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Du côté des Orthophonistes : massages de désensibilisation, pour ou contre ?

Du côté des Orthophonistes : massages de désensibilisation, pour ou contre ? published on 6 commentaires sur Du côté des Orthophonistes : massages de désensibilisation, pour ou contre ?

Voilà un article dédié à mes collègues orthophonistes, qui, selon les formations auxquelles elles (les hommes orthophonistes m’excuseront de ce féminin qui soudainement l’emporte) assistent, reçoivent des informations différentes. Les massages sont quelquefois à peine évoqués, tandis que d’autres vont en avoir un éclairage minutieux, étant même baignés dans cette idée que « sans massages » l’oralité ne peut s’améliorer.

Une collègue avec qui je discutais, m’affirmait que nous avons pourtant tous les mêmes bases théoriques sur le développement. Alors ? Pourquoi ça coince ?

Pour rappel :

Les massages de désensibilisation sont apparus via Catherine Senez, orthophoniste engagée dans cette cause que représente depuis peu l’oralité.

Elle appuie sa technique sur l’idée que les mécano récepteurs de la bouche sont trop sensibles et que des massages répétés vont permettre d’augmenter le seuil de réponse. Un peu comme notre parfum auquel on s’habitue tellement que nos capteurs olfactifs deviennent rapidement peu réceptifs à celui-ci. L’habituation à la stimulation intra-buccale permettrait de faire céder l’hypersensibilité.

Je pense que les bases théoriques ne gênent personne ?

Mais alors ?  Qu’est-ce qui gêne ?

Notre culture ne nous amène pas à mettre les doigts dans la bouche de nos enfants. Même le généraliste y va du bout de son abaisse langue. Seul le dentiste s’autorise si besoin est une petite visite.

Cela est vécu par beaucoup de professionnels comme étant « intrusif », impossible à proposer puisque contraignant (7 fois par jour pendant 7 mois dit Mme Senez), et difficilement applicable par les familles sur le plan « technique ». D’autres professionnels diront qu’on n’accède même pas à la bouche de l’enfant, et qu’il n’est donc pas possible d’entrer dans celle-ci tant l’enfant se débat. Ceux-là ignorent peut-être d’ailleurs que Mme Senez donne des astuces pour gérer cette phase quelquefois difficile.

Au final, ce n’est, me semble t-il que ça ? Si ce n’est le cas… voyez la fin de l’article, je vous invite à partager votre point de vue.

Mon avis perso sur ces histoires de massages et de SDS :


Mes premiers pas en matière d’oralité ont eu lieu avec Mme Senez. J’étais vierge d’infos autres. Cela ne m’a donc pas posé problème de proposer à mes petits patients ces histoires de massages.

Depuis, de nombreux enfants se sont succédé dans mon bureau. Certains ont eu des parents « bons élèves de la technique » (= réguliers, dans le plaisir,..), d’autres ont été des élèves moyens (oubliant des fois, faisant moins fréquemment qu’attendu, tenant moins de temps que préconisé, s’exécutant tels des robots, sans véritable plaisir transmis à l’enfant) ou même des élèves assez médiocres (incapacité d’adaptation du geste dans un climat agréable pour l’enfant). Mais j’ai aussi vu UN enfant très très difficile d’accès (en lien avec les gestes inadaptés des parents ? je ne peux en avoir la preuve, mais je le suspecte).

Globalement j’ai pour ma part conclu plusieurs choses :

– plus les enfants sont pris en charge jeunes (avant 2 ans), plus les massages sont efficaces, même avec une moindre fréquence (4/5 fois par jour, à chaque repas ou chaque couche).

– lorsque les massages sont efficaces et que les enfants accèdent vite aux morceaux (je parle toujours des moins de 2 ans), les massages ne sont pas nécessaires si longtemps. Le relais d’une alimentation diversifiée ne proposant pas que des repas industriels suffit à poursuivre ce travail de désensibilisation. Par contre, vu chez une enfant TAC, les massages arrêtés après 6 mois, sans relais de l’alimentation correct => retour en arrière et réapparition du nauséeux. Cette enfant pouvait manger des morceaux mais la famille avait choisi de « finir le stock d’assiettes Blédina achetées en promo ». En deux mois d’été, le nauséeux était réapparu.

