développement de l’enfant.

Je parlais donc du questionnaire alimentaire, décliné selon l’âge de l’enfant, et j’expliquais pour ma part repartir « du début » pour retracer avec les parents l’histoire alimentaire de cet enfant-là afin de débusquer les premiers signes d’une vulnérabilité dans le développement, voire l’expression nette d’un trouble de l’oralité avéré.

Souvenez-vous, nous en sommes restés à l’allaitement au sein ou au biberon, et à la succion non nutritive. Nous avons déjà exploré globalement l’oralité primaire (ici) de notre petit patient, qui se présente, ce à partir de 12/18 mois, mais bien plus tard aussi.

Dans les articles qui vont suivre nous parlerons :

Du passage à la cuiller
Du passage aux morceaux
De la diversité des aliments proposés / acceptés
Des réactions de l’enfant ET de ses parents, ET de ceux qui s’en occupent (crèche, nourrice, grands-parents)

Ce, chez des enfants à partir de 12/18 mois, mais ce bilan sera adapté est décliné pour des plus grands d’âge primaire si besoin. Le développement sera toujours à reprendre du départ, et mis en parallèle de la situation actuelle de l’enfant pour faire sens.

Pour cette partie du questionnaire alimentaire, vous allez devoir penser absolument à tout l’aspect socio-culturel qui règne autour des notions alimentaires. Pourquoi ? Pour ne pas vous retrouver avec les réponses que les parents pensent que vous voulez entendre, mais les réponses reflétant la réalité de cet enfant-là. Je pourrai y revenir dans un article annexe, mais m’informant assez largement autour de ces notions « alimentation de l’enfant », on ne peut que constater l’enjeu socio-économique majeur qui règne autour de ces questions-là, influençant très nettement nos bilans, tant les familles se trouvent fréquemment dans une situation de culpabilité ancrée, largement entretenue par notre société et ses différents systèmes (médical, scolaire, social)

Ainsi, j’ai opté pour ma part pour un questionnaire d’alimentation écrit, avec des cases que je peux cocher. A vrai dire, ce questionnaire ne me sert pas toujours. Tout dépend des familles, de leur aisance à livrer leurs difficultés au gré d’un entretien semi-directif, de leur reconnaissance de la difficulté de leur enfant ou au contraire du déni. Utiliser un questionnaire écrit permet de soutenir le fil de l’entretien, tout en gardant une distance avec un éventuel jugement que les parents, à tort, ressentiraient.
Or, en matière d’alimentation, bien avant d’arriver dans notre bureau, ces familles ont quelquefois été malmenées tant par l’entourage familial, relationnel… voire même médical. Les adultes sans échec avec leur enfant sur ce point, se sentent souvent complètement légitimes pour conseiller les autres, même sans être réellement avisés en matière d’oralité. Lors de mon bilan, il va donc falloir que je me rapproche ou au contraire que je me démarque des conseils déjà donnés en fonction de leur pertinence ou de leur manque de pertinence justement. Il me paraît absolument nécessaire d’asseoir une certaine « douce autorité » qui affirme mes connaissances spécifiques, face aux difficultés qu’ils rencontrent avec leur enfant, tout en affichant une flexibilité certaine, nécessaire face à la singularité de chaque situation.

On retiendra donc ces 3 mots clés pour « porter » le questionnaire alimentaire que je vais décrire dans ces articles :
Empathie, douce autorité, flexibilité de l’écoute.

Mon questionnaire alimentaire se décline donc sur plusieurs plans :
1/ Comportements de l’enfant (que je vais aborder ici)
2/ Textures acceptées
3/ Aliments essayés / acceptés / refusés
4/ Installation / cadre des repas
5/ Astuces éducatives

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