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Ici seront regroupés les témoignages de ceux et celles qui prendront la plume pour raconter leur présent, leur passé, leur propre vécu ou celui de leur enfant.
Le thème étant : l’alimentation

« C’est quelle marque tes cuillères ? »

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Merci à Clarisse pour ce témoignage.

C’est quelle marque tes cuillères ? Tu vois bien, elles sont pas souples, c’est pour ça qu’il mange pas. Il est anorexique ce gamin. Il a mangé des tomates ce midi, avec moi il n’a pas vomi. C’est parce que vous êtes trop stressés. Tu as déjà vu un enfant se laisser mourir de faim ??

C’est quelle marque tes cuillères ? Quand il aura faim il mangera. Tu verrais comme il est maigre…Nan mais je te jure, ils sont trop stressés…Tu sais le fils de la voisine du cousin de la boulangère, il mange rien avec ses parents mais avec sa nounou, il dévore. C’est parce que les parents sont trop insistants.

C’est quelle marque tes cuillères ? Avec nous il ne fera pas tous ces caprices, tu sais. Il faut qu’il voit un psychologue. Il vomit que quand tu le forces…Ils en disent quoi les médecins ? Moi mon fils il mange de tout, sans chichi. Tu as essayé les tasses à bec?? Non mais vraiment c’est bizarre, on ne peut pas avoir jamais faim ! Tu crois pas que c’est du cinéma ?

C’est quelle marque tes cuillères ? Il va revoir un neurologue ? Il pèse combien ? Mais il faut qu’il mange !! Allez, faut que tu manges pour nous faire plaisir! Mais pourquoi il n’a jamais faim ?? Vous lui mettez trop la pression avec la nourriture. Et puis elle est trop épaisse ta purée, c’est pour ça qu’il n’aime pas. Pourquoi tu achètes des petits plats industriels ? Tu as essayé les assiettes creuses??
C’est quelle marque tes cuillères ? Il a pris du poids le mois dernier? C’est sûr que s’il mange que des Curly il aura jamais envie de manger autre chose…Il a quel âge ? Ah ben vraiment il n’est pas gros…Faudrait commencer à manger tout seul quand même à 2 ans!! Mais pourquoi il est comme ça? Il pourrait quand même manger du steack haché! Mais puisque c’est haché, il n’a même pas besoin de croquer! Tu vois bien c’est du cinéma. Il est difficile cet enfant. Et pourquoi il vomit quand il a froid ? et quand il tousse ? et quand il pleure ? Ils en disent quoi les médecins ?

C’est quelle marque tes cuillères ? Tu as essayé les tétines plates ? les tétines à vitesses ? C’est pas possible qu’il n’arrive pas à manger. Il faut pas rentrer dans son jeu. Je te dis que c’est psychologique. Vous êtes trop stressés, c’est pour ça… Tu as essayé les yaourts à boire? Pourquoi il n’aime pas ça ? c’est comme un yaourt normal quand même ! Peut être qu’avec quelqu’un d’autre il mangera mieux ? Avec moi il a mangé des coquillettes il n’a pas vomi !!

C’est quelle marque tes cuillères??

Evolution d’une famille avec la « Guidance en Oralité ».

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Une poignée de familles participent au projet « guidance en oralité » évoqué ici « guidance parentale »
Avec l’accord d’une des familles, j’ai décidé de partager avec vous l’évolution d’un enfant sur les 8 premières semaines d’activités (nous sommes à mi chemin, il est prévu 15 séances).