– lorsque les parents ne parviennent pas à réaliser les gestes rapidement malgré plusieurs séances à guider, ces massages peuvent devenir délétères : ils stressent tout le monde. Dans ce cas, je les arrête absolument.

– les massages avec des enfants ayant encore de gros réflexes de morsure nécessitent absolument l’utilisation d’un objet pour l’appui sur la langue (type manche rond de brosse à dents bébé). Le balayage du palais est plus compliqué à proposer de manière cohérente.

– les enfants plus âgés améliorent leurs troubles avec les massages, mais présentent des troubles persistants sur le plan gustatif / visuel / olfactif, avec pour certains, un profil de néophobie alimentaire persistant malgré tout. J’émets l’hypothèse que pour ces enfants, les informations sensorielles longtemps véhiculées via les repas sont solidement ancrées. Un travail sensoriel (les 9 sens) est indispensable pour la PEC de ces troubles selon moi.

– en grandissant, les troubles de type SDS cèdent dans de nombreuses familles. Je ne parle pas là de profils d’enfants spécifiques type polyhandicapés : j’ai trop peu de recul clinique pour pouvoir l’évoquer. J’évoque par exemple le cas des enfants prématurés, ou d’enfants tout-venant. La question à se poser serait donc : PEC ou pas PEC ? De plus en plus j’observe des orthophonistes qui s’interrogent à ce propos. Nous en reparlerons.

– ces troubles sensoriels alimentaires sont fréquemment retrouvés dans l’anamnèse de certains enfants porteurs de troubles spécifiques du langage oral, notamment quand ils ont une contrainte praxique. Sans PEC, le temps atténue les troubles. Sauf dans quelques familles pour lesquelles j’émets l’hypothèse que le mode éducatif participe à l’entretien du trouble. Ce ne sont là que mes observations cliniques ! Je les partage juste, je ne tire aucune conclusion « scientifique » en disant cela… Je commence néanmoins des recherches à ce sujet : vos observations sont les bienvenues 🙂

Vous l’aurez compris, pour ma part je n’y suis pas opposée, mais je reconnais que la conviction que j’ai toujours eue que « cela fonctionne », a certainement clairement participé au fait que je puisse transmettre aux familles l’enthousiasme que j’avais reçu en formation.

Je reconnais aussi que pour certains enfants, cela ne suffit pas et qu’un travail sensoriel autre s’impose, sur un projet de type « intégration sensorielle ».

Enfin, je tiens également à préciser que la méthode enseignée par Mme Senez nécessite absolument (elle le dit d’ailleurs elle-même en formation) que nous vérifiions que les parents appliquent correctement les massages… les parents, les nounous, les grands-parents aussi. Pour anecdote, je suis un petit garçon qui, gardé par ses grands-parents, avait des massages faits par son grand-père. Le jour où j’ai vu la technique du grand-père, je suis tombée à la renverse. Il provoquait un bon gros nauséeux à chaque massage pensant que c’était justement l’effet désiré. J’ai mis ma culpabilité stérile de côté et je me suis juré d’être plus vigilante !

Pour finir… je ne vous parlerai pas précisement de mon utilisation des massages « hors troubles de l’oralité », mais je profite de cet article pour vous confier à quel point ils me sont devenus « utiles » dans les prises en charge du langage oral chez les enfants petits sans langage.

A présent que cela est dit, que diriez vous d’échanger à ce propos ? Echanges de pratiques, débats d’idées, ajout d’informations ? Vous qui ne pratiquez « surtout pas », pouvez-vous nous expliquer pourquoi  afin que je, que nous, puissions nous enrichir tous et toutes les uns des autres ?

Je pense également aux familles qui vivent ces différences de point de vue comme fragilisantes. Sans doute cela serait intéressant qu’elles puissent comprendre pourquoi si l’orthophoniste consultée n°1 n’a pas proposé de massages, la n°2 l’a fait ?