Le 23 juillet,
Mail initial avant de commencer le projet :
« Je suis la maman de E. né à 34 sa avec un RCIU.
Il a 13 mois et mange très peu depuis le début.
Après de gros reflex nauséeux (qui se sont quasi arrêtés), E. mange difficilement à la cuillère parfois il mange mieux quand je lui donne directement à la main (pas facile avec certains aliments) en moyenne il prend 30g par mois au mieux 270g.
Sa courbe reste stable avec une cassure au début de la diversification faite à ses 8 mois âge réel.
Vous l’aurez compris il mange très peu de nourriture solide et ne supporte pas les purées, je l’allaite encore principal source d’alimentation pour lui.
Il ne supporte pas qu’on lui touche la tête (pour le visage il y a du mieux je trouve), et surtout il ne porte rien à la bouche ni ses doigts, ni ses jouets pas même la mie du pain (seul aliment pour lequel il présente un intérêt certain).
Voilà pour notre profil « famille ».

Le 31 juillet
Après la 1ère fiche en ligne ici

Voilà pour la première semaine.
Mon fils E. 13 mois AR(11 AC) a apprécié ces petits jeux avec maman, son grand frère M. (8ans) s’y est mis aussi et a participé activement aux petits jeux de mains.
-Pour E. la bébête ça était génial, il adore, se jette en arrière de plaisir mais n’aime toujours pas quand la bébête touche son crâne, du coup j’y allais moins.
Bateau sur l’eau au top, les premiers jours il s’abandonnait totalement de tout son poids sur mes mains.
-Les indiens sur les derniers jours il essaye de lui-même avec ses mains sur ma bouche (jamais sur la sienne pour rappel il n’amène jamais rien à sa bouche)
Sucer mes doigts bof bof, au début il pensait manger quelque chose je pense (vu que je le nourris souvent avec les mains il n’aime pas trop la cuillère)
Dans l’ensemble c’était très sympa.

11 Août
Après la deuxième fiche en ligne ici

Même en Espagne on a continué nos petits jeux , un peu de partout, dans le camion aménagé où nous voyageons, sur la plages, au resto….
Cheval saute il a bien aimé et attendait la fin du jeu avec le « youuuuuuuuuuu »
La main qui te croque bien aimé aussi, sur la tête comme vous me l’avait conseillé j’y vais plus franchement mais c’est pas ca encore arrivé sur la tête il » rentre sa tête dans son cou (suis claire là ) par appréhension.
Bidu bidu,c’est un petit jeu auquel nous avion déjà joué, il aime bien aussi, il faut vraiment que je fasse celle qui s’éclate pour l’intéresser, sur ça bouche ca reste compliqué j’ai pas insisté
maquillage et vache qui rit: il a pas compris je pense, il n’en n’a pas compris le jeu que je m’en barbouille la bouche ou la sienne?????? du coup j’ai pas continuerai aurai-je dû ?
Dans un mail précédent je vous expliqué qu’il avait mis un doigt dans sa bouche, mais cette semaine loin de la maison nos habitudes alimentaires ont changés par deux fois il a accepter de manger un petit pot industriel ( en principe il mange que des morceaux faits maison) l’équilibre alimentaire n’a absolument pas était respecté, jambon/ pain étant son alimentation principale durant ces vacances, du coup petit pot 4/6 mois où il en a mangé un quart et une moitié une fois, la encore c un petit pas pour E. car il n’a pas eu de reflex nauséeux , j’ai triché aussi comme une récompense (comme expliqué dans un article que vous avez écrit) une cuillère= un morceaux de chips (je sais pas terrible les chips mais bon quand ca marche!!!)
Voilà pour mon retour.

23 Août Retour de la fiche 4. Quelques contretemps en lien avec les vacances…
Je suis (encore) en retard vacances oblige
dès lundi je serais plus assidue, je reprends le boulot,( je suis assistante maternelle agrée à domicile)
oh la saucisse: bon E. ne supporte pas que je lui touche le tête du coup les fin de bain avec l’essuyage de cheveux reste difficile du coup cet exercice arrive au mauvais moment, je l’ai fait et taché d’avoir des geste tendres mais ferme
les marionnettes: il adore, il connait au début j’ai remarqué qu’il était étonné de mes gestes puis ils les attendaient il m’imitait pas mais touché mon visage quand même.
cours cheval: i a aimé aussi le hic (qui n’en ai pas vraiment un) c’est qu’il se met debout en appuis depuis peu du coup à cheval sur mes genoux il veut rester droit il a regardé souvent dans le vide attendant la suite du jeu prêt à rire
la tétine coquine: déjà il met rien à la bouche (sauf un doigt de temps à autre) ni pouce ni tétine, j’ai essayé tétine il comprend ce que je lui veut (c marrant même) du coup mon doigt à fait « le fou » et tout ce que goute maman, E. est prêt à gouter. Du fait des vacances ce jeu n’a pas était facile à réalisé plage, camping, sandwich sur le pouce….
Dans l’ensemble tout c bien passé E. comprend quand on va « jouer », souvent on fait des jeux similaire des autres semaines à la suite, tous ces petits jeux on été fait parfois dans une file d’attente, en attendant papa et grand frère….

31 Août, retour de la 5ème fiche
les fous sur le lit : j’ai fais participé mon grand (M. 8 ans) il a bien fait le « fou » E. d’abord un peu intrigué puis s’est pris au jeu
souffler sur la peau: la première fois il a pas trop aimé surtout le soufflé chaud, puis il s’y est fait et attendait même les prochains souffles .
le lion : là encore c’est M. qui à « fait le boulot » d’abord effrayé par le très méchant lion on a continué le jeu avec toutes sortes d’animaux, robots, aliens… à la fin il s’amusait et attendait les prochains personnages.
la dinette: j’avoue ne pas avoir pris le temps, mais j’ai ressorti la petite cuisine et sa dinette et on joue avec je fais semblant de gouter il est intrigué, cette semaine j’accueille une petite fille de 2 ans et la dinette « sale » sera très sympa ensemble.

Conclusion de cette famille sur les 5 premières semaines d’activité :
Dans l’ensemble quand même j’ai noté quelques améliorations:
sa voix: ça y est on l’entend quand il se réveille , il miaule plus il donne de la voix (je crois que je regrette avant )
gouter: il goute facilement , surtout en dehors des repas, juste pour gouter.
sa bouche: il ouvre plus grand la bouche, je peu enfin lui mettre la cuillère dans la bouche et pas seulement faire glisser la nourriture dans la toute petite ouverture de ses lèvres, du coup je tache de plus souvent lui donner à manger avec des couverts mais il garde une préférence que je lui donne avec les doigts ou la fourchette aussi!
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Du SDS à la néophobie alimentaire : le chemin de Sacha