Voir aussi l’article ici

6 commentaires

Article et réflexion très intéressante je suis maman d un enfant de 4 ans suivi depuis quelques semaines avec une approche des sens plutôt que des massages et je me dis que de manière générale d ailleurs vis a vis d un dilemne entre 2 solutions nous mettons souvent un « ou » cette approche ou l’autre, cette technique ou l’autre, bref toujours choisir, et si il était possible d envisager de remplacer le « ou » par un « et » nous pourrions envisager une 3eme approche qui offrirait les bénéfices des 2 et donc plus de flexibilité par rapport a l enfant. Mon enfant a besoin d’un déclic, on ne peut mettre a la bouche ce qu’on ne peut toucher » et « pour toucher il faut diminuer la sensibilité olfactive ou du moins devrais je dire réduire l’effet de répulsion. C est mon regret de ne pouvoir tenter cette approche à double entrée…

Bonjour Katrina,
Je vous rassure, de nombreux orthophonistes travaillent avec plusieurs pistes rééducatives comme celles dont vous « rêvez ». Après il faut prendre conscience d’une chose. Les massages visent à désensibiliser les hypersensibilités somesthésiques en bouche. Uniquement. Quand un enfant présente, comme vous le citez, une hypersensibilité olfactive, on peut deviner d’embler que la prise en charge sera différente, puisque la désensibilisation du toucher sera insuffisante / inutile dans ce cas précis.
C’est très intéressant de débattre autour de tout cela. Il reste beaucoup à faire, à réflechir, à objectiver de manière plus rigoureuse, plus scientifique. En attendant, développons astuces et stratégies diverses, observons…. Courage à vous !
Elisa

Bonjour,
Pourriez vous détailler ce que vous nommez « hypersensibilité olfactive » et ce qui en découle pour vous?
Ayant travaillé en recherche fondamentale dans ce domaine, mais totalement ignare en orthophonie, cela m’intrigue.
Merci

Ce que je mets derrière une hypersensibilité olfactive ce sont les odeurs qui semblent agressives. Cela se traduit chez ma fille par le fait que beaucoup d’aliments ne sentent pas bons et que majoritairement ceux qu elle mange sont essentiellement des aliments fades comme les pâtes, les nuggets, les compotes de pommes industrielles, le jambon…Elle peut aussi sentir le produit que je viens de mettre dans les WC du premier étage en étant elle au rez de chaussée…Aussi l’ortophoniste réalise des exercices avec une approche du toucher et des exercices avec des odeurs.Ceux avec le toucher semblent progressivement entrer dans la zone d’acceptation de mon enfant en revanche au niveau des odeurs c’est vraiment difficile et elle n arrive pas vraiment a associer une odeur dans un flacon à l aliment comme la vanille, la banane, la pomme…tout sent fort

Bonjour Elisa,
Tu évoques l’utilisation des massages hors troubles de l’oralité, sans développer malheureusement.. Peut-être as-tu écrit un article à ce sujet mais je ne l’ai pas vu.
Personnellement je n’ai jamais pratiqué les massages même si je suis tentée (au passage, est-ce que cela te semble raisonnable de commencer les massages sans avoir eu une formation sur cette pratique, mais seulement à partir de mes lectures? j’ai un peu peur de mal faire..). Je me questionne au sujet de deux patientes. Une petite fille de 2 ans porteuse de trisomie 21, qui ne présente pas de difficultés dans son alimentation mais qui présente des reflux quotidiens et des fausses routes systématiques aux liquides. Est-ce que dans ce cas, les massages sont indiqués?
Une autre patiente de 2 ans que je reçois dans 2 semaines avec une délétion sur le chromosome 7, entraînant une hypotonie importante: cette enfant ne présente pas de troubles dans son alimentation (à approfondir car je n’ai pas fait d’anamnèse encore) mais n’oralise quasiment pas (ne babille pas, ne joue pas avec sa voix, ne dit pas papa, maman..). Est-ce que les massages sont également indiqués dans ce cas où l’alimentation se met bien en place? Est ce que cette jeune fille présente des difficultés qui pourraient être levées par la mise en place des massages?
J’aurais besoin d’éléments de réflexion…
Merci beaucoup de ta réponse et merci encore pour tes articles..
Lauraine, ortho en libéral.

Bonjour ,
Mon petit fils de 9 ans souffre d’hypersensibilité nauséeuse ; il va en consultation chez une ortho. qui nous demande de pratiquer les massages intra buccaux , mais elle meme ne les a jamais faits lors des visites : est ce normal ? Merci de votre réponse ,
Cordialement , Tinou .

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