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Je m’appelle Alexandra et mon fils Sacha, 8 ans, est néophobe alimentaire. Nous habitons en Lorraine, France.
Tout à commencé au moment de la diversification. Sacha refusait catégoriquement tous morceaux. Il acceptait seulement le pot au feu que je préparais très lisse.
Nous avons essayé énormément de nouveaux plats. Et même sans morceaux il refusait. Lorsque nous lui présentions un nouvel aliment, Sacha avait des hauts le cœur et 9 fois sur 10 vomissait.
Bien évidemment nous en avions parlé à notre médecin traitant et pédiatre. Mais nous avions toujours droit à la même réponse : un enfant ne se laisse pas mourir de faim, le lait lui suffit regardez il a de la graisse sur le bidon !!!! Mais cela ne me suffisait pas comme réponse car je sentais bien que ce n’était pas de la comédie. Surtout que nous avons tout essayé : chantage, punition, récompense, lâcher prise.
Autour de moi (famille, amis), nous ne comprenions pas. C’était la première fois que nous étions confrontés à ce genre de problème.
Les années passent et fin 2011, Sacha accepte de nouveaux aliments et j’obtiens enfin une prise de sang pour voir si Sacha avait ou non des carences. En pédiatrie, je parle de son problème aux infirmières présentent pour la prise de sang. Et là elles m’envoient au CMP. Enfin j’étais entendue !!!
Nous commençons alors une thérapie et un peu plus tard un atelier où il mangeait à l’hôpital avec des infirmières 1 fois par semaine. Au bout d’un an le bilan était : Sacha est très angoissé, anxieux et nous ne comprenons pas pourquoi il ne veut pas manger autre que ce qu’il mange déjà. C’était la première fois pour eux qu’ils étaient confrontés à ce genre de problème. Nous continuons quand même car au-delà de l’aspect alimentation, Sacha faisait des progrès au niveau de la confiance en soi.
Fin 2012, le CMP veut que Sacha voit une orthophoniste pour un problème de prononciation. Nous y allons et lors du bilan l’orthophoniste me dit : je pense que Sacha a le SDS : syndrome de dysoralité sensorielle. Elle m’explique que c’est une hyper sensibilité au niveau du goût, toucher, odorat, texture. En rentrant j’ai regardé sur internet et ce que j’ai trouvé me faisait vraiment pensé à mon fils.
Nous l’avons revu pour qu’elle nous explique la suite. Le but était donc de désensibiliser Sacha. Pour ce faire je devais faire des massages de la bouche au moins 7 fois par jour. Chaque semaine elle se déplacerait au CMP pour qu’elle puisse m’apprendre les bons gestes et pour le suivi.
En janvier 2013, nous avons commencé les massages. Tout d’abord, le visage et par la suite la bouche.
Ensuite nous avons continué par la bouche. Au début il faut y aller doucement pour éviter les hauts le cœur.
En mars 2014, je vais surfer sur le net pour essayer de trouver des témoignages, des informations sur le SDS, encore et encore.
Et là, je tombe sur le blog « phobie alimentaire ». J’y lis le témoignage d’une maman qui explique la phobie alimentaire de sa fille. Ce fût l’illumination. Sur ce blog il y a un lien facebook. Je fonce sur cette page, m’inscrit et me présente.
Je parle bien sur des difficultés alimentaires de mon fils mais aussi du SDS, des massages etc …
Je me posais cette question ; Sacha est néophobe alimentaire ou a le SDS ?
En discutant j’ai compris que la néophobie alimentaire résultait du SDS non soigné.
Sacha a eu les massages pendant 18 mois à raison de 7 à 8 fois par jour.
Dès les premiers massages, j’ai senti du changement chez Sacha. Bien sûr il ne mangeait pas « normalement ». Mais il avait envie de goûter et il a pu mettre un mot sur son problème alimentaire. Avec l’orthophoniste nous ramenions souvent de nouvelles choses à goûter. C’est comme cela qu’elle lui a appris à bien mâcher.
Voici ce que mangeait Sacha avant les massages :
-purée toujours la même marque -nuggets toujours la même marque et cuisinés de la même manière -frites -fromage et tous ses dérivés -gâteaux apéro -gâteaux sucrés sans crème ni gros morceaux -compote (qu’en gourde)
Voici ce que Sacha mange aujourd’hui :
-purée avec toutes sortes de légumes (sans morceaux) -nuggets peu importe la marque et la cuisson -cordon bleu -colin -escalope de dinde ou de poulet -côte de porc -poulet (le blanc) -hamburger -poisson pané -croque-monsieur -sandwich avec jambon -chipolata – merguez -pomme, poire, fraise -fruit sec : papaye, ananas, abricot et pleins d’autres -pizza trois fromages, jambon, mozzarella -pomme dauphine -charcuterie -compote (peu importe son contenant) – steack hachés
Sacha essai énormément de nouvelles choses et surtout sans plus aucun haut le cœur.
Il a essayé pleins d’autres aliments aussi : œufs, céleri, carotte, maïs, surimi, poivrons et bien d’autres. Mais alors que pour certains, il ne leur faut que quelques jours pour acquérir un aliment, pour Sacha il lui faudra des semaines voire des mois. Ce sont surtout ses angoisses qui l’empêchent souvent d’accepter de manger certains aliments.
A l’heure actuel Sacha refuse toujours : pâtes, riz, pomme de terre, légumes en morceaux, crudités, certains fruits, poisson (mis à part en panure).
Mon fils est encore jeune et jusqu’à présent n’a pas rencontré de grosse difficulté dans sa vie sociale. Avant que l’on sache qu’il avait le SDS, certaines personnes me répétaient que c’était de la comédie. J’ignorais ce genre de remarque, même si cela me faisait mal. Une fois le diagnostic posé celle-ci ont changé d’avis et surtout ont bien compris. Lorsqu’il est invité chez les copains, j’explique aux parents et comprennent parfaitement. Le principal et de ne pas forcer. Sacha est très à l’aise pour parler de sa néophobie alimentaire.
Sacha est toujours suivi à l’hôpital. Il y va une matinée par semaine. Il y voit une psychologue, y fait un atelier marionnette et de l’hypo thérapie et un atelier en musicothérapie. Il a beaucoup d’angoisses, peur de décevoir, de ne pas réussir, manque de confiance. Mon fils a beaucoup de tocs aussi : lavage de mains, chaussure bien serrée, grattage des jambes et bien d’autres. Ces ateliers l’aide beaucoup pour réduire ses tocs et cela fonctionne.
Sacha est toujours sensible aux odeurs, goût mais beaucoup moins qu’avant. Il est toujours aussi chatouilleux.
Tous les 6 mois, nous lui faisons une prise de sang pour voir s’il a des carences ou non. Jusqu’à présent les prises de sang arrivent sans problème.
Il a une vie de petit garçon tout a fait normal : fait du sport en compétition, a beaucoup de copains, travaille très bien à l’école, fais des bêtises comme tous les enfants de son âge.

Alexandra

Souvenirs d’enfance

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Souvenirs d’enfance

Petite, mes parents m’avaient laissée devant mon assiette de salade dans ma chaise haute tout un début de samedi après-midi. Je la revois, flétrie dans sa vinaigrette, ses petits morceaux d’échalotes ramollis qui me lorgnaient du bord de l’assiette en porcelaine, prêts à chuter pour de bon sur la tablette en bois. J’entends encore les dents de ma gigantesque fourchette qui frôlaient le vert ratatiné, indescriptible substance, et ma mère qui passait et repassait, allant d’une pièce à l’autre, et mon père qui tassait sa pipe dans la véranda d’à côté. Ma sœur depuis longtemps avait rejoint le jardin et j’entendais ses pas rebondissant sous les tournoiements de sa corde à sauter.
Je n’avais pas dû finir. Mais j’ai bien gardé en mémoire l’entêtement de mes parents pour que devienne une fille qui « se tient bien à table », qui « ne fait pas sa difficile ».
– « c’est bon, c’est de la salade » m’avait-on assuré !
Peu à peu, j’ai aimé les tomates, les champignons, les endives, le chou-fleur, les tartes aux oignons. Peu à peu, j’ai cessé de triturer du bout de mon couvert toutes ces nombreuses choses mal identifiées comme pour les déshabiller de leur improbable costume. J’ai cessé de vouloir les démasquer pour qu’enfin ma bouche puisse s’ouvrir, mes dents puissent mâcher et ma langue tout malaxer avant que je ne m’incline face à ces monceaux d’inconnus prêts à me traverser les entrailles.
La route n’a pas toujours été simple. J’ai souvent redouté les repas. Et, étrangement, plus ma mère trouvait cela « bon », plus je grimaçais à l’idée de devoir me faire une fois encore violence pour ne pas lui déplaire. Mes seuls jours de répits auront été ceux où l’une de mes grands-mères aura jeté discrètement mes restes pour me laisser accéder au dessert, ce dessert tant désiré qu’il arrivait pourtant que mon estomac n’attende plus, tant l’épreuve se délayait le long des minutes qui, à elles seules, me rassasiaient.
Peu à peu, fière je suis devenue de pouvoir affronter chaque repas sans trop d’appréhension, avalant enfin sans trop d’encombre chacun des menus choisis. Résignée, tête et palais s’harmonisaient enfin pour laisser couler chaque repas.
J’avais, tout au long de ces années su traverser les pluies de commentaires qui ne cessaient de me rappeler ma lenteur, mon incapacité à couper ma viande comme une grande voire la suspicion de m’être gavée avant le repas puisque je n’avais « pas plus faim que cela ».
Ce n’est que des kilomètres de saveurs plus tard qu’enfin, le plaisir de se mettre à table est arrivé. Ah non, restons honnête, ce plaisir-là avait existé bien avant mais on me le défendait presque tant je me « trop-réjouissais » les soirs de crêpes au sucre ou les jours de steak haché-purée. C’est vrai, il y avait eu ces repas-là, très tôt, ceux concoctés par ma grand-mère le mercredi, inlassablement le même : « steak haché-purée». Et quand ma mère s’y essayait, je regrettais que chacun n’eût connu les mêmes savoir-faire : mon père haussait les épaules quand je rechignais face à un morceau de pomme de terre ayant survécu dans le plat ; cela n’avait aucune importance, je gâchais ma salive à signifier ce détail. Je n’avais que le droit de me réjouir de cette purée-là, cette même purée sensée me faire tellement plaisir puisque « purée » s’appelait.
J’aimais aussi terriblement les biscuits, les gâteaux maisons, les bonbons et toutes les sucreries possibles. Ou presque. Sauf les bonbons à la liqueur que la voisine de ma grand-mère m’offrait sourire aux lèvres, me leurrant à plusieurs reprises tant leur emballage me faisait frétiller.
J’aimais tellement ça que je crois que mes parents aimaient encore moins que mon plaisir soit si grand. Plus ils me transmettaient l’insolence de ma jouissance sucrée, plus je la cachais, piquant dans les placards à la nuit tombée, les morceaux de sucre ou les tubes de lait concentré.
Ma mère disait
– « je n’en achèterai plus, à chaque fois, vous vous goinfrez et il n’en reste plus quand j’ai des invités ».
Il était effectivement rare que maman achetât de bons biscuits. Ma sœur et moi nous jetions sur les éventuels paquets dès notre retour de l’école, veillant scrupuleusement à ce que l’autre n’en mangeât pas plus que soi. Peu à peu, les paquets achetés avaient rejoint des cachettes diverses, que, gourmande et curieuse, je finissais toujours par trouver. Impossible alors de ne pas céder à cette tentation d’en ouvrir une petite boîte, et pour éviter de cacher l’entamée, il valait mieux la terminer et espérer de toutes ses forces que maman oubliât l’achat de ce paquet-là.
Comme elle avait, évidemment, repéré mes pêchés de gourmandises, elle avait fini par opter pour l’achat unique de biscuits « Petits Cœurs » qui, elle l’avait bien remarqué, ne me contentaient pas vraiment. Ceux-là, je lui en faisais grâce. Ils étaient secs, sans chocolat, sans surprise, sans bords à grignoter.
Chacun avait appris à reconnaître en moi cet excès d’appétence sucrée, alors, pour me faire plaisir, on m’offrait des bonbons, on me confiait une pièce pour en acheter à la boulangerie, au détail, en grand nombre, pour que je puisse noyer mes papilles dans le sucre coloré, pour transformer tous ces sachets en plaisirs vraisemblablement incomparables. Car, j’avais tant le sentiment de ne jamais en avoir, que mon esprit rêvait souvent d’en détenir par milliers : rester enfermée dans un supermarché, me faire offrir des chocolats pour mon anniversaire. Et, le jour de mes 10 ans, le miracle eut lieu : mon amie Valérie m’avait amenée en guise de cadeau, une énorme boîte de chocolats au lait emplis de praliné. Mes papilles demeurent béantes de ces souvenirs profonds.

Elisa